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Articles - 2006, GLOOR Audrey, (Los Angeles), De la difficulté à s'approprier l'espace public à Los Angeles

AUDREY GLOOR

De la difficulté à s’approprier l’espace public à Los Angeles

in "C'est ma ville!", l'Harmattan, 2005

www.argonautes.fr, Sociétés & Consommations n°7


Se pencher sur l’étude d’une ville, c’est s’intéresser à la société toute entière. Les sociétés étant, de nos jours massivement urbaines, les villes ont une fonction de catalyseur, elles concentrent, reproduisent ou amplifient toutes sortes de problèmes sociétaux. L’espace public urbain représente l’une des facettes les plus importantes de la ville, et au même titre que certains monuments, il est un de ses signes distinctifs et prend forme dans des lieux emblématiques comme les Grands Boulevards Haussmanniens à Paris, Central Park ou Times Square à New York. En étudiant la ville d’un point de vue urbanistique, nous pouvons considérer les espaces publics comme des prismes ou des indicateurs aidant à la compréhension d’une zone urbaine.


Audrey GLOOR est doctorante à l’Institut d’Urbanisme de Grenoble, au sein du Laboratoire n° 5194, PACTE (Politiques publiques, ACtions politiques, TErritoires) et de l’équipe Territoires 2. Sa recherche doctorale intitulée : « Los Angeles, un outil de compréhension de la ville Post-moderne », sous la direction du Professeur Y. Chalas, se concentre sur les formes de la ville états-unienne à caractère post-moderne (Los Angeles en particulier) mais également sur les mouvements et les tendances urbanistiques outre-Atlantique (Ecole de Los Angeles, le New Urbanism…).


gloor_a@hotmail.com

 

 

 

 

 

 

Audrey Gloor

 

Photo 1 : "Le Bonaventure Hotel"

Situé dans le Downtonwn (centre-ville) de Los Angeles le Bonaventure Hotel est l’un des meilleurs exemples du concept de l’indoor public space. Créé par l’architecte Portman en 1976, le complexe hôtelier qui renferme des restaurants, des bars et des magasins accessibles aux visiteurs a marqué les débuts de l’indoor public space à savoir l’utilisation de lieux intérieurs privés comme des lieux publics. Ses ascenseurs vitrés situés à l’extérieur du bâtiment en font même l’une des attractions touristiques du centre-ville.

 

Photo 2 : "Les ailes de la Mode, un mall de Montréal"

Ce concept de vie publique dans un lieu privé s’est rapidement décliné dans toute l’Amérique du Nord sous la forme de malls, ces immenses galeries marchandes dédiées à la consommation de masse où se mélangent les magasins, les chaînes de fast-food, les cinémas etc… Dans le cas de cette illustration, il s’agit d’un mall situé à Montréal où les conditions climatiques hivernales invitent plus volontiers les habitants à se réfugier dans d’immenses galeries marchandes intérieures voire souterraines pour certaines. À Los Angeles en revanche, bien que le climat soit nettement plus clément, les galeries marchandes et autres malls connaissent un grand succès.

 

 

 

 

Photo 3 : "L.A Freeways"

 

Précisons toutefois que les Angélinos n’ont pas le même rapport à l’espace public que les Européens. Si nous avons l’habitude de faire l’expérience de l’altérité sur des places publiques, dans des squares, des rues piétonnes etc… il n’en va pas de même des habitants de Los Angeles qui ont construit leur ville sur le concept de la propriété privée et plus largement de la maison individuelle : le home sweet home. De plus, les Angélinos ont favorisé dès les années 1920, l’usage de l’automobile, créant ainsi un système autoroutier tentaculaire laissant peu de place aux piétons et à toute autre forme de déplacement comme en témoigne cette photo d’une highway (autoroute urbaine) caractéristique de Los Angeles. Les espaces publics sont rares et les espaces piétonniers le sont encore plus !

 

 

 

Photo 4 : "Plage de Manhattan Beach"

Les plages sont donc les rares représentantes des espaces ouverts et publics de Los Angeles. L’agglomération possède en effet plus de 100 kms de plages, des rochers de Malibu au nord aux larges bandes sablonneuses de Laguna Beach au Sud. C’est là que se retrouvent les Angélinos les week-ends ensoleillés pour faire du sport, se promener, se rencontrer ou tout simplement profiter de l’océan et du soleil !

 

 

 

Photo  5 : "Volley à Manhattan Beach"

 

Légende Photos 5, 6 et 7

Comme le montrent les photos 5, 6 et 7, les plages sont des espaces publics très agréables généralement bien aménagés pour recevoir des activités autres que la baignade. Ici, nous voyons des filets de volley installés sur le sable de Manhattan Beach, une piste cyclable et un terrain de basket situés sur Venice Beach. Venice est sûrement l’une des plages les plus populaires de l’agglomération. Non seulement parce qu’elle est facile d’accès car située au milieu de la baie, mais aussi parce que Santa Monica la commune qui gère ces espaces, a beaucoup investi en aménagements depuis les années 1980. On y trouve non seulement des pistes cyclables mais aussi des terrains de basket, des appareils de gym et de musculation, des jeux pour les enfants et des douches publiques. Les plages vues sous cet angle semblent être de formidables espaces de liberté.

 

 

Photo 6 : "Vélo à Venice Beach"

 

 

 

Photo 7 : "Basket à Venice Beach"

 

 

Photo 8 : "Séparations des activités à Manhattan Beach"

 

Si les activités sur les plages sont nombreuses et diverses, elles n’en sont pas moins strictement séparées les unes des autres. Dans un souci d’ordre et pour éviter tout accident, les aménagements sportifs sont soumis à des règles strictes. Ainsi comme on peut l’observer sur cette photo, les pistes cyclables et piétonnes ont été séparées et leurs utilisateurs sont tenus de respecter leur usage premier. On ne verra jamais un cycliste emprunter la piste réservée aux piétons et vice-versa, au risque de se faire réprimander non seulement par les usagers mais aussi par les forces de l’ordre.

 

 

Photo 9 : "Panneau de réglementation des activités à Manhattan Beach"

Légende Photos 9, 10 et 11

Le sentiment de liberté inspiré par les photos précédentes s’évanouit lorsqu’on découvre avec quelle rigueur sont gérés les espaces publics. Non seulement des panneaux de réglementation jalonnent les pistes piétonnes et cyclables de Manhattan Beach et des autres surfurbias mais en plus, des inscriptions au sol viennent rappeler aux badauds leurs usages. Le panneau de réglementation explique clairement que les cycles sont interdits sur la piste piétonne et tout un ensemble d’autres interdictions sont édictées relevant à la fois du code du comté de Los Angeles comme le laissent apparaître les petites inscriptions: « LA. CO. Ord 9767 » mais aussi du code municipal de Manhattan Beach : « MBMC. 12-1. 301 ».  La mention apparaissant sur certains panneaux « violators will be cited » montre le sérieux de l’interdiction, puisqu’un cycliste empruntant la voie réservée aux piétons pourrait être conduit devant une cour de justice…cela dépasse la simple amende !

 

 

 

Photo 10 : "Réservé aux piétons"

 

 

 

Photo 11 : "Réservé aux Cycles"

 

 

 

Photo 12 : "Alcool interdit sur la plage"

 

Légende Photos 12 et 13

Non seulement les aménagements sont soumis à réglementation mais c’est l’ensemble de la plage qui suit la même logique. Ainsi il est interdit de consommer de l’alcool sur la plage ainsi que sur les pistes cyclables et piétonnes. Il est également interdit d’emmener son chien sur la plage, qu’il soit en laisse ou non. De même, il est « vivement » conseillé de ramasser les excréments de son chien grâce à des petits sachets en plastique mis à la disposition des maîtres, et placés sous le panneau rappelant la réglementation en vigueur (comme le montre également la photo 9).

 

 

 

Photo13 : "Chiens interdits sur la plage"

 

 

 

Photo 14 "Skateboard interdit sur le trottoir et dans la rue"


 

Légende Photos 14 et 15

Mais les interdictions et autres réglementations de l’espace public ne s’arrêtent pas à la plage. En effet certaines communes de la côte attachées à leur image de surfurbias propres et calmes vouées à la seule culture des sports de glisse, interdisent de manière assez surprenante la pratique du skateboard dans leur rue. C’est le cas de Manhattan Beach mais pas seulement. Ces communes jouissent d’une réputation et d’une image associées aux sports dits free et aux sports de glisse dont le meilleur représentant est le surf. Elles polarisent chaque week-end des milliers de touristes et de badauds attirés par les plages et par l’image du surf qui leur est associée. Pourtant la pratique du skateboard, sport free par excellence, est prohibé dans les rues commerçantes à proximité des plages, peut-être pour ne pas déranger les touristes qui s’y pressent en masse.  Cette interdiction, tout comme les réglementations en vigueur sur les plages, sont rappelées par des panneaux mais aussi à même le trottoir, à chaque intersection de rues.
La protection du public, des visiteurs, mise en place par le biais de réglementations parfois surprenantes comme la non pratique du skate dans les rues et sur les trottoirs de ces communes rappelle les codes mis en place dans les malls. La codification de l’espace public des surfurbias relève de cette même logique de favoriser un climat agréable et sécuritaire propice à la consommation.

 

 

 

Photo 15 "Skateboard interdit sur le trottoir et dans la rue"



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