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20189 08 Bibliothérapie

2019 09 Bibliothérapie, une valeur sûre… par Annie Cattan

En ces jours de transition estivale, j’ai lu ce dans le Parisien un article présentant une nouvelle pratique de soins, la bibliothérapie. Elle consiste à mettre des mots sur des maux en érigeant la lecture comme le meilleur des anti-dépresseurs. J’ai ainsi appris  que dès 1918, aux US, à l’hôpital militaire de l’Alabama, la bibliothérapie était utilisée pour soulager les traumatismes des soldats. Que depuis 2013, les médecins anglais et gallois peuvent prescrire un abonnement à la bibliothèque de quartier, avec des livres conseillés, baptisés self-help-books. Au sein de l’unité psychiatrique du Groupe Cochin-Hôtel-Dieu, existent des ateliers mensuels de lecture à haute voix, animés par une comédienne, une sophrologue et une bibliothécaire : il s’agit d’offrir une respiration culturelle destinée à apaiser les angoisses des malades et à leur faire penser à autre chose qu’à la maladie…On n’est pas là pour soigner, mais pour prendre soin. Pour Marcel Rufo, pédopsychiatre et professeur émérite à l’université d’Aix-Marseille, les mots agissent comme un remède…l’imaginaire reprend ses droits. Prescrire un ouvrage à un malade est aussi très utile dans le traitement de l’addiction… on suit un héros qui doit braver des obstacles. Le patient se compare à lui, s’identifie et avance. Une adolescente m’a dit qu’un de ses amis venait de lire le plus beau livre de sa vie. Il s’agissait de « la promesse de l’aube » de Romain Gary, dans lequel une mère croit plus que tout en l’avenir de son fils. Ce gamin en difficulté a trouvé de la force et de l’espoir dans ce texte.

De mon côté, sans le savoir telle Monsieur Jourdain, je pratique assidûment la bibliothérapie  pour mon propre compte, et aussi dans mes échanges, qu’ils soient familiaux, amicaux ou professionnels. Là encore, il ne s’agit pas de soigner, mais de prendre soin des autres et de soi-même. De comprendre un peu mieux ce qui  se joue dans notre univers actuel, et dans mon propre univers.

Ainsi ces dernières semaines, je me suis délectée de plusieurs ouvrages ô combien éclairants pour ma propre lanterne.

L’Art de perdre, d’Alice Zeniter,

Les Buddenbrooks, de Thomas Mann,

Vernon Subutex, de Virginie Despentes,

Quatre étages, puis Trois maisons et un exil, d’Eshkol Nevo,

Le restaurant de l’amour retrouvé d’Ogawa Ito,

La symphonie du hasard, de Douglas Kennedy…

Un choix pour le moins éclectique, sans lien aucun avec la « rentrée littéraire 2019 ». Impliquée dans l’accompagnement de dirigeants soucieux de réussir, l’Art de perdre m’avait attirée par son titre intrigant. Les autres me furent recommandés affectueusement par des personnes de tous horizons auxquelles je tiens et dont les opinions comptent pour moi.

Ce fut une source de bienfaits, de réflexions et de bonheurs quotidiens.  J’étais ainsi invitée à partager l’intimité, les rêves, les connaissances, les points de vue politiques, les espoirs, la désespérance, les frustrations, de personnes confrontées à la transformation profonde et implacable de leur univers :  tantôt à la chute sociale, insidieuse ou brutale, et à l’évolution radicale de leurs vies familiales et professionnelles qui en découlait, d’autres fois à la violence de la guerre ou du terrorisme, souvent à l’oppression économique, idéologique, sociétale,  à la montée de nouveaux fléaux comme le sida, toujours à la soif universelle et intemporelle de reconnaissance, d’amour, d’éducation, d’équité, de sens.

Je me suis ainsi glissée dans l’intimité silencieuse d’Ali, montagnard kabyle et harki de circonstances, de son fils soixante-huitard Hamid, et de Naïma, sa petite-fille parisienne branchée et tourmentée. Puis dans celle d’une grande famille bourgeoise hanséatique du XIXème siècle, celle de Thomas, Antonie et Hanno Buddenbrook, qui assistent, pris au piège dans leur caste incapable de s’adapter au monde nouveau, à la décadence puis à l’effondrement de leur mode de vie d’ultra-privilégiés.

J’ai partagé le déclin, la renaissance et la disparition de Vernon Subutex, légende urbaine, héros christique et involontaire d’une France glissant dans la précarité. J’ai découvert son amie la Hyène, sulfureuse et courageuse Don Quichotte LGBT.

Je me suis identifiée aux destins croisés des habitants de cette banlieue modeste de Jérusalem : Sima, la jeune femme au foyer qui s’ennuie et ne supporte plus la pression religieuse de sa belle-famille, ses voisins de palier en proie au désastre de la mort de Guidi, leur fils soldat, ses voisins mitoyens Amir et Noa, étudiants anxieux découvrant la vie de couple, et Sadek, le maçon arabe qui aménage dans l’amertume une maison voisine de celle que ses parents ne se consolent pas d’avoir dû quitter en catastrophe en 1948. 

Avec la jeune japonaise Rinco, qui a perdu la voix après une rupture amoureuse, j’ai cuisiné des plats poétiques qui rendent les gens heureux.

J’ai vécu par l’entremise d’Alice Burns, brillante étudiante issue de la classe moyenne, puis éditrice à succès, les temps sombres de guerre civile en Irlande, les années Sida, et les années Nixon-Carter-Reagan, dans une Amérique élitiste, raciste et violente, dans laquelle se développe inexorablement le culte de l’argent facile et à tout prix.

Oui, je pense aussi que la bibliothérapie est un concept puissant, que l’on soit souffrant ou en bonne santé.

Il est simple, accessible, peu coûteux, voire gratuit : j’ai croisé cet été en des lieux aussi multiples qu’inattendus ces petites maisons de bois dans lesquelles on peut offrir des livres à des inconnus.

Pour qui souhaite mieux se comprendre et mieux comprendre les autres, pour qui veut mieux déchiffrer les changements de notre monde et mieux penser son action, Il est une aide incomparable à la prise de recul, à l’élargissement des sentiments, des savoirs et des points de vue. 

Il ne résoud pas les problèmes, les malentendus, les conflits, la violence ambiante, mais les rend plus familiers et plus clairs en les faisant observer du point de vue des différents protagonistes, il les met à distance en les nommant, en les mettant en perspective, et, par un effet de zoom arrière-zoom avant, il en fait entrevoir les permanences, les inéluctabilités, les invariants, les marges de manœuvres à la fois faibles et puissantes qui restent à l’individu.