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Enquêtes

2017 04 Face à l’émotion et à l’angoisse l’argument rationnel a peu de poids, cependant…

2017 04 Face à l’émotion et à l’angoisse l’argument rationnel a peu de poids. Cela n’empêche pas de continuer à chercher ce qui est vrai, à chercher à comprendre comment fonctionnelle société.
Alexandre Mirlicourtois nous propose au milieu de la vidéo un exemple très intéressant pour mieux comprendre les conséquences du protectionnisme par l’augmentation des droits de douane. Pour cela il part de l’exemple concret de l’iPhone.

Vous pouvez vous arrêter de lire à cet endroit et regarder la vidéo ou continuer à lire ci-dessous.

Les questions qui préoccupent les Français sont celles du chômage, celle du pouvoir d’achat, celle de l’immigration, et pour certain celle de l’environnement. Ces thèmes relèvent à la fois de solutions locales, nationales, européennes et géopolitiques.C’est pour cela qu’elles sont complexes et qu’elles demandent de faire de l’économie très concrète qui porte autant sur la macroéconomie, sur les politiques publiques que sur la micro-économie des entreprises ou des collectivités locales. D’où l’intérêt de l’exemple de l’iPhone qui montre que relever les droits de douane peut conduire à une augmentation des prix à la consommation et donc à une baisse du pouvoir d’achat.
Le pouvoir d’achat de la classe moyenne américaine qui a beaucoup baissé depuis 2008, a été en partie soutenue grâce à Walmart, le plus grand distributeur américain, qui a acheté à bas prix les biens consommation en Chine. L’achat des biens consommation en Chine a permis à un bon tiers de la société chinoise d’intégrer la classe moyenne mondiale et à la plus grande partie de sortir de la pauvreté absolue. En même temps la montée de la classe moyenne chinoise a entraîné une augmentation des prix des matières premières et agricoles et notamment du soja qui sert à nourrir les animaux. Cela a entraîné une augmentation des prix des produits alimentaires qui ont pesé sur la classe moyenne la plus basse des pays occidentaux.
Ce raccourci historique permet juste de rappeler l’ambivalence de la mondialisation, à la fois positive et négative. Ce que l’on peut observer c’est qu’à chaque fois qu’on enlève la partie négative on enlève aussi la partie positive. Il faut donc plutôt se demander comment on peut jouer sur les deux.Tout particulièrement on peut se demander si les effets négatifs en termes de pollution et d’environnement, ces effets qui sont très forts en Chine, ne vont pas conduire à une remise en cause du modèle de consommation d’ici 20 à 30 ans et entraîner un modèle plus vertueux conduisant à produire plus d’énergies alternatives aux énergies fossiles.C’est ce à quoi s’est attachée la COP 21.

C’est pourquoi on voit bien que la mondialisation est ambivalente. Elle fait baisser les prix et donc favorise le pouvoir d’achat, « et en même temps », elle détruit une partie des emplois dans les pays où ces emplois étaient dans l’industrie lourde, comme la sidérurgie, et dans les matières premières comme le charbon. Il n’est pas possible de faire revenir le charbon, même si Donald Trump essaye de le faire dans les Appalaches aujourd’hui. « Et en même temps » elle produit des emplois pour les entreprises qui vendent à l’exportation ou qui se développe localement à travers des réseaux de chefs d’entreprise qui ont un ou deux salariés ou quelques dizaines de salariés.
Ces entreprises peuvent être des TPE, des PMI-PME dans la périphérie des grandes métropoles, ou des grandes entreprises.
Frédérique Gilli, dans un article du Monde du 28 avril 2017, relativise, à partir d’un point de vue d’analyse électorale, l’analyse malgré tout très intéressante du géographe Christophe Guilluy sur la fracture sociale entre les métropoles de la classe moyenne supérieure et le milieu rural périphérique. Sa première publication sur les fractures françaises datent de 2000. Frédérique Gilli,rappelle que sur les 8,6 millions de voix qu’a obtenu Emmanuel macron au premier tour 3,6 viennent des « zones rurales, des petites villes en déprise et des quartiers pavillonnaires », soit plus de 40 %. La fracture n’est pas entre deux zones géographiques mais à l’intérieur même de ces différentes zones géographiques même si le vote FN est plus faible dans les grandes agglomérations et plus fort dans la périphérie, mais sans dépasser 30 %. Ce sont bien aussi des zones où l’entreprenariat peut se développer.
Mais développer des entrepreneurs ne suffit pas. Tout le monde n’est pas entrepreneur. C’est pourquoi la solution de la « flexicurité » scandinaves est intéressantes, même si les conditions sociales de son existence ne sont pas réunies en France. En effet la capacité des acteurs français à négocier est très faible comparée à la capacité à négocier des syndicats employeurs et employés en Europe du Nord et en Allemagne. Techniquement elle est intéressante parce qu’elle dissocie le lieu travail, qui lui peut être discontinu, et le maintien de l’emploi qui lui doit être en continu. Pour que cela marche il faut qu’un système de formation soit mis en place pour permettre le transfert d’une compétence vers une autre.
Mais là aussi il ne suffit pas de former pour que les personnes qui n’ont pas travail trouvent de l’emploi. Certaines personnes n’ont pas les capacités à se former, je pense ici aux personnes handicapées. Ma fille aînée par exemple qui est mongolienne travaille dans un ESAT et donc dans un lieu protégé. Cela veut dire qu’il existe bien des solutions pour les personnes qui ne peuvent pas trouver un emploi normal. Il y a des personnes qui sont illettrées, autour de 3 millions en France. Il y a des personnes fatiguées ou trop âgées. Pour tous ces gens il est normal que la société les prenne en charge avec un revenu qui les aide à vivre. C’est du reste grâce à l’aide de l’État et des départements qu’une partie de l’économie sociale et des services à la personne fonctionnent en France. Il ne faut peut-être pas parler d’un revenu universel, mais d’un revenu ciblé pour les personnes dépendantes socialement, économiquement ou mentalement.
Le « traitement social du chômage », c’est-à-dire les aides de l’État pour créer des emplois, a servi d’amortisseur mais n’a pas permis de diminuer le chômage structurel qui atteint 5 millions de personnes aujourd’hui dans les catégories A,B, C, ce qui veut probablement dire qu’il y en a sept à 8 millions en réalité si on enlève ceux qui se sont découragés ou qui sont en formation, sur 28 millions de personnes en âge de travailler, soit plus de 30 % de la population. C’est l’équivalent de ce que nous avons connu entre 1992 et 1997.Cela ne veut pas dire que le traitement social a été inutile, mais cela veut dire que cela n’est pas efficace pour traiter des emplois pérennes.
Pour le moment, depuis longtemps et probablement pour longtemps, le levier le plus important de créateur d’emploi est l’entreprise. Même la Chine a dû diminuer les emplois dans les entreprises publiques et développer les emplois les entreprises privées. C’est pourquoi Il est important de développer la capacité à négocier à l’intérieur de l’entreprise ou au niveau des branches locales, car c’est un moyen important de mieux adapter l’entreprise et l’emploi aux incertitudes du marché qui ne dépende ni du chef d’entreprise ni de l’État tout seul. C’est le versant flexible de la Flexicurité. L’État peut garantir la sécurité à travers les retraites anticipées, les emplois aidés, les aides à l’apprentissage, ou au développement de la VAE (Validation des acquis l’expérience).
Cependant il ne faudrait pas oublier d’ajouter à la flexibilité et à la sécurité l’aide à la mobilité et à la garde des enfants, car bien souvent une partie du revenu gagné sur le lieu travail est « mangé », comme on dirait au Congo, par les frais de transport et les frais de garde. Tout cela est négociable et dépend des situations locales, au moins pour une part.
Je suis toujours étonné quand je vois que la gauche radicale demande plus d’État alors que l’on sait que le fonctionnement de l’administration n’est pas toujours optimum. Une de mes premières enquêtes en 1969 avec Michel Crozier portait déjà sur la modernisation de l’État. Il existe bien d’autre régulation que l’État et notamment à travers le marché qui existe depuis les sumériens, il y a plusieurs milliers d’années. La société est toujours un champ de forces qui s’organisent autour de quatre grands clivages, les classes sociales, les genres, les générations et les cultures. C’est tout cela qu’il faut réguler à travers l’État, le marché et le jeu des acteurs collectifs et individuels.Il faut en même temps libérer l’énergie de ceux qui peuvent créer la richesse et de l’emploi, canaliser l’énergie de ceux qui veulent s’approprier cette richesse, protéger ceux qui participent à la production cette richesse ou ceux qui en sont écartés par les malheurs de la vie.

Il n’existe pas de solution idéale que ce soit par le marché des imaginaires libéraux, que ce soit par l’État des imaginaires radicaux, que ce soit par la démocratie directe qui qui a tendance à se convertir en « soviet » au pire, ou en sous système hiérarchiques au mieux, que ce soit par la révolution nationale ou sociale, qui le plus souvent dans tout ce que j’ai pu observer ou lire n’a conduit qu’à des systèmes totalitaires ou autoritaires comme en Russie en 1917, en Allemagne, en Italie, en France ou au Japon pendant la deuxième guerre mondiale, ensuite en Chine, en Amérique du sud, à Cuba, en Angola, à Madagascar, au Congo Brazzaville, en Algérie, etc.

Aujourd’hui nous devons gérer « en même temps », la mondialisation et le protectionnisme, la flexibilité et la sécurité, l’entreprise, le marché et l’état, les employeurs et les employés, la France et l’Europe, la croissance, l’emploi et l’environnement. C’est une bataille, elle ressemble au mythe de Sisyphe, elle est sans fin, sauf si Marine Lepenne passe.