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ENERGIE, EAU, ENVIRONNEMENT, POLLUTION

2000, D.Desjeux (directeur), SDF, réinsertion par la consommation,

Environnement / énergie

Modes et étapes de la réinsertion sociale des sans-abri : l’anthropologie de la consommation comme analyseur des trajectoires de vie des « SDF ».

Dominique Desjeux (directeur de la recherche), Isabelle Garabuau-Moussaoui,

Cécile Pavageau, Isabelle Ras, Esther Sokolowski, Paris, 2000

 

Synthèse

L’objectif de l’enquête « Modes et étapes de la réinsertion sociale des sans-abri : l’anthropologie de la consommation comme analyseur des trajectoires de vie des SDF » est de déterminer les modalités de sortie de la « galère ». Les modalités de sortie du « sans-abrisme » semblent moins connues que celles de la galère en tant que telle.

Pour comprendre ces itinéraires de « sortie », les évolutions des comportements qui leur sont liés et leurs représentations, nous avons utilisé la consommation des SDF comme un analyseur de la socialisation. La consommation est en effet une manière d’appréhender l’évolution des modes de vie et des relations sociales de ceux qui se sont trouvés liés à la grande précarité (absence de possession d’un domicile, arbitrage financier sous contrainte forte).

La consommation nous a donc servi d’analyseur des différentes étapes de la réinsertion sociale et professionnelle, d’indicateur de la mobilité sociale, et de révélateur de la socialisation et de la sociabilité. Nous sommes partis de la « culture matérielle », c’est-à-dire de l’analyse du rapport aux objets et aux espaces, pour remonter vers les processus de socialisation, ainsi que l’imaginaire et le sens qui leur sont associés.

I Les itinéraires de sortie de la galère

A Les étapes de l’itinéraire : l’importance du capital social

Tout se passe comme si l’univers de référence des personnes interrogées était assez loin de l’univers éducatif de la famille contemporaine fondé sur l’idée d’épanouissement, d’autonomie. Les personnes interrogées se caractérisent dans leur ensemble par un rapport difficile à l’école et un niveau de formation peu élevé, soit qu’ils aient interrompu leur scolarité sans obtenir de diplôme, soit qu’ils soient titulaires de diplômes sanctionnant des formations pratiques. En somme, la fragilité de la formation est dans une certaine mesure à l’origine de la précarité des parcours professionnels.

En dehors de l’école, les lieux de l’apprentissage ont en effet été marqués par une certaine violence qui pourrait les assimiler à des lieux de « dressage ». L’armée ou la prison font en effet partie de l’univers de référence au même titre que l’école. D’autres personnes interrogées ont été placées dans les foyers de la DASS au cours de leur enfance. Déserter l’armée peut par ailleurs engendrer un rejet parental.

 

N’importe qui ne tombe en effet pas à la rue. Si on raisonne toutes choses égales par ailleurs, la chute est souvent provoquée ou aggravée par la faiblesse ou la fragilité du capital réseau. La notion de capital social est ici fondamentale pour comprendre la précarité de certaines populations. Les personnes interrogées ont en effet bénéficié de peu de ressources pour résoudre leurs problèmes au moment où ils se sont posés, que ce manque de ressources soit dû à une instabilité familiale ou personnelle. Il existe donc des facteurs déterminants en terme d’âge, de sexe ou de diplôme. De la même façon que Brigitte Brébant a démontré dans La pauvreté, un destin ? qu’il y a une reproduction de la pauvreté, l’exclusion n’arrive pas d’elle-même, elle suit des conditions qui lui préexistent.

B Les deux modèles de trajectoires de sortie : insertion et réinsertion

L’itinéraire de la sortie de la galère peut se diviser en deux grandes trajectoires « idéal-typiques »: d’une part les trajectoires d’insertion et d’autre part les trajectoires de réinsertion.

Les trajectoires de l’insertion concernent plutôt des SDF jeunes et renvoie à deux grands types de situations :

  • Les personnes qui ont vu la galère être la conséquence d’une rupture volontaire avec leur famille vers 18 ou 20 ans. Au moment du départ, certains se réfugient à Paris car cette ville est d’une part facile d’accès, d’autre part elle exerce un effet « capitale ». Souvent les personnes interrogées ont effectué cette rupture pour se préserver d’un environnement familial difficile. Au vu des conséquences de ce départ sur leur vie tout entière, les personnes qui sont parties volontairement peuvent regretter de l’avoir fait. Les travailleurs sociaux jouent alors un rôle de substitut familial. À cet égard, la grand-mère joue un rôle important au sein de la famille, on se réfugie en effet souvent indifféremment soit chez sa grand-mère paternelle, soit chez sa grand-mère maternelle. Il semble qu’elle incarne au sein de la famille une figure alternative au rejet parental. Cependant, l’autre possibilité après une rupture familiale est de faire appel à son réseau amical ou à sa petite amie. Dans ce contexte, la drogue et la délinquance sont des recours à une survie sans formation. Une étape du parcours passe dès lors par un séjour carcéral qui accroît leur précarité. D’autre part, l’emprisonnement est en lui-même criminogène (voir la partie sur les lieux de l’itinéraire : prison, école, armée). Au vu du parcours difficile des personnes interrogées entrant dans cette catégorie, il semble que la galère ne soit pas un moment ponctuel de leur vie mais au contraire la continuation d’une situation qui était difficile dès le départ.
  • Les personnes qui peuvent être qualifiées par le terme générique de « routards », c’est-à-dire celles pour qui tout a commencé par un nomadisme choisi. Cette catégorie de personnes interrogées a souvent sillonné l’Europe avant d’arriver à Paris et d’y vivre la galère à proprement parler. Les personnes interrogées dans ce cas ont commencé par se loger dans des auberges de jeunesse. En ne fréquentant pas les hôtels mais les auberges de jeunesse, ces personnes interrogées se posent dans la posture du voyageur et non de l’exclu. Il semble que l’objectif de ces personnes interrogées ait été principalement de trouver un emploi avec le minimum de contraintes possibles. Cependant, par l’amenuisement des ressources on assiste à un passage du nomadisme à l’errance. D’un choix, les personnes interrogées se confrontent par la suite à la contrainte d’une nouvelle vie. Une fois fragilisées par l’absence de ressources, le cercle de la précarité commence. Poussées par la contrainte, les personnes interrogées peuvent se tourner vers le trafic de drogue ou d’autres activités illicites si rémunératrices qu’il est difficile d’y mettre fin.

Les trajectoires de la réinsertion concernent quant à elles des SDF plutôt plus âgés, ayant déjà été intégrés au sein de structures sociales et professionnelles. Elles renvoient à deux grandes situations :

  • Les personnes qui se sont retrouvées à la rue suite à un événement ponctuel qui a bouleversé leur vie économique, psychologique ou sociale. De l’abandon d’un conjoint au licenciement, les événements déclencheurs peuvent être d’ordres divers.
  • Les personnes qui se sont retrouvées sans repère et sans lien social une fois arrivées en France après une période de vie active à l’étranger, certains étant d’origine française, d’autre étrangère. L’arrivée est alors synonyme de perte de repères et de liens sociaux, ce qui se double d’une absence de droits au chômage par exemple. C’est donc à partir de celui-ci que commence matériellement la galère. Le problème devient alors souvent un problème de statut, celui d’obtenir des papiers, condition indispensable à la stabilisation de la situation matérielle. Ce groupe a des problèmes matériels et administratifs particuliers. Les personnes en question doivent par exemple trouver une carte de séjour. De plus le contexte de départ et d’instabilité géographique familiale fait que les personnes dans cette situation verbalisent même dans les entretiens l’idée qu’elles ne peuvent pas compter sur leur famille et préfèrent compter sur le réseau amical qu’elles ont pu se forger au cours du temps pour leur venir en aide. En somme, l’arrivée en France des personnes interrogées a mis en exergue dans leur vie une zone de précarité qui s’est développée à la première difficulté conséquente. Commence dès lors une instabilité qui ne fera que s’aggraver avec le temps, que ce départ ait été voulu ou provoqué par leur famille.

À ces deux parcours, s’ajoutent les trajectoires des femmes qui sont dans l’ensemble différentes, elles ne connaissent que très rarement la rue, et sont souvent plus aidées par leur réseau amical ou familial, et ce d’autant plus qu’elles ont souvent la charge d’enfants. Malgré la diversité de ces trajectoires, les différentes étapes du cycle de la précarité sont en partie communes.

II Le cycle de la précarité, au cœur de la galère

A Les indices de l’exclusion

Il existe trois grands types de déclencheurs : économique, psychologique ou social.

Au niveau économique, la personne interrogée se trouve confrontée à des difficultés auxquelles elle ne peut plus faire face : la fin des allocations chômage peut en effet s’avérer un événement déclencheur de la chute, avec toutes les difficultés qui en découlent, comme celle d’être interdit bancaire.

Au niveau psychologique, beaucoup d’éléments peuvent jouer : une dépendance à l’alcool, une fragilité affective se manifestant par une toxicomanie peut également handicaper toute interaction sociale, ou encore c’est un décès qui perturbe tout l’équilibre familial.

Enfin, au niveau social, la séparation de deux conjoints peut par exemple en laisser un dans une situation un peu précaire. Le départ du conjoint ou le divorce est souvent un élément déclencheur de la précarité. La perte de ses enfants est un facteur encore plus excluant.

B La culture matérielle de la galère : les objets de la précarité

Certaines personnes interrogées emploient l’expression « prendre le duvet » pour dire : aller vivre dans la rue. Le passage du lit à l’usage du duvet est le signe matériel du passage de l’arrivée dans la précarité. Les puces, les poux ou les cafards sont également les emblèmes de cette vie dans la rue. Le minimum vital étant constitué de vêtements comme un pantalon, une veste, ainsi que des chaussures et surtout des chaussettes pour pouvoir cacher son argent.

Lorsque l’on est au plus bas, les quatre éléments de base de la vie sociale sont menacés :

  • la propreté, cette mise en scène essentielle de soi n’est plus assurée
  • la santé
  • le logement, ce qui condamne à une mobilité perpétuelle
  • l’identité est mise en péril par l’absence ou la perte de papiers

Quelle que soit la difficulté de la situation, il demeure toujours des sphères intimes. Il est à cet égard intéressant de noter que parmi les personnes interrogées, une partie des SDF n’accepte pas le don de sous-vêtements déjà portés. Ces personnes ont toujours préféré en acheter des neufs, et ce quelles que soient les circonstances. La sphère intime demeure prégnante même pour ceux qui sont au creux de la vague.

Cette sphère intime se prolonge par exemple par une volonté de passer inaperçu, notamment dans les queues de la poste. À ce titre, certaines personnes interrogées ont noté les efforts qui ont été accomplis par La Poste pour assurer une certaine confidentialité lors des transactions. La crise de la descente est caractérisée par un manque de repères sociaux et c’est en ce sens qu’il y a crise de l’intimité. Rebondir passe alors par une reconstruction de son intimité. Une grande partie de SDF rencontrés ont en effet été fortement déprimés, et sous traitements médicamenteux. La dépression a été pour eux une contrainte forte à dépasser pour pouvoir entamer des procédures de réinsertion.

C Stratégies des acteurs dans la galère face au dispositif d’aide sociale

Les acteurs évoluent en effet dans un véritable marché d’offres de services d’aide sociale ou de réinsertion, où ils se livrent à un arbitrage rationnel entre l’offre et la demande. Il s’agit en effet d’une véritable construction sociale de la rencontre entre l’offre et la demande. L’offre de service représentant ici l’aide sociale ainsi que l’aide à la réinsertion. Il est important de souligner que les offres de services n’intéressent pas mécaniquement les « cibles visées ». Par ailleurs, la réalité de la vie des SDF est faite de violence et de pénurie alors que les discours des travailleurs sociaux a souvent trait à l’imaginaire et échappe ainsi à l’aspect véritablement matériel de la galère.

1.    Les deux types de services d’aide : services généralistes (aide sociale par exemple destinée à l’ensemble de la population) ou service spécialisé aux SDF comme l’hébergement.

La demande évolue en fonction des trajectoires sociales et des périodes de vie. Peu au fait des structures associatives capables de les aider, certaines personnes interrogées ont tenté de gérer seules le passage difficile de la galère. Si elles ont fait appel aux services d’aide, c’est parce qu’elles y avaient été invitées par les assistantes sociales. Il semble donc que l’assistante sociale soit une figure-clef de l’entrée dans le système d’aide offert par la puissance publique. Surtout elle donne l’information, ce qui est en l’occurrence essentiel, et entreprend les démarches administratives indispensables. Il s’agit d’une offre de service aux personnes sans abri. Au contraire, d’autres ont véritablement fait jouer le système d’aide de façon autonome en fonction des informations dont elles avaient pu disposer par différentes sources.

2.    Les stratégies face aux contraintes

Les personnes interrogées ont en effet dû apprendre à gérer le dispositif et ses acteurs. Ce savoir passe par l’acquisition d’une compétence verbale et d’une vision d’ensemble du fonctionnement de la bureaucratie. Elles s’inscrivent donc dans un jeu social qui est structuré par les institutions. Sans idéaliser leurs comportements, il faut souligner le fait que les SDF sont actifs au sein du système.

 

Les acteurs développent des stratégies matérielles face aux contraintes institutionnelles. En aucun cas les personnes interrogées ne sont passives au sein du système. Elles effectuent des calculs pour surmonter les contraintes. Les personnes interrogées font des raisonnements en terme de coût-bénéfice. D’une part elles effectuent des calculs pour tirer le plus grand parti de la structure, d’autre part, elles essaient de voir où la structure joue, pour en tirer le plus grand profit. C’est par exemple le cas de plusieurs personnes interrogées qui ne déclarent pas leurs revenus ponctuels de façon à garder le RMI.

Une fois pris par la contrainte de se repérer au sein du système d’aide, les personnes interrogées développent de nombreuses habilités particulières. La débrouillardise, la gestion de la mobilité, celle du réseau, sont autant de compétences qu’elles mettent au point au fur et à mesure des difficultés. Les SDF, notamment suivant la position qu’ils occupent dans la trajectoire de descente ou de remontée au cours du cycle de la précarité, sont plus ou moins passifs ou actifs face à leur situation. Cependant, quand ils sont actifs on constate qu’ils développent des stratégies pour tirer le meilleur parti du système d’aide, qu’il soit d’origine étatique ou associative. On constate dès lors un certain contraste entre les discours tenus par les travailleurs sociaux et la réalité des pratiques des SDF. Les travailleurs sociaux dans leur discours déclarent que les SDF sont assistés et ont besoin d’aide pour se réinsérer. Or s’il est vrai que les SDF sont démunis, ils ont également des pratiques stratégiques et ne sont pas assistés face au système d’aide. À ce premier contraste s’ajoute l’injonction paradoxale ou double-bind pratiquée par les travailleurs sociaux qui vise à intimer les SDF à être autonomes tout en suivant scrupuleusement les étapes de réinsertion déterminées en amont par les associations.

Les travailleurs sociaux peuvent par ailleurs tenir des discours sur la passivité ou le manque de responsabilité des SDF, comme s’ils étaient d’une certaine façon responsables de leur échec. Or les SDF ne sont pas passifs ou irresponsables. Ils sont dominés certes, mais ils n’en demeurent pas moins stratèges. Ils exercent une responsabilité dans les choix qu’ils opèrent. Le discours des travailleurs sociaux consiste à dire qu’ils ne sont pas responsables parce que précisément ils ne suivent pas les procédures de responsabilisation édictées par les associations. Au vu des travailleurs sociaux, ils n’appliquent pas leur responsabilisation au bon endroit. Au contraire, les personnes interrogées effectuent des choix rationnels parmi le dédale des aides qui leur sont offertes.

3.    Une survalorisation de la volonté par le milieu de l’aide sociale face à une précarisation toujours plus grande du marché de l’emploi

Le dispositif d’aide sociale est véritablement perçu par les travailleurs sociaux comme un « dieu institutionnel » où chacun pour s’en sortir doit faire preuve de volonté afin d’accéder au marché du travail. Le discours des travailleurs sociaux vise à se centrer sur les individus qui doivent faire preuve d’initiative et d’autonomie de façon à se sortir de leur situation. Or le jeu économique dans sa dimension plus large n’est pas prêt à réinsérer ce type de population. Depuis 10 ans, on assiste en effet à une précarisation généralisée des emplois. Malgré toute la meilleure volonté du monde, les personnes en phase de réinsertion se heurtent à un mur, celui des réalités économiques. C’est pourquoi certaines d’entre elles cherchent à s’orienter vers des domaines porteurs comme l’informatique par exemple. Il n’en demeure pas moins que les trajectoires s’insèrent dans une situation économique d’emploi précarisé. La volonté ne suffit pas. D’une part il est très difficile de trouver un emploi, mais d’autre part, le fait de trouver un emploi n’est une garantie ni de stabilité, ni de réinsertion. Les situations de travail peuvent être si dures que certains ont pu refuser des emplois.

Les conditions de travail sont si précaires que le travail n’est plus synonyme d’insertion. On retrouve là exactement la réalité sociologique américaine décrite par l’expression working poor. Le travail est si précarisé que la véritable insertion ne peut tenir à cet unique élément. L’insertion en devient donc beaucoup plus complexe.

Trouver un véritable travail que l’on pourrait qualifier d’« insérant » n’est pas du tout évident. C’est pourquoi certaines personnes interrogées se sont tournées vers le monde des sans-abri pour y trouver un travail : vigile pour les SDF, responsable de centre pour Emmaüs, vendeur de journaux. Certaines personnes sont même restées à y travailler pendant cinq, six, voir sept ans. Il s’agit là d’une continuation de la galère, le monde de l’exclusion s’auto-entretient, avec de plus une hiérarchisation entre les personnes qui ont vécu et celles qui vivent la galère.

 

III Le coût du passage, effet de seuil

Le décollage, le moment du passage est véritablement le moment le plus dangereux. Le passage à la légalité a en effet d’une part un coût financier. Il exige d’autre part énormément d’énergie et de rigueur. Ce déclic, ce moment, représente à beaucoup d’égards un véritable changement de valeurs. Pour les jeunes que nous avons rencontrés, il s’agit d’un processus d’inversion. Ils passent en effet d’une vie construite entièrement autour de la notion de liberté à des valeurs plus « adultes ». Le coût du passage de l’illégal, de l’informel vers une « société normée » est élevé. De plus, la personne a pu se construire un équilibre de vie, fait de dépendances, d’habitudes, de routines, qu’il peut être difficile d’abandonner pour une nouvelle période faite d’inconnu. Ainsi, dans certaines circonstances, et en particulier dans des phases de transition, la personne se trouve confrontée à deux identités : une identité passée, SDF, qui donne certains droits mais qui est stigmatisante, et une nouvelle identité en construction, mal prise en compte dans les institutions, qui ont une logique binaire : exclu/non exclu. L’acteur social qu’est l’ex-SDF peut donc se voir obligé de jouer avec plusieurs identités sociales, selon les lieux et les moments. Ainsi, la notion de déclic, de rupture (plus ou moins flagrante et de longueur très variable dans le temps) n’est possible que lorsque la personne sans abri accepte une rupture dans ses modes de vie et dans la définition de soi.

Le coût de la réinsertion, en terme d’énergie, en terme d’argent, peut être important. La situation de réinsertion peut donc entraîner un besoin financier conséquent (les démarches de recherche d’emploi entraînent des frais de transport, de photocopies, de montage de dossiers, de téléphone, le logement peut être de coût élevé ; les repas pris à l’extérieur quand on habite en foyer reviennent chers, etc.), plus ou moins pris en charge par les aides sociales. De plus il existe un grand différentiel entre les sommes qui ont pu être gagnées au noir, notamment grâce au trafic de drogue, et les sommes perçues par l’aide sociale qui peuvent paraître assez maigres en comparaison. Lors de la réinsertion en mode légal, les sommes perçues peuvent baisser considérablement.

On constate au moment du décollage un « effet de seuil » qui rend les personnes interrogées particulièrement sensibles à ce moment. Ainsi, la réinsertion, si elle peut donner des avantages (que nous développerons plus bas) conduit également à de nouvelles contraintes de budget, d’argent, de dépenses, qu’il faut savoir gérer. De plus, les personnes qui ont eu l’habitude d’avoir des droits liés à leur situation de sans-abri peuvent se retrouver dans une situation encore précaire, mais sans leurs droits précédents. La période de réinsertion peut alors être considérée comme la plus difficile car la moins soutenue par des institutions spécialisées.

 

IV Indicateurs de la réinsertion liés aux objets, à la consommation, et aux rites qui y sont attachés

A La réinsertion n’est pas objectivable de manière simple

On pourrait certes trouver des signes de la réinsertion, mais il faut garder à l’esprit que l’insertion comme la réinsertion ne sont pas objectivables de manière simple. La réinsertion est relative à la perception des acteurs et n’existe pas en soi. Les termes de « réinsertion », de « remontée », sont utilisés ici dans le sens que leur ont donné les acteurs sociaux rencontrés : en effet, après une période de galère, les personnes interviewées ont construit une séparation avec la période de vie actuelle qui se définit, dans les pratiques et dans les discours (parfois plus dans les discours que dans les pratiques, d’ailleurs), comme différente, comme tranchant avec la vie dans la rue ou la galère. Nous avons en effet choisi de rencontrer des personnes qui se disaient elles-mêmes en cours de réinsertion ou que les associations nous ont présentées comme étant en réinsertion, c’est-à-dire qui n’étaient plus en situation d’urgence. Nous allons voir que certaines pratiques, certaines activités, ne sont pas très différentes de la période de galère. En effet, parfois, plus que la démarche ou l’activité, c’est la manière d’utiliser cette démarche ou cette activité qui montre la volonté de réinsertion et non plus la stabilisation dans la rue ou la galère. De plus, un même fait, des mêmes pratiques, une même activité peuvent être considérés par une personne comme de la galère et par une autre comme de la réinsertion. Il faut donc relier les actes, activités, pratiques, etc., aux perceptions que les anciens SDF se font d’eux-mêmes.

 

On peut dire que beaucoup de personnes rencontrées sont en phase de liminarité, c’est-à-dire entre deux stades de vie. Ces deux phases se distinguent d’une part par des faits « objectivables », observables, des différences de comportements et d’intégration dans un système social, et d’autre part par les représentations. La vision du monde des anciens sans-abri change. Ils ont conscience d’un changement, d’un déclic, d’une rupture avec leur vie de sans-abri (quand celle-ci s’est installée, ce qui n’est pas toujours le cas). Ce changement de perception fait qu’ils savent qu’il leur reste des étapes à franchir pour arriver là où ils le souhaitent.

Il existe une frontière fragile entre galère et réinsertion et nous avons donc montré comment s’opèrent les changements, en termes de perception (déclic) et en termes de pratiques (indicateurs de la remontée). Pour cela, nous avons choisi une double approche : thématique et chronologique, pour montrer les phases et leurs indicateurs. Il existe bien un lien, même s’il n’est pas mécanique, entre les pratiques et les représentations.

Notons également que le terme de « remontée » ne signifie pas qu’il y ait linéarité d’une réinsertion, avec un seul modèle, mais plutôt une réinscription progressive, par de nombreuses entrées, dans la société. De plus, dans certains cas, la réinsertion demande un bouleversement des habitudes, qui peut provoquer un état qui semble moins bon que celui d’équilibre construit dans la galère. Une phase de réinsertion peut sembler plus précaire que la galère.

Les personnes rencontrées nous ont parlé d’un moment de leur vie, qui peut être considéré comme une « remontée », un processus de sortie de la galère, qui peut s’apparenter aux termes de réinsertion, d’intégration sociale, même si ces concepts peuvent être ambigus, voire rejetés par les anciens sans-abri. Nous avons en effet rencontré des personnes qui se définissaient elles-mêmes comme en période de « réinsertion », en tout cas dans une période de leur vie où elles voyaient la galère derrière elles (ce qui ne veut pas dire que certaines ne craignent pas de « retomber »).

 

En fait, à partir du discours sur cette évolution biographique, nous avons constaté qu’il existe un « déclic », une « étincelle » qui modifie la perception que se font les sans-abri de leur situation. Ensuite, viennent tout un ensemble de changements qui sont des ruptures radicales en terme de valeurs, de fin de dépendance à l’alcool par exemple, de type de sources de revenus ou des évolutions très douces, qui concourent à provoquer une situation meilleure que la situation antérieure, appelée « galère », « rue », etc.

 

Deux modèles extrêmes de déclic peuvent être dégagés, à partir de ce que nous en ont dit les personnes interviewées.

D’une part, une chute vertigineuse, une absence totale de volonté, peuvent provoquer un événement, une prise en charge totale de la personne, qui comprend alors qu’elle est arrivée au plus bas et qu’elle doit réagir. Ainsi, une prise en charge hospitalière peut être l’occasion de comprendre que la période de vie qui vient d’être vécue est une « déchéance », qui ne doit pas, aux yeux des sans-abri rencontrés, se pérenniser. Le milieu médical peut ainsi engendrer le déclic. Le laisser-aller de soi engendre un sursaut de volonté.

D’autre part, par la volonté, par un bouleversement personnel de la perception de soi, un déclic peut également se produire et entraîner une chaîne de comportements et d’événements qui participent d’un processus de remontée sociale.

En somme, c’est le réseau qui est essentiel dans la réinsertion. Ce réseau peut être de nature diverse, il peut être amical, familial, professionnel c’est-à-dire constitué par des travailleurs sociaux. Un exclu n’est donc pas à proprement parler quelqu’un qui n’a plus de ressources matérielles, c’est surtout quelqu’un qui n’a plus de réseau social. L’insertion est un système où le travail n’est pas le seul critère. Il n’est pas la cause unique ni la raison absolue de l’insertion. De la même façon, la réinsertion n’est pas un moment précis. C’est une réunion à un moment donné de conditions qui prises une à une n’ont pas de valeur comme le travail, le logement, ou l’existence d’un réseau social. Le travail n’est ainsi pas nécessairement synonyme d’insertion.

B Les signes de la réinsertion : les étapes, objets et modes de consommation qui y sont rattachés

1.    La première étape : trouver un logement

À partir de ce que nous en ont dit les personnes rencontrées et à partir des observations qui ont été menées, on peut déterminer que si l’ordre des étapes n’est pas toujours identique dans les différentes biographies et dans les conceptions, un maillon de la réinsertion demeure, qui sert de base aux autres démarches : c’est le logement, ou en tout cas l’hébergement. Nous avons vu que certains privilégiaient le travail pour avoir des ressources, pour ensuite trouver un logement stable, mais dans les faits, il s’avère que l’arrivée dans un lieu stable au niveau temporel (hôtel au mois, foyer pour six mois ou deux ans, résidence sociale, hébergement chez un ami, etc.) favorise de manière très forte les autres démarches à réaliser. On peut voir une gradation vers l’insertion dans la succession des logements occupés : la rue précède le squat qui lui-même précède l’hôtel avant d’avoir accès à un véritable logement qui permet de trouver du travail beaucoup plus facilement.

Le logement ou l’hébergement favorisent en effet les autres démarches, car ils assurent une économie d’énergie dans un domaine, et donc une utilisation de cette énergie à d’autres champs de recherche. La personne interrogée peut alors consacrer l’essentiel de son temps à chercher un véritable emploi, effectuer les démarches administratives nécessaires à son retour dans la sphère légale. Elle n’a plus la préoccupation quotidienne de savoir où elle logera le soir même.

Nous verrons que ces hébergements induisent des contraintes (de paiement d’un loyer, de règles collectives, etc.), mais que cela est perçu plutôt positivement par les personnes ayant été sans abri qui se réhabituent ainsi à des règles sociales de fonctionnement, même si cela ne correspond pas à ce qui pourrait être vécu en logement individuel.

2.    Les objets et la consommation

On peut dégager des objets et modes de consommation qui sont les signes de la réinsertion. Nous touchons là au cœur concret de notre démonstration.

Le symbole de la remontée est un objet : la clef du logement, qui matérialise le fait que l’on est libre d’aller et venir dans un lieu que l’on habite à proprement parler. Il existe, dans la continuité de la clef, d’autres objets symboles d’une réinsertion matérielle. L’acquisition de draps, ou d’un réchaud à gaz par exemple, est le marqueur d’une réelle installation dans un lieu donné, d’une certaine fin de la précarité. Le moment où la personne interrogée peut transformer un don alimentaire en le faisant cuire est un moment-clef. De la même façon, les personnes en réinsertion renouent avec une certaine sociabilité et ont pour cela besoin d’acheter des cadeaux pour célébrer certaines occasions.

Par ailleurs, en terme de consommation, pouvoir aller au cinéma ou au restaurant est un signe de réinsertion.

Ces signes n’ont cependant pas le même sens selon que la trajectoire est montante ou descendante. L’ANPE est en effet une avancée dans la phase de remontée mais c’est aussi le premier stade de la chute. Travailler chez Mac Donald’s est un signe de remontée en trajectoire ascendante alors que c’est l’inverse dans le cas des trajectoires descendantes. Faire appel à l’agence d’intérim Manpower relève du même mécanisme, ceci peut être une solution pour des gens qui ont des stratégies de mobilité et de nomadisme, alors que c’est souvent le seul recours pour ceux qui sont exclus du marché du travail depuis longtemps. De la même façon, le type de métier pratiqué peut être analysé à double sens. Travailler au noir dans la restauration dans les cuisines ou en tant que serveur, faire de la peinture, du jardinage, être guichetier, barman, plongeur aide-cuisinier mais aussi déménageur ou agent de sécurité, sont des exemples de ce type de « petits boulots » qui sont soit une étape dans la descente, soit un pied à l’étrier pour remonter.

 

Il existe de plus en la matière une grande différence entre la population relativement âgée qui cherche à se réinsérer, et la population jeune qui elle cherche à s’insérer. Les personnes en réinsertion doivent par exemple se constituer un CV, objet-clef de la recherche d’emploi. Elles doivent pour cela bénéficier des conditions matérielles de le faire. Au contraire, les personnes en voie d’insertion doivent satisfaire d’autres critères. Ils ne peuvent véritablement constituer de CV puisqu’ils n’ont jamais vraiment eu d’expérience professionnelle. Leur enjeu essentiel est de parvenir à effectuer des formations qualifiantes. L’entrée dans la galère en tant que telle ne se fait de la même façon selon que les personnes ont déjà été insérées ou non. Pour les personnes qui se sont retrouvées dans la rue suite à un événement ponctuel, la réinsertion est plus aisée dans la mesure où il s’agit à proprement parler d’une réinsertion. Il faut que la personne en question retrouve les moyens dont elle disposait précédemment, ce qui peut se faire plus ou moins difficilement. Dans le cas des personnes dont la galère n’est que le prolongement d’une vie qui a toujours été précaire, on ne peut pas réellement parler de réinsertion. Il s’agit d’une insertion. Cette situation est d’autant plus difficile que les personnes en question n’ont jamais disposé des moyens d’être véritablement insérées. On ne trouve donc pas les mêmes itinéraires de réinsertion.

3.    Les rites de passage qui peuvent devenir des rites de « purification »

On peut également discerner des rites de purification comme une étape essentielle de la remontée. Le rite de purification essentiel est de se mettre en règle vis à vis de l’imposition fiscale. Il s’agit là du signe que tout est rentré dans l’ordre et que l’on est prêt à être véritablement inséré. Nous avons recueilli des expressions du type « Je suis allé me livrer à la Trésorerie » pour exprimer cette idée.

Un autre rite de purification est de faire le point sur sa santé, par exemple de mener une cure de sevrage, de se racheter des lunettes ou des semelles orthopédiques.

Conclusion : Le rapport aux proches a un caractère fondamental dans la remontée

1.    Les enfants sont un moteur pour s’en sortir

Un des objectifs peut être de vouloir revoir ses enfants de façon digne. Les enfants restent un déclencheur. Et parmi les indicateurs de réinsertion on peut citer les cadeaux que la personne interrogée commence à racheter pour célébrer les anniversaires de ses enfants par exemple.

2.    Renouer des liens implique de pouvoir être fier de soi : les mécanismes de gestion de face

Une des réactions sociales à l’entrée de la galère est de couper tout lien avec son entourage familial ou amical. C’est le cas de ceux qui refusent d’en parler à leur famille et à leurs amis, par honte ou par crainte de « perdre la face », alors que les personnes qui partent volontairement de chez elles peuvent paradoxalement appeler à l’aide leur famille qui connaît la situation. C’est précisément la volonté de sauver son honneur, sa fierté, sa face, qui a poussé les personnes interrogées à couper tous liens avec leur entourage le plus proche et surtout familial. Cette coupure a varié dans sa forme en fonction des cultures et des trajectoires des personnes interrogées. Les acteurs sont en effet contraints à différentes stratégies symboliques destinées à ne pas perdre la face. Une personne d’origine tchadienne a dû par exemple couper tout lien avec les membres de sa communauté pour que sa situation ne soit pas rapportée dans son pays d’origine. D’autre part, ne pouvant effectuer de dons du fait de sa situation matérielle, tout retour dans son pays lui était interdit.

 

Pour renouer avec les autres, il faut en effet être comme les autres. Il faut pouvoir passer par une sorte de purification, il faut pouvoir effacer tous les signes de la période vécue en tant que SDF C’est souvent par des micro-rituels comme les cadeaux d’anniversaire, la célébration d’une première année d’abstinence en alcool ou encore Noël que l’on renoue avec les siens. C’est donc une fois sortie des plus grandes difficultés que ces personnes interrogées ont décidé de renouer avec leur entourage, d’entrer dans une phase de resocialisation.

 

Programme PUCA

« Les SDF, représentations, trajectoires et politiques publiques ».

Contrat de Recherche entre Argonautes, le Puca au ministère de l’Equipement et la Mission Recherche de La Poste

Paris, octobre 2000

Direction scientifique :

Dominique DESJEUX, Professeur d’Anthropologie sociale et culturelle

à l’Université Paris5-Sorbonne, Directeur scientifique d’Argonautes

Etude réalisée par :

Isabelle GARABUAU-MOUSSAOUI, Docteur en Anthropologie,

Chercheur à Argonautes, Chercheur associé au Cerlis (CNRS/ Paris 5-Sorbonne)

Cécile PAVAGEAU, Chargée d’études à Argonautes

Isabelle RAS, Sociologue, Chercheur à Argonautes, Chercheur associé au Cerlis

Esther SOKOLOWSKI, Sociologue, Chercheur à Argonautes, Chercheur associé au

Cerlis

Nina TESTUT, Sociologue, Chercheur à Argonautes, Chercheur associé au Cerlis

 

Annexe : La culture matérielle de la galère et de la réinsertion

  Indicateurs du début de l’exclusion

 Indicateur du plus bas de la galèreIndicateurs

de la sortieLes lieux

 Plus de logement fixeHébergement d’urgence

Rue

lieux publics (gare, parcs et jardins, porche, église, etc.)

SquatHôtel

Foyer de

réinsertion

Logement collectif

Logement individuelLes objets

 

ou

 

Les animauxSac à dos

DuvetLexomil

Antidépresseurs

Alcool

Drogues

Puces, poux

Chaussures, chaussettes

Papiers quand ils ne sont pas perdus–          Trousse de

–          toilettes ;

moins de

dépendance

(alcool, drogue,

antidépresseurs, etc.)

– Clefs ; draps ;

réchaud à gaz

 

–          Téléphone

–          mobile ; carte

Réalys

 

– Achat de cadeaux pour des tiersLes démarches

 

ou

 

Évènements déclencheursDémarches auprès d’agences d’intérim

Divorce

Fin de droit

Démarches auprès de l’ANPE

Petits boulots, Mac Donald’s

Fraude au sein des transports en commun Obtention de papiers d’identité

Démarches auprès d’agences d’intérim

Démarches auprès de l’ANPE

Petits boulots, Mac Donald’s

Recherche d’emplois (coût des C.V., etc.)

Domiciliation

Réalisation d’un check-up santéLa consommation de services,

hors du système d’aide Accès gratuit à la culture comme au centre Georges Pompidou ou à la VilletteBudget loisirs (carte UGC par exemple)

 Les acteursAbandon du conjoint

Refuge chez la grand-mère

Prise de distance par la famille

Refuge dans le réseau amical

Rôle de la petite amie ou femmeLes policiers

Les travailleurs sociaux et assistantes sociales de l’urgence

Les assistantes sociales

Les gardiens

Les vigilesLes médecins

Les travailleurs sociaux et assistantes sociales de la réinsertion

 Les sources de revenu

 Allocation chômage de longue durée, plus de travailRMI

Trafics en tous genres dont celui de la drogue (sommes d’argent en général plus élevées que les sommes provenant des transferts sociaux)

La mancheRevenus du travail