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CONSOMMATION

1997, 16 septembre, D. Desjeux, Produits transgéniques, angoisse alimentaire et diversité culturelles de la perception des risques (conférence)

1997, 16 septembre, D. Desjeux, Produits transgéniques, angoisse alimentaire et diversité culturelles de la perception des risques (conférence)

Dominique Desjeux, professeur d’anthropologie sociale et culturelle à la Sorbonne (Paris 5)[1]

Avec l’alimentaire on gère de l’angoisse, celle de l’incorporation dans son corps d’un produit inconnu, dont on ne connaît pas l’origine, origine qui peut être impure, « dénaturée », c’est à dire qui n’est pas « naturelle ». Le phénomène d’angoisse a déjà été analysé par Claude Fishler dans l’Homnivore, où il montre que nous sommes tous soumis à une double contrainte, celle de la néophilie, qui nous pousse à rechercher de nouveaux aliments pour assurer la diversité de notre alimentation, et celle de la néophobie, la peur des aliments nouveaux, qui nous pousse à limiter l’usage de produits inconnus pour limiter les risques alimentaires. Les produits transgéniques s’insèrent dans cette angoisse, qui n’est pas dans l’ordre du rationnel mais dans celui de l’imaginaire, mais qui est aussi solide qu’un « raisonnement rationnel » ou un « fait matériel ». Au cours de l’enquête exploratoire que nous avons menée cette année avec Luc Esprit, une des réponses spontanée à la demande de ce qu’évoquait le maïs génétiquement modifié a été « beurk » ! En effet, les biotechnologies n’évoquent pas un sens précis, par rapport aux normes de précision de la connaissance des scientifiques. Aussi comme souvent en situation d’inconnu, la description de l’objet inconnu, ici les biotechnologies, est ramené à un univers connu, celui de la sciences et de la recherche. n est associé aux espoir et aux angoisses que cet univers, celui de la science, évoque d~l’esprit des gens. Comme dans la vie de tous les jours, la connaissance est d’abord émotionnelle avant d’être rationnelle, si tant est qu’il existe une connaissance certaine dans le domaine de la nutrition, vu la complexité des chaînes explicatives à mobiliser de la cellule au corps et du corps à la culture. Les produits transgéniques ou les biotechnologies évoquent donc un monde à « double tranchant », qui est caractéristique des représentations que l’on se fait en France de l’univers scientifique. D’un coté ils évoquent le « service de la vie », et de l’autre « la guerre des étoiles », ce qui nous dépasse, ce qu’on ne maîtrise pas, classiquement associés à la fois au danger et au progrès, ou à celle d’idée de nature et de sain, opposée à celle de manipulation et d’artificiel. L’indice le plus intéressant de la source de l’angoisse, et de sa résolution éventuelle par le tracking par exemple, nous en est donné par un des participants qui déclare que la biotechnologie « c’est une recherche sur le futur, mais aussi sur le passé » ou un autre qui dit « ça évoque le passé, ça permet d’avoir une filiation complète ». C’est bien la question de l’origine, associée à filiation, terme particulièrement fort symboliquement en anthropologie ou l’opposé dans de nombreuses cultures c’est le bâtard, l’esclave, l’étranger, voire l’indésirable, qui semble la dimension clé de l’angoisse et donc de la violence ou du rejet qui peut lui être associée. Ceci explique en partie le succès du thème de l’authentique, c’est à dire ce qui garantie l’origine par le terroir et la certification d’experts, comme l’a déjà montré Jean-Pierre Warnier et son équipe pour les produit du terroir, comme le boudin de Mortagne, le sel de Guérande ou le reblochon AOC. Conclusion: l’anthropologie de la consommation, ou ethno-marketing, une méthode pour réduire les risques d’erreur à l’exportation Les images que chacun se fait de l’alimentation et des risques alimentaires varie en fonction des cultures. Une jeune étudiante américaine qui vient de suivre notre programme d’été international à la Sorbonne sur les comportements alimentaires des jeunes en France, avec des étudiants danois, algériens et turcs, montre que la notion de fraîcheur est pour elle associée à la date de péremption de l’étiquette collée sur le produit et surtout au fait que le produit soit sous Cellophane. Son enquête auprès des jeunes français montre à l’opposé que c’est un produit vendu sur un marché de rue, sans emballage, qui évoque l’idée de fraîcheur pour un jeune à Paris. De même, elle s’est sentie insécurisée en arrivant à Paris, pour faire ses achats alimentaires parce qu’aucune étiquette n’indiquait le taux de « fat », de gras, qu’elle avait l’habitude de rechercher aux USA, en vue de savoir si l’aliment était sain ou non. La leçon simple est que pour développer ses exportations auprès de professionnels ou de consommateurs il faut reconstruire qu’elle est le sens concret de la qualité recherchée pour un produit dans une culture donnée, le même mot, ici la fraîcheur, recouvrant plusieurs sens, quelles sont les risques par lesquelles il se sent le plus menacées, ici c’est de grossir, et par quels signes l’acheteur est sécurisée, ici la visibilité du mot « fat » sur l’étiquette.

16 09 1997

 



[1]  email : d.desjeux@ argonautes.fr