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C'est ma ville! De l'appropriation et du détournement de l'espace public
2005, L'Harmattan
Suite à la publication papier vous trouverez ci-après un complément du livre sous forme de photos et de graphiques
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Nicolas HOSSARD et Magdalena JARVIN (éds.)
En sortant de chez moi ce matin, j’ai lu cette affiche accrochée par le gardien de mon immeuble : « Je rappelle à tous les cyclistes que la cour n’est pas un garage à vélos. Merci de les mettre dans la rue avant que je le fasse moi-même. Le gardien ». C’était là le dernier prétexte qu’il avait trouvé pour s’affirmer un peu plus encore maître des lieux. Pourquoi le gardien de mon immeuble serait-il plus à même que moi ou que n’importe qui d’autre des résidants de décider des bons et mauvais usages des parties communes ? J’hésitais un instant à écrire sur cette même feuille un message du genre « Merci de respecter les murs et de mettre les papiers à la poubelle ». Et puis non. Ne pas entrer dans ce jeu de querelles, ignorer cette prise de pouvoir personnelle sur un espace commun et ne pas en user à mon tour. Le beau temps m’avait décidé à faire mon trajet quotidien à pieds. Ressentir le sol bitumé plutôt qu’arpenter les couloirs souterrains du métro.
Aujourd’hui, je me sentais plein d’affection envers mes concitadins, ce qui m’arrivait trop peu souvent pour ne pas vouloir croiser leurs regards, observer leurs comportements. Ce jour serait celui où je chercherai des réponses aux questions que je me posais depuis quelque temps déjà. Pourquoi les rollers sont-ils interdits sur les trottoirs alors que les poussettes y sont autorisées ? Comment comprendre le retard, voire la négligence, de nombreuses villes en matière d’aménagement urbain vis-à-vis des personnes handicapées ? Les affiches sauvages – qui ont une durée de vie généralement plus longue sur les gouttières des immeubles qu’ailleurs – seraient-elles interdites parce qu’elles échappent à la sphère économique ? Après tout, quelle différence de pollution visuelle entre une affiche sauvage et une affiche publicitaire, si ce n’est que l’une obtient sa légalité en payant son emplacement… Quid des graffs et des tags qui sont tant sujets à polémiques ? A partir de quels critères du linge suspendu en façade gênerait-il plus qu’un pot de géraniums qui débordent d’une fenêtre ? Que dire encore des vélos contraints parfois, à défaut d’emplacements, à s’entasser autour d’un unique réverbère ? Le souci de liberté de circuler sur les trottoirs a par ailleurs accouché d’une loi imposant un métrage précis au débordement des terrasses de cafés et de restaurants. Et qui pour dire à la dame que son sac, son chien ou elle-même… dépassent ? Et qui saura me dire à partir de combien d’amis réunis pour un pique-nique dans le square d’en bas dois-je demander une autorisation préfectorale ? Les temps sont durs pour se fixer rendez-vous dans la rue. Surtout en centre-ville surprotégé, sursurveillé, suraseptisé de tout ce qui pourrait nuire à son image de carte postale. « Circulez, y’a rien à voir ! »…
Ma ville est celle de tous ceux qui l’habitent, petits et grands, pauvres et riches, de toutes les couleurs et de tous les milieux, de tous les arts et de toutes les confessions, de tous les handicaps et de toutes les mobilités. Idéaliste peut-être, je rêve pour elle d’une entente parfaite entre ses habitants qui rendrait nulles et non avenues des lois qui – parfois absurdes – la régissent. C’est notre ville parce que nous l’habitons, c’est ma ville parce que je la pratique.
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