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CONSOMMATION

2010 02, D.Desjeux, Les contraintes de la conservation économe

Les résistances et les opportunités micro-sociales face à la diffusion d’une pratique nouvelle de longue conservation des objets Dominique Desjeux, Paris, Conférence à la DGCCRF, le 16 février 2010   Pourquoi consommer moins : la rareté des ressources naturelles La « longue conservation » : une innovation sous contrainte du quotidien Le rapport aux objets est-il en train de changer : les dimensions matérielles, sociales et symboliques du rapport à l’objet On peut comprendre la diversité de la question de la conservation durable et de la consommation économe en jouant avec les échelles d’observation de la réalité entre v  l’échelle macro géopolitique ou macro-socio-économique, qui donne le contexte du changement et de la crise, v  l’échelle méso-sociale, celle des groupes de pression de consommateurs ou industriels qui structurent les règles du marché en jouant des réseaux avec l’Etat, v  l’échelle micro-sociale plus centrée sur les usages et les interactions dans l’espace domestique, ce qui est plus mon échelle d’observation empirique, v  et l’échelle micro-individuelle qui est l’échelle spontanée du consommateur ordinaire, celle des psychologues, des micro-économistes et du marketing.

1 – Pourquoi consommer moins

Rappel : risques de tensions fortes au niveau international sur : v  la terre agricole, v  la concurrence autour des usages de l’eau agricole, industrielle, de consommation et de loisir

  • o   cf. les nombreux golfs autour de Guangzhou.

v  La concurrence pour l’accès à l’énergie v  La concurrence pour l’accès aux matières premières v  Risque de guerre économique et militaire en cas de pénurie pour la Chine notamment

  • o   cf. le « collier de perle » chinois dans l’océan indien autour de l’Inde

Tout cela demande de réinterroger la consommation intensive d’intrants divers et par là demande de s’interroger sur la durabilité des biens matériels et alimentaires. En 1960, Vance Packard dans L’art du gaspillage (1962, Calmann-Lévy) écrivait « Le chiffre d’affaire maximum exige la construction la moins chère pour la durée minimum tolérée par le client » c’est le même problème aujourd’hui mais en sens inverse : comment augmenter la durée tolérée par l’entreprise ou par le client. Conserver plus, consommer moins peut-être décrit comme un processus d’innovation social, c’est-à-dire suivant plusieurs logiques couts/bénéfice, ou en partant du constat que quand il y a changement ce n’est pas toujours du win win, mais qu’il ya des acteurs qui gagnent et d’autre qui perdent. Ceci pose l’importance de la contrainte dans la réflexion sur le changement et les innovations et pour moi elle est centrale, surtout quand cela implique des efforts et des sacrifices ou une baisse de confort. Avant de plus se centrer sur les rapports aux objets des consommateurs, on peut juste rappeler qu’aujourd’hui il faut gérer au niveau sociétal et international un triangle contradictoire : efficacité économique/ emploi, équité sociale/redistribution, développement durable/conserver plus.  

2 – Dynamique et permanence du rapport aux objets

1 – Assiste-t-on à un nouveau rapport aux objets ou bien change-t-ton d’échelle d’observation, ou bien les deux :

C’est difficile à démontrer sans un recours à l’histoire dont les archives ne concernent pas toujours les mêmes populations à comparer à commencer par l’alimentation, les pratiques culinaires, qui concernent souvent les classes favorisées. C’est un problème de méthode comparative. A l’échelle micro-sociale : les objets relève d’une dimension statique à un moment donné, mais aussi d’une dynamique, The Social Life of Things. Il passe par un rapport à un moment donné mais aussi par une dynamique des objets

2 – La permanence du sens des objets :

Il relève de trois instances encastrées, pour reprendre l’expression de Karl Polanyi et Conrad Arensberg en 1975,  les unes dans les autres : le matériel, le social et le symbolique. Les objets sont dans l’action. Mais les objets sont ils les acteurs, les moyens ou les signes de l’action. C’est l’enjeu du packaging et de la logistique, par exemple, comme nous l’avons vu avec le déménagement (Quand les français déménagent, aux PUF, 2000). Le rapport aux objets touche à la division sexuelle et générationnelle des tâches, avec les sphères féminines, masculines, ou liés aux enfants. Toucher aux objets c’est touché à cet ordre social implicite que représente le système d’action domestique.

3- La vie sociale des objets et le moment du stockage dans l’itinéraire d’usage domestique des biens et services

Objet et itinéraire :

  • ·         Quel est la place de la conservation  et du stockage dans la vie quotidienne : le rôle des placards, du réfrigérateur, du congélateur, des bibliothèques (quel avenir), des NTIC (stockage de données)

Objet et crises :

  • ·         Le déménagement comme analyseur de l’importance de la matérialité des objets, de leur histoire, du cooling ou refroidissement. Les objets incorporent beaucoup d’émotion.

L’objet parachute social :

  • ·         le mont de piété, les glaneurs, les ramasseurs de meubles à retaper,

La vie sociale des objets :

  • ·         Emmaüs, les vides greniers

La conservation pose le problème des déchets aujourd’hui : d’après Les Echos du 9 février 2009, il y a 60 millions de téléphone stockés dans les logements. Comment recycler, c’est aussi le problème du cooling.

4 – L’émergence de nouvelles pratiques

La location partagée a-t-elle un avenir à court terme ? Le covoiturage qui marche aujourd’hui surtout quand il est lié à une entreprise ce qui résout des problèmes de parking et d’horaire, etc. (cf. la thèse de Stéphanie Vincent sur le co-voiturage) Ces nouvelles pratiques montrent que leur diffusion ne va pas s’expliquer par les valeurs mais par les contraintes qui vont favoriser ou non leur usage. La diffusion d’une nouveauté relève d’une approche d’un changement qui accepte les rugosités sociales, les rapports de pouvoir, les contraintes matérielles, les effets d’institution ou d’appartenance sociale, etc.  

3 – La « longue conservation » ou la conservation longue durée : une innovation sous contrainte du quotidien

Les enjeux de la conservation : la division sexuelle des tâches

Toucher aux innovations techniques liés à la conservation c’est toucher aux modes de vie, et notamment à celui de la femme. Je ne dis pas cela pour ne pas changer mais pour montrer l’ampleur des changements à accomplir, comme dans tout processus social d’innovation. Le paradoxe c’est que la consommation durable peut autant menacer certains acteurs dont les femmes comme les métiers à tisser à Lyon menaçaient les Canuts en 1831 à Lyon. Le journal du Dimanche du 7 février 2010 (citant une étude de l’INED conduite par Arnaud Régnier Loillier) rappelle que les femmes assument 80% des tâches ménagères, dont : v  Tâche de repassage : 80% par les femmes v  Préparation des repas : 70% v  l’aspirateur et les courses alimentaires : 50% v  la vaisselle et pour la tenue des comptes : 40% Non seulement la répartition des tâches ménagères en défaveur des femmes ne recule pas mais elle augmente avec la naissance d’un enfant. D’après l’enquête ERFI (Etudes des relations familiales et intergénérationnelles sur 20 pays entre 2005 et 2008) : v  avec l’arrivée d’un enfant la part des femmes dans la préparation des repas passent de 51 à 58%  v  et monte 72% et 77% avec une naissance supplémentaire. v  25% quittent leur travail au premier enfant, 32% avec plus d’enfants. La préparation des repas est un vrai enjeu.

L’ambivalence de la consommation : Entre « Moulinex libère la femme » et « L’art du gaspillage »

Le principe de symétrie appliquée à l’innovation c’est-à-dire au changement d’un état A vers un état B : si le « gaspillage » s’est développé ce n’est pas uniquement pour le plaisir des consommateurs, comme la publicité et les marques pourraient le laisser croire : v  c’est qu’il facilitait aussi la tâche, comme le fait de jeter qui peut être plus simple que de réparer,

  • o   cela Permet de se demander si le coût de la main d’œuvre permet de réparer ou non au contraire de la Chine aujourd’hui.

v  Il permettait l’autonomie et donc la flexibilité,

  • o   au contraire de la location ou de la mutualisation, comme celle des voitures avec le co-voiturage, ou des machines à laver le linge si on arrive à la solution d’une salle de machine à laver collective par immeuble par exemple.

v  il faisait gagner du temps, dont celui des femmes en France et en Chine aujourd’hui, notamment pour la cuisine et le ménage, qui ont pu travailler, même si leur travail est moins à plein temps et souvent moins payé que celui des hommes.

  • o   Cf. le débat avec Elisabeth Badinter. La division sexuelle des tâches ; celui de la taxe sur les couches jetables proposé par Nathalie Kosciusko-Morizet : va-t-il ou non augmenter le travail des femmes ?

  v  qu’il baissait la charge mentale, avec l’automatisation v  qu’il fait baisser les coûts

  • o   un produit durable fait-il baisser ou monter les couts de production et d’achat ?

v  qu’il joue un rôle statutaire et identitaire v  l’innovation demande un apprentissage

  • o   L’exemple des NTIC est intéressant car à la fois il y a un renouvellement permanent et donc des apprentissages permanents, si on suit Philippe Moati et surtout Anne Marie Dujarier on voit que ces apprentissages on un cout mais si on regarde dans le temps une partie du cout d’apprentissage a aussi baissé quant à l’usage des ordinateurs quand je me réfère à mes enquêtes dans les années 1985 auprès d’agriculteurs qui devaient adopter des logiciels de comptabilité.

v  Il y aura tout un apprentissage de la conservation à mettre en place.

  • o   La conservation, le stockage des biens et des produits alimentaire est une question ancienne comme l’humanité : une partie des crises alimentaires en Afrique sont liées aux problèmes de stockage du mil, par exemple, dans le Sahel. Les greniers protègent mal des rongeurs dans certains cas. La conservation pose moins de problème avec le manioc au Congo car il n’a pas besoin de grenier du fait qu’il pousse sur 36 mois et qu’on peut aller le récolter à partir de 12 mois toutes les semaines ou tous les 15 jours. Les innovations liées à la conservation depuis 50 à 100 ans ont été dans le sens d’une meilleure conservation avec le réfrigérateur, d’une plus longue conservation avec les surgelée et le congélateur, et par là d’une économie de temps  pour la femme en termes de temps de travail pour transformer les produits alimentaires en produit conservable (confitures, séchages, fumage, séchage, etc.), de temps pour les courses et de temps de cuisine. )

v  Il faudrait aussi se demander qui contrôle la production de l’électroménager, par exemple : le leader mondial est aujourd’hui chinois, c’est Haier qui est devenu numéro 1 en 8 ans : entre 2001 et 2009, il est passé de 1,7% à 5,1% contre Whirpool qui est passé de 5,1% à 4,5%, le coréen LG passant de 2,8% à 4,3% (Les Echos du 30/12/2009)     Exemple de coûts (USAToday 8 Feb 2010) Baisse des cartes de crédit Le crédit revolving qui est lié à l’usage des cartes de crédit a baissé de 20% en novembre 2009, la plus forte baisse depuis longtemps ce qui signifie moins de prêt et donc moins de consommation.Entre octobre 2008 et octobre 2009 le nombre d’ouvertures de nouvelles cartes de crédit a baissé de 46%. Mais cela a un cout pour les usagers : Certains hôtels n’acceptent que les cartes de crédit et pas l’argent liquide ou la carte de débit simple. Les cartes de débit sont moins protégées que les cartes de débit en cas fraude et le compte est débité tout de suite, il faut ensuite se battre pour être remboursé.Pour une voiture ou une maison on ne peut se passer du crédit et sans historique de crédit, ce qui n’existe pas avec la carte de débit, il est dur d’avoir un crédit pour une voiture ou une maison.   « En juillet 2009 une enquête réalisée par Auriema Consulting Group montre que 28% des consommateurs ont changé de mode de paiement l’an dernier avec une augmentation de la carte de débit au détriment de la carte de débit.46% des consommateurs interrogés disent qu’ils croient que les cartes de débit les aident à mieux contrôler leurs dépenses » 47% des consommateurs déclarent avoir moins confiance dans les sociétés de cartes de crédit (la confiance n’a jamais été bien haut surtout qu’en 2009 beaucoup de banques ont baissé le montant des découverts autorisés et montés les taux d’intérêt débiteur)  

Conclusion

En consommant moins pour conserver plus il faut se demander quelles sont les difficultés qui vont être induites par ce changement. C’est comme quand on travail sur un nouveau produit en se demandant quel problème il résout, quels sont les enjeux de son introduction dans le jeu social familial en termes de rapport de pouvoir et de coopération. La méthode anthropologique est bien une méthode qui peut être utilisée de façon symétrique pour toute innovation à partir du jeu social, des couts et des gains, du symbolique, que ce soit pour consommer plus ou conserver plus.   Cliquez pour télécharger les illustations de la conférence