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ENTREPRISE, ORGANISATION

2011 11 D. Desjeux, Les savoirs entre production et usage, un effet aléatoire

Consommation

Les savoirs entre production et usage, un effet aléatoire (PUF)

Dominique Desjeux, anthropologue

Professeur à l’université Paris Descartes, PRES Sorbonne Paris Cité

 

Paradoxalement, après une quarantaine d’année d’enquêtes de terrain en France, en Europe, en Afrique, en Asie et dans les deux Amériques, et autant d’année d’enseignements et de métier de parent puis de grand parent, je serai prêt à conclure que le savoir ne sert pas à grand-chose, que sa transmission et donc son utilité reste problématique mais aussi je suis prêt à affirmer qu’une vie sans savoir serait vide de sens.

Ce qui parait sûr c’est qu’il existe un écart souvent très important entre la connaissance et l’action, entre les valeurs et les pratiques, entre l’éducation et l’incorporation des normes sociales. Cet écart est bien souvent lié aux contraintes du quotidien domestique ou professionnel. C’est cet écart qui est à la source de nombreuses micro-guérillas entre acteurs, de nombreuses relations de pouvoir et de multiples rapports de force dans la famille, l’école, l’entreprise sans oublier entre les nations ou les blocs géopolitiques. L’utilité du savoir sa transmission et son usage sont encastrés dans le jeu social qui organise sa production, sa distribution et sa réception voire son recyclage entre générations, entre cultures ou entre professions.

Bien souvent l’expérience acquise, et qui constitue un savoir précieux dans la dernière partie du cycle de vie, ne peut être transmise telle quelle. La sagesse est le propre de l’expérience. Elle est la résultante d’un apprentissage continu sur l’ambivalence des sociétés. Le mystère restant celui de Sisyphe qui continue à faire remonter sa pierre alors qu’il sait qu’il n’y a pas de fin à l’injustice et que le bonheur n’est moment provisoire. Le savoir cristallisé n’est pas transmissible mais il est communicable. Le savoir est une bouture dont l’effet est  incertain. Un effet à long terme est la première utilité possible du savoir.

Sans recherche de connaissances nouvelles, sans confrontation à des découvertes incertaines, sans affrontement au décryptage permanent de ce qui émerge dans le mouvement brownien des sociétés et de la dynamique des cultures, la vie en générale et la vie intellectuelle en particulier ne seraient pas possible. Chercher à savoir ce qui existe derrière le voile de la langue chinoise, les secrets de la sorcellerie au Congo, l’omniprésence apparente des Malls aux USA, la place des soins du corps au Brésil ou la généralisation des pratiques numériques en France, demande de se relancer sans cesse dans l’inconnu d’un nouvel univers, dans l’angoisse de l’imprévisible, dans l’effort de l’investissement sans fruit apparent, avec pour tout point de repère l’envie de savoir qui comme une boussole nous indique le sens de la quête. Le savoir comme source du sens et de l’énergie vitale est sa deuxième utilité.

Une fois accepté les contraintes de la société, les effets de réseau dans la diffusion des savoirs, la réinterprétation pragmatique de la connaissance par les acteurs et donc tous les effets de réalité qui transforment le savoir en connaissance puis en pratique tout au long d’un itinéraire qui part des inventeurs ou des créateurs vers les usagers, une fois abandonné, donc, le mythe de la pureté des savoirs, le savoir trouve une troisième utilité : un savoir utile est un savoir réinterprétable par les acteur qui cherche à agir dans une situation donnée, qui cherche à suivre le Shi, le cours des choses. Un savoir réinterprétable est un savoir simplifié aux éléments essentiels de la pratique décrite. C’est un savoir ramené à un système qui donne une apparence d’ordre et donc un sentiment de maitrise dans un univers sans ordre apparent et dans lequel un danger comme une potentialité peut provenir aussi bien du Maghreb, que de Fukushima, du FMI que de Lille, de la bourse de Shanghai que de Washington DC ou encore des indignés de Madrid. Un savoir se diffuse non pas uniquement parce qu’il est vrai mais aussi par la capacité des acteurs à le transformer en fonction des cadres de leur expériences, des contraintes de la situation et de ses usages possibles.

Produire un savoir vrai, en fonction d’une focale d’observation donnée et donc un savoir partiel, limité mais fondé est à la portée de la plupart des explorateurs du savoir. A l’inverse, les usages du savoir sont imprévisibles du fait même de leur plasticité, du jeu social et de la multiplicité des sens que les acteurs donnent à leur action.

Paris 2 aout 2011