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Les échelles d'observation

1996, D. Desjeux, Tiens bon le concept, j’enlève l’échelle…d’observation !

Les échelles d’observation

1996, D. Desjeux, Tiens bon le concept, j’enlève l’échelle…d’observation !

Dominique Desjeux

Professeur d’Anthropologie sociale et culturelle à la faculté de Sciences Humaines et Sociales Sorbonne (université Paris V)[1]

 

Revue Utinam n°20, 1996, L’Harmattan, pp. 15-44

 

La question posée dans ce dossier est : la volonté est-elle une catégorie de la sociologie? Pour y répondre, je me propose de l’aborder à partir d’une autre question : comment répondre théoriquement à une question abstraite à partir d’un point de vue empirique, c’est à dire d’un point de vue qui part de l’observation des pratiques des acteurs sociaux, tout en passant par l’élucidation de mes propres pratiques.

Je chercherai donc d’abord à expliciter comment je décris la réalité, en particulier à travers des échelles d’observation, pour montrer, plus généralement, que la perception des phénomènes sociaux est soumise à une triple contrainte, celle de la réalité, celle de nos catégories mentales et celle de nos modes de connaissance du réel. Pour mémoire, ces modes de connaissance peuvent eux-mêmes se ramener à trois modalités principales : la connaissance ordinaire, la connaissance esthétique[2] et la connaissance scientifique[3]. Ces trois connaissances sont à la fois en continuité et en discontinuité. A partir de l’élucidation de ces contraintes je montrerai une réponse possible à la question sur la volonté.

 

1 – Comment reposer empiriquement la question : rechercher un indicateur concret, la décision, du concept abstrait, la volonté

 

A priori, avant que la question ne me soit posée, la volonté me paraissait plutôt une catégorie de la psychologie ou de la philosophie. Le philosophe Christian Ruby montre, par exemple, à partir d’une lecture de Hegel, dans L’individu saisi par l’État Lien social et volonté chez Hegel (1991), que chez les philosophes théoriciens de l’individualisme la doctrine de la volonté implique une « liberté confondue avec le libre arbitre » (p. 144), la volonté se confondant avec l’individu. Le débat et la solution attribuée à l’individualisme, du lien entre volonté et individu, sont construits à partir d’une catégorisation en terme d’école, ce qui est normal en philosophie. Elle  ne dépend pas, pour l’auteur, qui est par ailleurs un remarquable analyste du débat sur l’opposition modernité/post modernité (1991), d’une quelconque échelle d’observation, qui est par contre la contrainte de l’approche sociologique.

Je vais adopter un point de vue « professionnel », celui de chercher de répondre à la question qui m’est posée alors que je ne me la pose pas a priori, tout en mobilisant mes modèles méthodologiques et interprétatifs accumulés au cours de ma trajectoire professionnelle, mes « prénotions » et mes « projections » pour favoriser ensuite leur déconstruction partielle grâce à une confrontation avec la réalité. Il me faut donc imaginer comment observer les pratiques de la volonté dans la vie sociale et comment les décrire.

Du point de vue de la sociologie descriptive, c’est à dire qui interprète la dimension sociale des acteurs de façon compréhensive à partir d’une ou plusieurs techniques de recueil de l’information, la question devient alors : l’outil sociologique peut-il permettre de décrire la volonté par observation directe ou indirecte ?

Pour répondre, je choisirai un indicateur concret de la volonté, « la décision », sur lequel je travaille sous des angles variés depuis celui des processus de décision en organisation, en passant par la place de la « sorcellerie » et de l’imaginaire familiale en Afrique, jusqu’aux décisions d’achat dans la consommation quotidienne en France ou à l’étranger, depuis mes premières recherches avec Michel Crozier et Erhard Friedberg, à la fin des années soixante, jusqu’à aujourd’hui avec les chercheurs d’Argonautes et du laboratoire d’ethnologie de la Sorbonne[4].

Mais une décision, comme indicateur concret de la volonté, ne s’observe pas non plus telle quelle : elle s’observe à travers le constat d’un changement, ou d’un non changement, entre un état A et un état B. Ce qui est observable se sont d’un coté « en aval » du changement des passages à l’action[5], c’est à dire des pratiques, des discussions entre membres d’une famille ou d’une organisation, des circulaires, des tensions ou l’apparition dans le système d’action de nouveaux objets techniques ou domestiques ou, de l’autre, « en amont » du changement, des représentations au sens le plus large.

Aussi la décision est-elle considérées ici comme un processus, dont la volonté serait une « boite noire », c’est à dire le mécanisme invisible qui déclencherait le passage de l’habitus à l’action, ou de l’intention, du sens ou de l’interaction à l’action, ou de l’arbitrage à l’action. Cette « boite noire » peut être nommé « calcul » pour l’analyse stratégique, « volition » pour les philosophes classiques, « motivation » pour la psychologie, « injonction » pour Jean-Claude Kaufmann (1992, p. 18), « inconscient » pour la psychanalyse, aussi bien que « structure », « habitus », ou « weltanschaung » pour signifier ce qui organise implicitement le champs des décisions d’une époque.

Mon hypothèse est que nommer, et donc catégoriser, va dépendre de l’échelle d’observation qui est pratiqué de fait par le chercheur en sciences humaines et sociales, implicitement ou explicitement[6]. Mon postulat[7], qui n’est donc pas démontrable, est que les concepts et les théories qui leurs sont liées sont  des productions sociales construites sous contrainte, celle de notre perception de la réalité. La principal contrainte de la perception est l’échelle d’observation. Or c’est cette contrainte d’échelle qui est le plus souvent occultée, enlevée, au profit des batailles conceptuelles ou « abstraites »[8], en terme d’école notamment. Ceci ne signifie pas une négation des écoles mais un retournement « réaliste » de la question des modèles interprétatifs. Ce retournement tente de montrer que la mise en évidence d’un phénomène social, comme la décision ou la volonté, dépend autant des schémas « a priori »[9] de la perception et de la connaissance du chercheur, et de ses postulats, que du découpage « choisi » pour aborder la réalité dont je postule, aussi complexe que soit sa connaissance, qu’elle existe indépendamment de ma perception.

 

2 – Les trois échelles d’observation en sciences sociales et humaines : macro-social, micro-social et micro-individuel

 

J’aimerais montrer, sous forme d’une réflexion ouverte et personnelle, que la capacité qu’a un sociologue d’observer une décision, va dépendre de l’échelle d’observation qu’il va choisir pour réaliser son enquête. Mais le postulat qui est derrière est que le sociologue n’a pas le choix de ne pas choisir une échelle d’observation, au contraire des philosophes qui ne sont pas soumis aux contraintes de l’observation. La réalité sociale n’est pas saisissable empiriquement indépendamment des échelles. Mon hypothèse est que du fait de la tradition philosophique dans laquelle ont été formé une partie des sociologues français[10], une part du jeu intellectuel consiste à masquer l’origine empirique des faits sociaux, c’est à dire à enlever l’échelle d’observation, a faire comme s’il était possible de saisir globalement la réalité indépendamment des conditions de l’observation et des contraintes de la réalité. Il y a une bonne raison à ce jeu, la peur de ne plus pouvoir fonder un fait social, de « sombrer » dans un relativisme absolu, ce qui me paraît tout aussi intenable.

 

La question des échelles est classique, et acceptée, dans les sciences de la vie et de la nature [11]. Elle n’est pas non plus nouvelle en Sciences Sociales. Elle est ancienne, et centrale, en géographie (cf. Antoine Bailly, Robert Ferras, Denise Pulmain (éds.), 1993, Encyclopédie de géographie, où Robert Ferras montre que les géographes sont des « gros consommateurs d’échelle » p.421). Elle est classique en économie, entre micro et macro-économie avec, par exemple, Garry Becker et son article « A Theory of Allocation of Time » dans The Economic Journal, volume 75, en 1965. Elle est en train d’apparaître en histoire (cf. Jacques Revel, éd., 1996, pour la « micro-histoire) ou de façon moins explicite en anthropologie, avec Marc Abélès sur l’État (1990) ou avec Clifford Geertz sur le rapport entre le local et le global (1986).

La psychanalyse sans se poser la question des échelles est confrontée de fait à la même question face à la biologie et à la neurophysiologie (cf. André Green, 1995). Biologie et neurophysiologie peuvent être considérée comme les approches « micro » du « cerveau », comparativement à l’approche « macro » de la psychanalyse qui traite du sujet, de son intentionnalité, du sens de sa vie et des ses affects, et donc à une échelle bien plus large que celle des cellules ou des neurones[12]. La psychologie, à travers la psychologie sociale, est passée depuis les années soixante, avec Serge Moscovici notamment pour les représentations sociales, à une échelle « macro ». Elle a aussi investi depuis longtemps le domaine des interactions sociales, même si elle ne semble pas poser la question des échelles d’observation  (cf. Edmond Marc et Dominique Picard, 1989 ; Dominique Picard, 1995). 

La question semble absente de la philosophie, sauf en éthique, comme avec John Elster qui montre la contradiction entre les choix centraux des institutions de santé et les choix locaux des médecins qui doivent allouer une ressource rare, des organes à greffer (cf. John Elster et Nicolas Herpin, eds., 1992)[13].

 

En sociologie la question des échelles est ambivalente, entre des positions « séparatistes », des positions holistes ou « intégratives » et des positions « nihilistes ». Elle est ancienne, mais ce n’est pas une question centrale du débat entre sociologues. Elle remonte au moins à Émile Durkheim qui en 1898, dans un texte repris en 1924 dans Sociologie et philosophie, montre que de même que les états psychiques sont extérieurs aux cellules cérébrales, de même « les représentations collectives sont extérieures  aux consciences individuelles » (p. 36). Il semble donc postuler une autonomie de l’échelle d’observation sociologique, par rapport aux autres échelles psychologiques et biologiques, même s’il existe une continuité entre les échelles, mais qui n’est pas observable. Pour les idées par exemple, elles sont dues « à la synthèse d’un certain nombre d’états cellulaires, combinés ensembles d’après des lois par des forces encore inconnues. » (p. 38, souligné par moi). Le social est aussi la résultante d’un mécanisme invisible de « synthèse » des consciences individuelles. Durkheim est plutôt « séparatiste » quant à la capacité d’observer concrètement les liens entre échelles, même s’il postule que la réalité, en dehors de l’observation, est « continue » [14].

Georges Gurvitch, en 1958, pose la question des échelles micro et macro-sociales en introduisant l’idée de « sociologie en profondeur ». Il intègre à la fois la pensée de Georges H. Mead[15] qui, dans Mind, Self and Society (1934) considère la société comme un tout, celle de Marcel Mauss sur le phénomène social total, et la pensée dialectique de Marx. Pour Georges Gurvitch la réalité sociale est « disposée en paliers, niveaux, plans étages ou couches en profondeurs » depuis l’environnement jusqu’aux états mentaux, en passant par les « appareils organisés », les rôles sociaux ou les conduites collectives (pp. 157-169). La méthode sociologique consiste « à prendre toujours en considération tous les paliers, toutes les échelles (nous, groupes, société globale), tous les secteurs (…) de la réalité sociale à la fois, d’emblée, en leur appliquant une vue d’ensemble,«  suivant un point de vue dialectique (p. 25, souligné par Georges Gurvitch). Il postule que l’on peut observer en même temps toutes les échelles de la réalité sociale, en ce sens, il est holiste. Edgar Morin propose une autre solution pour intégrer les différents niveaux de la réalité sociale et biologique, celle de l’hologramme dans La méthode, tome 3 : la connaissance de la connaissance, (1986, p. 101 et sq.), où le tout est contenu dans la partie (cf. le dossier de Jean-François Dortier sur Edgar Morin dans Sciences Humaines n°1, 1990). Cela permet de contourner la question des échelles, mais le problème de l’observation des liens entre échelles reste entier. Je pense aussi à deux autres recherches d’intégration des échelles qui sont tout à fait intéressantes, l’une entre individus et classes sociales avec Vincent de Gauléjac dans Névrose de classes (1987)[16], et l’autre, dans le domaine des organisations avec celle d’Eugène Enriquez dans L’organisation en analyse (1992), en terme d’instances[17].

A l’opposé, Pierre Bourdieu dans Raisons Pratiques (1994) pense que ce n’est pas une question pertinente. Il explique que dans La distinction (1979), par exemple, il a mobilisé une « pluralité de méthodes d’observation et de mesures, quantitatives et qualitatives, statistiques et ethnographiques, macro-sociologiques et micro-sociologiques (autant d’oppositions dépourvues de sens)«  (p. 16, souligné par moi). Il est plutôt « nihiliste ».

En première approximation je peux déjà déduire que le choix implicite fait sur la question des échelles d’observation va induire la réponse sur la possibilité d’observer ou non une décision. Pour ma part, étant plutôt « séparatiste » en matière d’échelle, au moment de l’observation, je pense qu’il sera difficile d’observer une décision, et donc la volonté, à l’échelle macro-sociale. A cette échelle les acteurs et leur intentionnalité ne sont pas observables.

 

Derrière toutes ces approches sur la question de la pertinence des échelles d’observation se profile un autre problème qui est difficile à gérer socialement pour tout groupe scientifique, celui qu’il y a d’accepter la différence entre écoles ou entre disciplines, de ce que je pourrais appeler par homologie, « l’inter-ethnique » disciplinaire.

Classiquement, les deux façons de nier l’autre, c’est à dire deux façons de gérer la différence, sont la stigmatisation d’un coté, le plus souvent associée à un terme en « isme » dans les débats intellectuels, avec des termes comme réductionnisme, idéalisme, relativisme, positivisme ou empirisme, par exemple, ou l’affirmation qu’il n’existe pas de différence avec l’autre.

Or ce qui est propre à chaque discipline c’est l’échelle d’observation, et ce qui est propre à chaque école, c’est le découpage choisi à une échelle donnée. Nier les échelles revient en partie à nier la pertinence des différences disciplinaires ou a nier la relativité des découpages. La question des échelles soulève donc à la fois celle de la « purification disciplinaire » fondée sur le principe légitime de la construction d’une identité professionnelle qui demande que soit définie le dedans et le dehors, et celle du métissage qui fonde l’innovation, la création et donc la survie des groupes sociaux.

Le traitement du problème des échelles est donc fait ici d’un point de vue anthropologique[18]. Celui-ci ne cherche ni à développer l’inter-disciplinaire qui tend au fusionnel, une des formes de négation de l’autre, ni à montrer que la sociologie est la seule approche possible du social, la forme « mégalo » de la négation, mais plutôt à rechercher là où elle est pertinente et là où elle ne l’est pas, notamment pour comprendre la volonté.

De plus le traitement sociologique de la volonté est d’autant plus complexe qu’il se heurte à la polysémie de deux termes qui peuvent lui être associés en sociologie : acteur et action. Ces deux termes ont-ils le même sens chez des chercheurs « tourainiens » comme Dubet (1994), Lapeyronnie (1993) ou Michel Wieviorka (1992), pour un « crozérien » comme Erhard Friedberg (1993), ou des « boudoniens » comme Monique Hirschhorn (1993) ou Patrick Giraud (1993, 1994). Erhard Friedberg dans Le pouvoir et la règle (1993) montre bien qu’il n’est pas d’accord avec Touraine sur l’opposition entre action organisée et action collective (p.12, note 1).

 

Pour faire avancer le problème, j’ai choisi de renverser la catégorisation par école ou par champs entre sociologues ou disciplines pour la remplacer par une catégorisation par échelle d’observation. Je ne suis pas sûr que cette catégorisation « colle » pour tous les sociologues, notamment pour les « tourainiens » ou pour Marx.

J’ai choisi les chercheurs en priorité parmi les « baby boomers », ceux nés entre 1945 et 1950, ayant écrits des livres significatifs, mais sans exclusive, et dans des champs ou des écoles variées, pour montrer qu’il existe un effet échelle et un effet découpage au-delà des effets d’école[19].

De plus je n’ai pas cherché à faire rentrer tout les chercheurs dans les « barreaux de l’échelle ». Je ne sais pas bien où « classer » des chercheurs comme Dominique Wolton (1993), pour la communication, Danièle Hervieu-Léger (1993), pour les religions, Bruno Péquignot (1990, 1993) en esthétique, Yves Grafemeyer (1994) en sociologie urbaine, Bertrand Hervieu (1992) en sociologie rurale, en  André Guichaoua (1993), en sociologie du développement, Jean-Michel Berthelot (1996) en épistémologie ou Denis Segrestin (1992) pour l’entreprise. Cette catégorisation est donc limitée et réfutable, ou améliorable.

 

Elle propose un autre ordre, une autre catégorisation, à partir d’un critère plus ou moins explicite suivant les chercheurs, qui est donc celui de l’échelle d’observation dominante mobilisée par chacun. Sa cohérence n’est pas « bouclée ». Elle ne part pas des intentions des acteurs sociologues. Elle limite donc les risques d’aboutir à un modèle interprétatif trop « parano », qui survalorise les cohérences, une généralisation globale et produit de l’hyper-signification. Elle permet cependant d’infléchir les termes du débat en sciences humaines et sociales en apportant une conceptualisation qui change les bases du débat de la différence d’école ou de discipline : dis-moi ton échelle d’observation et je te dirai ce que tu ne peux pas voir ou ce que tu privilégies dans l’observation de la réalité sociale., c’est à dire qu’est ce qui est pertinent à cette échelle, mais qui n’est pas généralisable à une autre[20].

 

J’ai donc choisi « arbitrairement » de classer les approches de sciences sociales et humaines en  trois échelles : macro-sociale, micro-sociale et micro-individuelle. Mon découpage est basé lui-même sur une approche micro-sociale. Le choix est arbitraire, non pas au sens de n’importe quoi, mais au sens de relativité du choix de la catégorisation. La contrainte est que personne ne peut échapper à la pratique de la catégorisation, et donc à la nécessité de distinguer, de séparer et donc de découper arbitrairement dans la réalité, qui, elle, est « continue », ou en tout cas que l’on peut découper de plusieurs façons[21].

 

A l’échelle macro-sociale, celle du Suicide de Durkheim ou de La Distinction  de Bourdieu, il n’y a pas d’acteur intentionnel, pas d’acteurs concrets individuels. C’est l’échelle des classes sociales, celle des générations (cf. Jean-Pierre Terrail, 1995 ou Claudine Attias-Donfut, 1995), des sexes ou des cultures. A cette échelle, il n’existe que des régularités sociales sous formes de normes sociales ou de « grandeur », comme chez Luc Boltanski (1991), de macro-culture comme chez Emmanuel Todd (1983), ou sous forme de décompte, de corrélation ou de causalité, comme dans les Données sociales  de l’INSEE, les information du CREDOC, les modèles prospectifs de Louis Dirn, avec Henri Mendras et Michel Forsé (cf. Sciences Humaines Hors Série n° 14, de septembre 1996) ou les enquêtes sur les modes de vie d’Alain Degenne, voir dans le livre de François de Singly sur Fortune et infortune de la femme mariée (1987)[22], ou les travaux de Monique et Michel Pinçon (1989). C’est aussi l’échelle des sondages ou des styles de vie de la Cofremca ou du CCA de Cathelat, pour les bureaux d’études qui travaillent sur le comportement des consommateurs. En marketing, c’est une échelle de « macro-psychologique », c’est à dire qui recherche les régularités des attitudes ou des opinions[23].

A cette échelle, il n’est pas possible d’observer la volonté, ou des mécanismes décisionnels. Durkheim ne dit rien de la souffrance individuelle du suicidaire[24]. Il n’intègre pas la dimension affective du sujet ou le sens de son action, du moins dans la partie descriptive de son travail[25]. Réduire les variations individuelles à de grandes régularités, chaque individu étant de fait unique, constitue l’apport même de la macro-sociologie[26], et donc aussi sa limite « perceptive » en terme d’échelle d’observation.

 

A l’échelle micro-sociale, celle des acteurs intentionnels, en interactions concrètes les uns avec les autres, il est par contre tout à fait possible d’observer des processus de décision, même si les moments de prise de décision sont souvent dissous dans le jeu social. Cette échelle est dominante dans le champs de la sociologie française aujourd’hui. Ce qui varie se sont les découpages et les modèles que mobilisent les sociologues, les anthropologues, ou les psycho-sociologues pour expliquer les comportements des acteurs, comportements qui organisent de fait les processus de décision.

Les découpages à l’échelle micro-sociales peuvent se ramener arbitrairement à cinq grandes catégorisations interprétatives qui directement ou indirectement participe des processus de décision, et auxquelles j’associe le nom de chercheurs, ici principalement français, qui me paraissent significatifs de ces différents découpages[27] : le sens et l’émotion, l’utilité, l’imaginaire, l’identité et des mécanismes sociaux plus spécifiques. Le point important est que la plupart de ces découpages sont absent des approches macro-sociales, et tout particulièrement l’émotion et les mécanismes sociaux en tant que tel :

– sur le sens, le symbolique, l’intention ou l’affectivité, voir Eugène Enriquez (1992), Vincent de Gauléjac et Nicole Aubert (1991), pour la sociologie clinique ; Patrick Pharo (1993, 1992) ou Louis Quéré (sans date) pour une approche phénoménologique; Jacques Godbout (1992) ou Alain Caillé (1989) pour le MAUSS, ou Blumer (1986) pour l’interactionisme symbolique ; 

– sur l’intérêt, les rapports de pouvoir et le calcul voir Erhard Friedberg (1993), Norbert Alter (1996) ou Jean Claude Thoenig (1973), pour les organisations ; ou appliqués aux stratégies des acteurs urbains, avec Babacar Sall (1993), ou ruraux, avec Sadamba Tcha-Koura (1995), en Afrique

– sur l’imaginaire voir Michel Maffesoli (1988), pour le quotidien, Alain Gras (1989) pour les technologies de pointe, Michael Hersfeld (1993), sur les bureaucratie occidentales ou Jean-Pierre Warnier (1994) pour les objets et la culture matérielle ;

– sur les constructions identitaires voir François de Singly (1996) et Jean-Claude Kaufmann (1992), en sociologie de la famille ou du couple, Renaud Sainsaulieu (1977) pour les entreprises ou Claude Dubar (1991) pour la socialisation ;

– sur les mécanismes sociaux comme les réseaux voir Marc Abéles (1990), en anthropologie des organisations politiques, Michel Callon et Bruno Latour (1989, 1991) en sociologie des sciences, ou Catherine Paradeise (à paraître) pour les professions.

L’hypothèse méthodologique est que la décision, et à travers elle la volonté, participe de ces différentes dimensions qui ont été découpées dans la réalité sociale par les différents sociologues à l’échelle micro-sociale pour expliquer les interactions sociales qui sont à la base des processus décisionnels. Mais, la volonté, la décision, l’action, qui participent de ce processus, ne sont pas observables en tant que tel. Ce sont des boites noires. Ce qui est observable se sont les indices concrets d’un passage à l’action, comme les réseaux ou les calculs, ou des déterminants en amont de ce passage, comme l’imaginaire, l’identité, l’intention, le sens ou l’apprentissage.

Cependant, la dispersion des découpages rappelle la difficulté de décrire une décision, dont l’analyse se perd bien souvent dans celle du jeu social. Alors qu’elle paraissait proche d’être atteinte la décision se « dissous » dans le jeu du sens et de l’intérêt, du calcul et de l’émotion, de l’interaction et des réseaux, de l’imaginaire et des contraintes de réalité. D’un coté la décision apparaît comme un processus collectif, et en ce sens, elle participe d’une approche micro-sociologique qui permet de saisir la volonté comme changement,  c’est à dire comme calcul, émotion, sens ou contrainte sous pression du jeu social, de l’autre elle se transforme en routines qui structurent les comportements quotidiens, la volonté disparaissant dans l’automatisation des actions au jour le jour[28].

 

La troisième échelle, l’échelle micro-individuelle permet de faire apparaître une autre dimension de la décision, celle des arbitrages. L’échelle micro-individuelle est celle de la cognition (cf. R. Boudon, en sociologie (1990) ou Beauvois (1993) en psychologie), du psychique ou de l’inconscient psychanalytique des sujets (cf. A. Green, 1995), les interactions sociales disparaissent, au profit notamment, des choix et des arbitrages, des motivations ou des pulsions inconscientes[29]. Ici la volonté comme choix, comme produit d’un arbitrage cognitif entre des préférences, est relativement observable. Par contre, la volonté disparaît si elle est observée comme la résultante de l’inconscient, comme elle disparaissait dans l’échelle d’observation macro-sociale en terme d’habitus.

 

Il serait probablement possible de descendre à une échelle d’observation encore plus micro, celle de la biologie pour montrer les variables physico-chimiques qui pourraient rendre compte de la volonté ou au moins de l’action comme système de mobilisation de l’énergie physique[30]. Les sociologues et les anthropologues travaillent peu sur cette échelle, au contraire des psychologues ou des psychanalyste[31].

 

L’important est d’accepter l’idée que cette discussion met en époché – entre parenthèse – le modèle théorique ou les cadres mentaux qui sous-tendent le « choix » et la « volonté » du sociologue, vue d’un point de vue micro-individuel. Je dissocie donc, pour les besoins de la démonstration, la pratique de l’observation d’avec les modèles explicatifs qui vont peu ou prou conditionner le choix de l’échelle, celui du découpage des phénomènes à étudier à une échelle donnée et les explications de ces phénomènes. De même je mets de coté la question de la réception des résultats[32].

 

3 – Peut-on observer tous les liens de causalité entre échelles ?

 

Je constate, et c’est maintenant de l’ordre d’un fait établi pour moi, que la connaissance empirique est sous contrainte de l’échelle d’observation. Ce qui est visible à une échelle disparaît du champs de vision à une autre échelle. Ceci présuppose aussi une position agnostique – qui ne dit pas que cela n’existe pas  – face aux dimensions que je ne peux pas observer.

Mais cette position ne peut rien dire du lien de causalité pouvant exister entre des phénomènes différents observés à plusieurs échelles, entre appartenance sociale, habitus et décision individuelle d’achat par exemple.

Ceci relèvera de mes « choix » théoriques, comme je l’ai montré ci-dessus avec un « a priori », plutôt « séparatiste » et un postulat en faveur du conditionnement social ou des structures comme facteurs explicatifs des comportements individuels, même si ce postulat est largement tempéré du fait que je travaille surtout à une échelle micro-sociale en terme d’interactions ou de rapports de pouvoir, voir micro-individuelle, en terme d’arbitrage face à un linéaire, par exemple. Cependant, le choix du modèle interprétatif est d’un autre ordre que celui de l’échelle d’observation. Bien évidemment les deux choix sont liés en pratique, puisque travailler sur la cognition tend plutôt à survaloriser l’interprétation en terme de rationalité et de calcul, et que travailler sur les modèles culturels ou sociaux tend à survaloriser le poids des conditionnements sociaux.

Quelque soit l’intention du sociologue, il ne peut échapper d’être sur une échelle donnée d’observation, si tant est que son problème soit de décrire ou de faire des enquêtes. Ceci ne l’empêchera pas de faire des rapprochements avec d’autres échelles ou d’autres découpages, et c’est même ce qui conditionne la création en recherche. Le rapprochement permet de gérer les discontinuités de l’observation. C’est dans ces rapprochement que se situent à la fois les inférences éventuelles et les possibilités d’innovation intellectuelles.

En effet, ce que je discute, – si ce n’est pas encore évident !-, c’est le fait qu’on puisse observer empiriquement la chaîne des causalités entre plusieurs échelles, entre l’habitus macro-social et l’arbitrage micro-individuel, ou entre le choix individuel et l’effet d’agrégation social, par exemple, et non pas le fait de faire des liens en terme interprétatifs. C’est le rêve de l’approche globale qui est en cause[33]. En effet, affirmer une relation de causalité entre échelles ne peut être qu’une inférence du sociologue dans la chaîne de l’observation, liée à ses présupposés théoriques, psychiques ou idéologiques auxquels il ne peut échapper[34].

Changer le point de vue de la discussion, c’est à dire en partant d’un point de vue descriptif des pratiques de la recherche, comme l’ont fait Bruno Latour et Steve Woolgar dans La vie de laboratoire (1988)[35], ne signifie pas que les débats de l’épistémologie classique sont inutiles, et notamment ceux qui posent la question du relativisme comme Raymond Boudon dans Le relativisme est-il résistible ? (1994)[36].

Cela me permet surtout de déplacer une partie des débats et de la rhétorique utilisée pour « stigmatiser » les approches quantitatives ou qualitatives entre elles. Les critiques en terme de « réductionnisme », par exemple, souvent faites aux approches quantitatives, parce qu’elles ne prennent pas en compte le « facteur humain », le sens ou l’intention des acteurs, perdent de leur poids avec la grille de lecture en terme d’échelle. Le travail des approches quantitatives à l’échelle macro-sociale est justement de saisir les régularités[37]. A l’inverse les critiques faites aux approches qualitatives sur leur manque de scientificité puisqu’elle ne font pas de pondération chiffrée de leur résultat n’a pas plus de sens puisque justement l’intérêt du qualitatif à l’échelle micro-sociale est de rechercher les diversités ou la contingence des systèmes d’action[38].

 

Une fois établie la place que l’on peut attribuer à chaque échelle et la difficulté à observer un phénomène et ses conséquences tout au long des changements d’échelle, il me reste à évoquer ce que je met comme sens sous observation.

En effet, le terme observation, que j’utilise depuis le début du texte, n’est pas facile à décrire. Il est pris au sens large de méthodes qualitatives face à des personnes concrètes, à base d’entretiens ou d’observations, ou par l’intermédiaires de textes ou quantitatives, à base de statistiques. Mon expérience personnelle est surtout qualitative, à l’échelle micro-sociologique, appliquée à des questions de vie quotidienne, comme l’électricité, le papier dans la vie domestique, la consommation alimentaire ou les achats de bijoux et aux problèmes des organisations, comme ceux des innovations techniques. C’est ce modèle de référence à la pratique de l’enquête, et non une logique formelle, qui organise ma démonstration. C’est une démonstration par observation des pratiques des autres et par élucidation de mes pratiques d’observation.

Aujourd’hui « je crois », qu’une « bonne » démonstration sociologique n’est pas une démonstration d’abord logique et cohérente, le paranoïaque est logique est cohérent, mais une description qui rend compte de la réalité, du « sens de l’autre ». Elle est donc plus de l’ordre du vrai « local », que de la vérité « globale » toutes échelles confondues. C’est en ce sens qu’elle est une pensée qui postule un relativisme méthodologique comme moyen de fonder le vrai par des enquêtes et des observations qui recherchent la réalité sociale au-delà de mes opinions ou de mes seuls « pensées ».

 

4 – L’observation par enquête est ce qui fonde la différence radicale entre la sociologie et la philosophie

 

La pratique de l’enquête, quelqu’en soit son mode, est ce qui différencie la sociologie de la philosophie, non pas pour dire que la philosophie est inférieure ou supérieure à la sociologie, mais pour affirmer en quoi elle en diffère radicalement.

La philosophie, telle quelle se donne à voir dans les revues ou dans les livres[39], est une activité principalement réflexive d’un sujet sur lui-même ou sur son environnement. Vue de l’extérieur, pour un sociologue, comme moi, la philosophie apparaît ou comme une projection des émotions, des valeurs morales et des réflexions sur le sens de la vie du philosophe ou comme une psychologie de la perception. Elle n’est donc pas en concurrence avec la sociologie en terme d’objet et de méthode.

La philosophie permet de penser autrement la société. Elle travail sur le sens, la beauté, la vérité ou le bon. Elle nourrit l’imaginaire social et elle participe de l’enchantement, pessimiste ou optimiste, dont toute société à besoin. Cependant, de même que le sociologue, en tant que sociologue, ne peut rien dire de la vérité ou de la beauté, de même le philosophe ne peut pas dire grand chose des conditions sociales de la construction du beau et du vrai qui sont au coeur de l’interrogation sociologique. Le philosophe peint la société telle qu’elle devrait être, et le sociologue telle qu’elle est, pour reprendre la célèbre distinction entre Corneille et Racine !

Et pourtant, alors qu’il n’y a pas concurrence d’objet et de méthode, les sociologues et les philosophes sont en concurrence en terme de territoire intellectuel, sur la place sociale qu’il faut accorder à l’enchantement ou au désenchantement. Certains sociologues, comme Alain Caillé (1993), même si c’est sur un mode pessimiste, semblent souhaiter ramener la sociologie dans le camps de l’enchantement. Or l’enchantement me parait lié à une position normative, aussi souple soit elle, c’est à dire qui évite la phase de description compréhensive de la réalité.

Pour ma part, il me semble que la sociologie  ne peut être normative, si elle veut rester compréhensive, c’est à dire si elle veut rendre compte du sens que l’autre donne à sa vie et non pas du sens que le sociologue assigne à la société. Il paraît clair cependant, que cette position de neutralité axiologique n’est pas tenable au quotidien, que le sociologue a lui-même des valeurs et des émotions, – en ce sens je constate qu’il y a continuité entre psychologie quotidienne du chercheur et comportement scientifique -, et donc que c’est une ascèse et un apprentissage qui n’est tenable que ponctuellement, – et en ce sens il y a discontinuité entre connaissance ordinaire et connaissance sociologique.

 

Conclusion : peut-on trancher dans le débat sur la volonté ?

 

La connaissance sociologique est donc soumise à une contrainte particulière, celle d’observer la réalité, quelque soit les méthodes de recueil de l’information mobilisées[40]. L’observation elle-même n’est pas « libre » : elle est contrainte par le choix de fait d’une échelle. La lecture des phénomènes à une échelle donnée est elle-même structurée par les modèles interprétatifs accumulés par l’expérience du chercheur. Ces modèles participent des trois connaissances (ordinaire, scientifique et esthétique) qui influencent le choix de l’échelle, le découpage, la description  et l’interprétation des phénomènes. Ces trois connaissances sont en rapport de continuité et de discontinuité.

 

Finalement, ma réponse est que la volonté n’est pas observable à une échelle macro-sociale, sinon à partir d’indicateurs concrets de conditionnements sociaux qui fonctionneraient comme des cadres structurants de la volonté.

Elle reste du domaine ou de l’étude des interactions sociales à l’échelle micro-sociale, ou de celle de la cognition à l’échelle micro-individuelle.

L’enjeu de ce texte est l’acceptation ou non de l’existence des échelles d’observations, et si oui, de son implication, la discontinuité de l’observation entre les échelles des phénomènes collectifs ou individuels, comme la volonté.

Ceci implique une position relativiste-réaliste de la connaissance sociologique. Réaliste parce que l’existence de la réalité n’est pas réintérogée, c’est sa connaissance qui est complexe et qui ne va pas de soi. Il est postulé que les échelles sont dans la réalité, qu’elles existent en dehors des intentions du chercheur. Relativiste parce que je conclus, pour le moment, par élucidation des mes pratiques d’enquête, que la connaissance de la réalité sociale est construite socialement, relativement à un point de vue comprenant une échelle d’observation, un ou des découpages à une échelle donnée et des modèles « a priori » de description et d’interprétation suivant les échelles ou les découpages.

 

Mon hypothèse est que chaque sociologue, en tant qu’individu ou en tant que produit de l’histoire de la sociologie, est construit par cet ensemble de contraintes liées à la description. Cet ensemble conduit à la construction d’un modèle interprétatif, dont petit à petit chacun oublie l’origine empirique. Ainsi le rapport avec l’échelle d’observation disparaît, et avec la disparition de l’échelle la réalité perd sa valeur d’arbitrage entre deux positions. C’est là que gît le relativisme théorique, à l’opposé de l’empirisme pratique qui est plutôt le mien.

Cet oubli est même théorisé autour de thèmes critiques contre le positivisme, l’empirisme, l’induction ou le relativisme, c’est à dire tout ce qui exprime une confrontation avec la réalité ou sa valorisation[41]. Les débats se déroulent alors plus sur la base des interprétations et des écoles, que sur les conditions de la productions des faits à une échelle donnée. lls sont donc le plus souvent insolubles, puisqu’en fait les sociologues ne parlent pas de la même chose, mais ayant enlevé l’échelle d’observation, ils s’accrochent aux concepts, c’est à dire à ce qui est peu négociable en fait.

Ma réponse sur la place de la volonté dans le champs de la sociologie est directement induite de mon expérience des échelles d’observation.

La volonté, observée à partir d’un indicateur concret du changement, un processus de décision, est tout à fait analysable par la sociologie à l’échelle micro-sociale. Cependant, les résultats des enquêtes feront apparaître que cette volonté, d’acheter, de décider un changement, ou d’user d’un service est sous la contrainte des structures sociales ou des jeux d’interaction sociales, sans compter la place de l’imaginaire symbolique dans l’organisation des processus décisionnels.

Par contre, si l’on veut travailler sur l’arbitrage individuelle, il faut changer d’échelle et mobiliser des approches cognitives qui participent d’une autre discipline, la psychologie. Aller vers la cognition, ce qui est très intéressant par ailleurs, c’est s’éloigner de la sociologie et des rapports sociaux.

Enfin, si on part de l’échelle macro-sociale, il me semble impossible d’observer la volonté, puisque tout processus de décision concret disparaît au profit des grandes régularités sociales. Par contre, mais ceci est un choix théorique, l’échelle macro-sociale parait stratégique pour comprendre ce qui structure en terme de classes, de sexe, de génération ou de culture les processus décisionnelles, c’est à dire les atouts qui organisent le jeu du passage à l’action par la volonté.

 

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(Article paru dans le numéro 20 de la revue UTINAM de décembre 1996)

 

Mise en ligne le 14 02 2007-02-14

d.desjeux@argonautes.fr

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Dominique Desjeux est aussi directeur du Magistère de Sciences Sociales de Paris V Sorbonne, directeur de la collection « Sciences Sociales et Société » aux PUF, et directeur scientifique d’Argonautes. Pour tout contact : 94 boulevard Barbès, 75018 Paris, France, tel. : 33 1 42 62 01 50, fax: 33 1 42 62 10 02, e-mail: argonaut@dialup.francenet.fr

[2] Cf. Roger-Pol Droit (éd.), 1993 : l’art est-il une connaissance ?

[3] La production des « faits sociaux » est ici considérée comme, en partie, la résultante d’une construction sociale faite d’interactions, de tensions, de conflits ou de coopération entre chercheurs, commanditaires et individus interviewés, sous contraintes logistiques et financières. La présentation du processus de connaissance sociologique qui est faite dans ce texte part de ce constat qui ne sera donc pas redémontré. Un fait ne se réduit pas à son processus de construction, mais il ne peut être mis à jour sans ce processus d’interaction social (cf. Dominique Desjeux, 1995).

[4] L’exercice du métier de sociologue, quand il se fonde sur une pratique importante de l’enquête de terrain, est de moins en moins une pratique individuelle. Mes enquêtes sont des pratiques  collectives, dans laquelle, depuis deux ans, ma participation directe au terrain est de plus en plus limitée à quelques entretiens semi-directifs, à quelques observations et aux animations de groupe. Elles sont réalisées dans le cadre d’Argonautes en collaboration avec Sophie Taponier, Sophie Alami, Isabelle Garabuau ou, plus ponctuellement, avec Cécile Berthier, Mathilde Bourrier, Isabelle Favre, Isabelle Gobatto, Pascal Hug, Sophie Jarrafoux, Patricia Médina, Isabelle Orhant,  Joëlle Simongiovani et Pascal Tateossian. Il existe depuis les années soixante une double tradition en sociologie, de pratiques individuelles, comme pour Raymond Boudon ou Georges Balandier, et une pratique plus collective de l’enquête, et de la signature, avec Pierre Bourdieu, Alain Touraine, et Michel Crozier. Aujourd’hui, le développement de la sociologie qualitative de terrain  dont le coût de réalisation est plus élevé que la sociologie sur documents et dont les besoins en logistique sont plus importants, associé à la nécessité d’être assez nombreux sur le terrain pour travailler sur un temps court, entraîne à son tour le développement de la pratique collective de la sociologie sous contrat. Les coûts sont encore plus élevés pour les enquêtes quantitative de première main. Ceci n’est pas sans conséquence sur le déroulement des carrières universitaires, puisque jusqu’à aujourd’hui les instances d’évaluation en sciences sociales ont tendance à privilégier le « chef d’oeuvre » individuel de l’artisan sociologue. Le problème est d’autant plus crucial que la recherche de terrain sur contrat ne peut que se développer avec la baisse du financement de la recherche, celle des thèses et le nombre limités de postes universitaires. Or la plupart des contrats se réalisent collectivement.

[5] Ce que Alain Cottereau, à la fin des années soixante, appelait « le point de Panurge », c’est à dire le « moment » où tout le monde « suit », passe à l’action, pour expliquer qu’on ne peut déterminer « un moment » de « la » prise décision (séminaires CSO, 1969-71).

[6] Le terme de chercheur en sciences sociales et humaines englobe ici des pratiques d’enquêtes qui existent dans plusieurs disciplines, depuis la sociologie, l’anthropologie ou l’ethnologie, jusqu’à la psychologie cognitive ou la psychanalyse.

[7] Exprimer des postulat c’est affirmer les principes qui guident mon interprétation, et qui ne sont pas négociables, sous peine de toujours fuir la réalité en multipliant les questionnements sans réponse possible. Mais en même temps, un postulat n’est pas démontrable, il est donc critiquable. C’est ce paradoxe du postulat à la fois principe affirmé, mais en même temps sur un mode relatif, qui permet la discussion intellectuelle ou au moins l’économie d’énergie dans la discussion. Ceci est un vieux principe aristotélicien, Aristote disant « ananke stenai », à propos de la cause causante et de la cause causée, il est nécessaire de s’arrêter ! Il faut bien partir d’un postulat. Mettre la priorité sur la description, c’est aussi affirmer qu’il est possible de dire du vrai, et que tout n’est pas relatif.

[8] Le mot abstrait est entre guillemets parce qu’il ne veut rien dire en soi, ce qui est concret pour soi et bien souvent abstrait pour l’autre. Il n’est pas utilisé dans un sens péjoratif, mais au sens strict d’abstraction, c’est à dire d’idées tirées, abstraite de la réalité sociale.

[9] A priori ne veut pas dire innée, mais antérieur à l’action de recherche, soit par rapport aux visions du monde de l’époque ou du groupe social d’appartenance du chercheur, avec la discipline et l’école notamment, soit par l’expérience accumulée au cours de la trajectoire professionnelle du chercheur. Ceci veut dire qu’à la suite d’un long apprentissage de l’enquête de terrain par essais et erreurs, je me suis construit des modèles interprétatifs qui préexistent à l’observation du terrain, et qui seront en partie modifié par le jeu social propre à la profession de sociologue, par les nouvelles enquêtes de terrain et par l’évolution de ma vie personnelle. Une pratique empirique de la sociologie montre que les faits ne parlent pas d’eux-mêmes : les faits et leur construction sont des plus résistants à la connaissance ! Il suffit d’avoir été confronté à l’analyse de contenu de dizaines d’entretiens saisis « au kilomètre », à la masse de notes d’observations recueillies « dans tous les sens » ou à des centaines de photos dont on ne sait par quel « bout » les prendre pour se convaincre que les faits ne parlent pas d’eux-mêmes. Le problème est bien plus souvent  celui de leur surinterprétation ou de la survalorisation de leur cohérence, c’est à dire de les faire trop parler.

[10] Ceci est un jugement comparatif avec une partie de la tradition philosophique américaine (cf. sur la sociologie anglo-saxonne, Michel Meyer, éd., 1994, et sur la sociologie contemporaine, et notamment américaine, la synthèse de Christian Delacampagne, 1995). Le philosophe Donald Davidson (1993) qui travaille sur les conditions de la connaissance et de l’action a monté des expérience de psychologie expérimentale pour faire avancer ses questions sur la décision. Au début du 20ème siècle les philosophes français travaillant sur la connaissance semblait plus s’appuyer sur les travaux de la psychologie expérimentale qu’aujourd’hui (cf. Henri Bergson, 1928, ou Pierre Salzi, 1934, que j’ai découvert au gré des achats dans les librairies de livres anciens !). Par contre la sociologie a toujours moins influencé la philosophie, sauf peut être pendant la période structuraliste des années soixante, mais l’influence principale venait plutôt de la linguistique.

[11] Cf. les enquêtes d’Argonautes sur la production et la diffusion des faits scientifiques (Pascal Tateossian,  Dominique Desjeux, 1995, sur la chimie, avec le Magistère de sciences sociales de la Sorbonne-Paris V ; Sophie Taponier, Dominique Desjeux, 1994, sur l’informatique agricole ; Dominique Desjeux, Sophie Taponier, 1993, sur la recherche dans une école d’agriculture ; Dominique Desjeux, Sophie Taponier, Sophie Alami, Jean Pavageau, 1992, sur l’ORSTOM)

[12] Pour un géographe une « grande échelle » correspond à celle où les espaces les plus petits sont les plus détaillées, comme une carte pédestre au 1/5000. A l’inverse une carte à petite échelle montre un espace plus vaste, comme une carte de France au 1/1 000 000. Dans le langage courant le sens est inverse. J’utilise le sens de l’usage courant : l’échelle macro décrit des ensembles plus larges, celui des classes sociales par exemple, et l’échelle micro, celui de l’individu et de son système d’arbitrage, par exemple.

[13] Il y a souvent une confusion dans le débat sur les échelles, entre micro et macro, qui sont des découpages propres à l’observation, et le central et le local, qui sont des découpages propres à l’action. Un acteur politique au niveau central ou « macro » est tout à fait « observable » suivant un découpage micro-social. Il utilisera lui-même des informations « micro » ou « macro » pour prendre ses décisions !

[14] Pour une position claire du débat, sur effets d’agrégation, effets pervers et holisme, voir Bernard Valade (1996), pp. 573 et sq. Pour ma part la solution ne peut être ni dans l’individualiste méthodologique seul, ni dans le holiste méthodologique seul, car c’est deux positions ne sont que deux découpages de la réalité, qui sont chacun valides à leur échelle, et qui ne résolvent que de façon relative les liens de causalité entre les échelles : c’est l’effet d’agrégation à l’échelle micro-individuelle pour l’individualiste méthodologique, c’est le conditionnement social pour l’approche « holiste ». Dans les deux cas il reste une boite noire, la description de l’effet d’agrégation ou de conditionnement. Ces deux effets sont de l’ordre des postulats. Il ne peuvent être montrés et décrits. Pour ma part je penche plutôt vers un postulat de conditionnement social des comportement individuels.

[15] Cf le clin d’oeil de François de Singly (1996) à G. H. Mead, avec le titre de son dernier livre : Le soi, le couple et la famille.

[16] Le livre de Vincent de Gauléjac analyse un phénomène central de ces vingt dernières années, celui du changement de classes sociales. Le passage d’une classes à une autre, ou d’une culture à une autre, a structuré en profondeur une grande partie des comportement au quotidien depuis 1970. C’est ce qui explique l’impression que les classes sociales auraient disparues, alors qu’elle étaient plutôt en recomposition souterraine, jusqu’au début des années quatre vingt dix, et qu’elle réapparaissent aujourd’hui à travers, la pauvreté, l’insécurité économique et l’apparition de nouveaux codes de distinction sociale.

[17] Les enquêtes sur les stratégies dans les organisations ont souvent du mal à prendre en compte les différences d’échelle. Elles se situent le plus souvent à une échelle d’observation micro-sociale. Il n’existe pas de données statistiques macro-sociales qu’elles pourraient mobiliser directement pour mieux comprendre le fonctionnement de l’organisation. Au contraire, les enquêtes sur les modes de vie, de la famille et de la consommation font mieux apparaître les différences d’échelles d’observation et en même temps les recoupements possibles. Il est possible de croiser une observation de pratique quotidienne, très micro-sociale, sur les pratiques culinaires des jeunes (cf. Isabelle Garabuau, Dominique Desjeux, Sophie Taponier, 1996), et la pondération de leur importance par des données macro-sociales sur l’allongement de la jeunesse (cf. Alessandro Cavailli, Olivier Galland, eds., 1993) et par des données quantitatives tirées des Données sociales de l’INSEE ou des enquêtes de Yannick Lemel (1996) sur les modes de vie.

[18] Cf. notre travail sur le lien entre culture, stratégies et réseaux, avec Sophie Taponier, dans Le sens de l’autre, 1994.

[19] Un autre découpage possible est celui proposé par les étudiants du Magistère de sciences sociales de la Sorbonne-Paris V, suivant les pratiques professionnelles (1996, enquête sur une soixantaine de sociologues, rédaction en cours de finition).

[20] Ceci est bien sûr applicable à mon propre modèle !

[21] Cf. les approches de Nelson Goodman (1992) qui propose à partir de ce même constat un relativisme théorique, souvent plein d’humour, stimulant mais angoissant !

[22] Ce livre  a renouvelé les approches sur le couple grâce à une approche  mobilisant un découpage utilitariste, en terme de coût/bénéfice, ce qui est particulièrement désenchantant.

[23] Même si la COFREMCA se présentent comme ayant une approche sociologique, elle mobilise de fait des outils psychologiques. Le découpage psychologique des bureaux d’études, lié à un objectif pratique, comment obtenir la meilleure segmentation des consommateurs par rapport à des prévisions d’achat, ne leur permet plus de voir les phénomènes de classes sociales mis en avant par Pierre Bourdieu dans La distinction, dans les années soixante dix. Ne voyant pas les classes sociales du fait même de leur découpage, ils en concluent à leur disparition et à la montée de l’individualisme. Il y a ici confusion entre un effet de réalité et un effet d’observation, ce qui n’enlève rien à l’intérêt de ces approches, mais limite leur portée quant à leur capacité à expliquer sociologiquement le fonctionnement de la société. J’ai remarqué d’ailleurs que bien souvent les approches « macro » utilisent des modèles psychologiques d’explication des comportement, soit en terme de calcul et d’intérêt supposé des individus, soit en terme d’attitudes.

[24] Il est pourtant possible de rechercher les « bonnes raisons » qu’a un individu de décider de se suicider, mais à une autre échelle d’observation que celle de Durkheim, cf. le livre de Bourgoin (1994), qui à partir des lettres des suicidés analyse, à une échelle micro-individuelle, la « volonté » de se suicider.

[25] Pour un sociologue qui part des contraintes du social, cette « réduction » du sujet au social est tout à fait pertinente, ce qui n’est pas le point de vue des cliniciens, notamment psychanalyste. Classiquement il est reproché à Durkheim de « réduire » le problème plus « complexe » du suicide. Réduction et complexité sont deux effets de rhétorique souvent utilisés pour dénier la légitimité du découpage et de l’échelle d’observation propre à chaque discipline. A l’inverse il serait aussi absurde de reprocher à un psychologue cognitiviste comme Palmarini (1995) de ne travailler que sur les erreurs logiques ou les effets de « tunnel cognitif », au lieu de se centrer  sur les classes sociales ou les habitus. C’est un autre découpage qui, en soi, avant examen critique de sa logique interne, a la même valeur qu’un autre. En ce sens la théorie des échelles est une approche anthropologique de la connaissance, c’est à dire de la prise en compte de la différences de l’autre, ici des autres disciplines, écoles ou découpages du réel en sciences humaines et sociales, et de la construction de l’identité de sa propre discipline.

[26] – C’est là où la critique de Blumer dans Symbolism Interactionism, tombe à plat quand il critique le « sociologisme » et le « psychologisme » dans l’introduction de son ouvrage, ce qui n’enlève rien à son apport par ailleurs, à une échelle micro-sociale, sur l’importance de la prise en compte de l’interaction dans la compréhension de la construction du sens. Là encore le terme « sens » est polysémique. Si tout phénomène est interprétable, si toute action pour se faire demande un sens au moins implicite, toute action ne mobilise pas du sens, au sens fort de symbolique ou d’imaginaire, ou de sens de la vie. C’est ce que nous avons montré pour une maladie ordinaire, mais grave, la diarrhée de l’enfant dans le tiers-monde (cf. Dominique Desjeux, Isabelle Favre, Joëlle Simongiovani, avec la participation de Sophie Taponier, 1993)

[27] Cette catégorisation ne cherche pas à rendre compte de l’ensemble de la recherche de chacun mais à montrer comment ils se positionnent de fait sur l’échelle micro-sociale et comment ils peuvent aider à mieux comprendre les processus de décision, alors que la décision ou la volonté ne sont pas au coeur de leur recherche.

[28] Cf. Nos recherche sur l’électricité (1996) ou sur la domotique et les pratiques domestiques au quotidien (1994)

[29] Si on accepte de ramener pour les besoins de la démonstration, la psychanalyse à une méthode d’observation de la réalité, à partir d’un travail sur la langue, le sens et « les mots pour le dire », je constate qu’à cette échelle micro-individuelle, les pratiques qui sont un des objets clés de l’analyse micro-sociale ethnologique, disparaissent au profit de la recherche exclusive du sens. Il n’est pas possible d’observer en même temps, au même moment, le sens des mots par rapport à la souffrance du sujet, et ses pratiques. Et pourtant elles existent bien, mais elles ne sont pas observables avec cette méthode, ou du moins pas en tant que telles. J’en ai trouvé un bon exemple dans le livre de Didier Anzieu, Créer, détruire,  1996, quand il décrit, de façon tout à fait remarquable, –  parce que sa pensée est vivante, comme dans tous ses travaux -, « l’attachement au négatif » en prenant l’exemple d’une patiente qui bien que cherchant à échapper à l’emprise de sa mère éprouvait le besoin de lui téléphoner chaque jour (p. 106). Ce fait peut être lu, suivant l’échelle ou le découpage, comme signifiant un comportement compulsif, ou comme une pratique quotidienne relevant de la gestion de la distance ou de la proximité sociale (cf. Sophie Alami, Dominique Desjeux et alii, 1996, sur les pratiques de la communication quotidienne en France). Comme le rappel André Green (1995), ce sont les représentations qui sont au coeur de l’analyse psychanalytique, et non les pratiques ou les interactions sociales en action (cf. Herbert Blumer, pour les interactions symboliques, 1984).

[30] Dans une enquête sur la décision d’acheter des produits vitaminés(1995), j’ai découvert l’importance de l’énergie physique dans l’évolution des comportements tout au long du cycle de vie des acteurs : entre l’adolescence et la jeunesse, il est recherché les limites de l’énergie et leur dépassement, entre « 25 et 45 ans », l’énergie est gérée, à partir de 45/50 ans l’énergie est économisée.

[31] Cf. Edouard Zarifian,1988, qui montre les différents découpages possibles du psychisme, depuis la neuro-biologie jusqu’à la société, ou André Green, 1995, sur le lien problématique entre études sur le cerveau, cognitivisme et conscience. La plupart de mes sources dans ce domaines viennent d’ouvrages publiés chez Odile Jacob. Cette maison d’édition me parait tenir une place importante pour permettre des passerelles entre sciences, au même titre que la revue Sciences Humaines, dont la diversité des approches semble bien confirmer l’intérêt d’une approche en terme d’échelle comme point de repère de la place des disciplines entre elles.

[32] Je suis frappé par l’écart qui existe entre la vérité, l’efficacité et l’acceptation d’un résultat ou d’une information. Une idée peut être acceptée, et ne pas être démontrée, ou fondée empiriquement voir « fausse », parce que la logique de la réception est de l’ordre de l’enchantement, alors que la logique de la production scientifique est de l’ordre du désenchantement, ce qui ne facilite pas la réception. Mais une idée qui enchante peut être plus intéressante, voir plus stimulante qu’un fait scientifiquement établi. Le vrai n’est pas une condition suffisante de la réception. J’ai appris cela en éditant à l’Harmattan de très bons livres qui ne se vendaient qu’à 500 exemplaires. Une forte vente peut être plus le signe de l’intérêt des lecteur que celui de la validité scientifique du livre. Là encore je suis « séparatiste », ce qui me permet d’apprécier les livres peu vendus, comme ceux qui ont du succès ! Ce que montre l’enquête que nous avons faite avec Argonautes (Dominique Desjeux, Isabelle Orhant, Sophie Taponier, 1991), sur les livres de sciences humaines, c’est le temps de construction sociales d’une bonne vente : publier un livre qui dépasse les 5 000 exemplaire de vente, n’est pas seulement une affaire de qualité ou de volonté, mais de place dans la trajectoire professionnelle du chercheur.

[33] – Ma critique de l’approche globale est générale. Disons plutôt que je vise un mythe, qui me paraît participer de la connaissance ordinaire : derrière le désir de connaissance globale, il y a un fantasme de « toute puissance de l’enfant », qui n’accepte pas les limites du réel, les contrainte sociales et qui se prend pour Dieu (cf. Sylvie Portnoy-Lanzenerg, 1989). Ce fantasme me parait inhérent à la vie intellectuelle. L’approche en terme d’échelle, comme toute approche sociologique empirique, désenchante le fantasme de toute puissance du sociologue. Il est donc normal que sa réception n’aille pas de soi, sauf pour des générations plus jeunes de sociologue dont l’identité ne s’est pas construite autour des débats d’écoles des années soixante dix.

[34] – Ceci est une critique d’une des positions de Raymond Boudon dans son livre, L’art de se persuader des idées fausses, (1990) dans lequel il semble postuler la possibilité d’échapper aux inférences, grâce à la logique formelle.

[35]La vie de laboratoire , (1988) écrit avec Steve Woolgar, est le livre le plus important et le plus innovateur de Bruno Latour. Il introduit une véritable rupture dans la compréhension des processus réels de construction de la science. Ces processus sont très proches de ceux analysés pour les processus de décision. Ce n’est pas le plus cité, ce qui est normal quand on est un peu habitué aux approches en terme de réception (cf. Jean-Philippe Bouilloud, qui dans Sociologie et société. Épistémologie de la réception, à paraître, reprend notamment les thèses de Hans Robert Jauss en littérature)  : la critique ne remonte pas à la source empirique de la thèse, comme l’a déjà démontré Bruno Latour dans la science en action, (1989) Elle est difficile à attaquer en tant que telle. Le plus souvent on s’attaque à sa partie fragile, sa généralisation, à laquelle on peut opposer plus facilement ses propres connaissances, sous forme de critiques externes. La critique externe est une façon de mobiliser ses postulats, sans les présenter, et comme des positions « absolues ».

[36] Le paradoxe central de la pensée antirelativiste de Raymond Boudon est qu’elle ne recherche pas les « bonnes raisons » du relativisme. Elle n’est donc pas compréhensive pour le relativisme.  La pensée en échelle est relativiste en ce sens qu’elle montre comment, à chaque échelle, chaque approche possède une part de pertinence non négligeable. Elle limite par contre les prétentions à généraliser globalement hors de l’échelle et du découpage choisi, mais laisse possible la généralisation à une échelle donnée, notamment en qualitatif.  L’anthropologie comparative montre que toute société sélectionne un nombre limité, souvent 3 à 5, de solutions sociales, de modèles de résolution des problèmes, et que la diversité n’est pas aussi infinie qu’il est possible de le croire, sauf pour chaque individu. C’est cette limite, de fait, des « choix » qui permet la généralisation avec des approches qualitatives. L’approche quantitative ne permet ni mieux, ni moins, la généralisation. Elle est souvent confondue avec la quantification qui donne l’illusion de la généralisation. Tout le monde n’est pas d’accord. Jean-Claude Kaufmann, par exemple, pense que sont approche n’est pas micro-sociologique est qu’elle atteint une généralisation macro-sociale, alors que sa généralisation me paraît micro-sociale. C’est le même problème auquel se heurte Howard S. Becker, dans une note critique du livre de David Halle, 1993, Inside Culture: Art and Class in the American Home, dans Contemporary Sociology, de décembre 1994, quand il remet en cause la thèse de Bourdieu et du capital social, qui est typiquement un concept macro-social, en utilisant les résultats d’une enquête micro-sociale, ce qui ne me paraît pas pertinent.

[37] – La critique en terme de « réductionnisme » d’une autre approche est intéressante parce qu’elle est significative d’une confusion dans les débats de sciences humaines et sociales, entre la théorie, l’échelle d’observation et l’importance accordée à une dimension plutôt qu’à une autre par le chercheur. Dans une discussion sur ce thème avec des psycho-pathologistes, certains me disaient que l’approche stratégique ne prenait pas en compte l’importance du langage, ce qui me parait tout à fait vrai. Est-elle pour autant fausse ? Non, elle est la résultante d’un découpage. Ils me disaient alors que le plus important était de comprendre le sens de la souffrance. C’est dans cette phrase que je vois un bon exemple de confusion fréquente dans les débats entre chercheurs, entre ce qui est important pour le chercheur et le fait que cela doivent devenir l’explication dominante, en sciences humaines. C’est encore un bon exemple de la continuité et de la discontinuité entre connaissance ordinaire et scientifique : le centre d’intérêt et les méthode mobilisées sont de l’ordre de la connaissance scientifique, mais le débat épistémologique est en partie de l’ordre de la connaissance ordinaire, de l’identité, de l’affectivité que le chercheur a investi dans le choix de son sujet et dans la valeur de ses résultats, sans compter bien sur les défenses de territoires qui conditionnent la survie de chacun, et dont on ne voit pas comment cela pourrait être autrement.

[38] A cette place de la démonstration j’aboutis à une autre question pour le moment sans réponse pour moi : il n’y a pas coïncidence totale entre qualitatif et micro-sociologie, ni non plus entre quantitatif et macro-sociologie, même si la liaison est souvent fréquente et prise comme telle ici. Mais surtout je ne suis pas sûr qu’un questionnaire quantitatif tiré d’une enquête qualitative comme je le fais régulièrement, soit du même ordre que le quantitatif d’un questionnaire de l’INSEE. De même pour le qualitatif qui fait suite à une enquête quantitative. Dans les deux cas le nouveau type d’information éclaire la démonstration de l’échelle de départ, mais sans entrer dans la logique interne de la démonstration propre aux deux échelle. C’est un problème que je me pose notamment avec les approches quantitatives des réseaux.

[39] Cf. par exemple le rôle d’éveilleur de Robert Maggiori (1994) à Libération, ou de Catherine Clément (1996) dans son dernier roman. Notamment elle souligne l’importance de l’émergence, avec Lacan, la psychanalyse, et 68, de la pensée par association et par cheminement, plus que par démonstration traditionnelle (p.87).

[40] – Pour être plus précis, il est possible de ramener le recueil de l’information à trois grandes pratiques : le traitement des données chiffrées, sur de très grands nombres le plus souvent et sans aucun face à face avec des acteurs concrets ; le face à face, à base d’entretiens, d’observation ou de technique visuelles (cf. la revue américaine Visual Sociology  animée par Douglas Harper et l’Association International de Sociologie Visuelle) ; les textes écrits ou les représentations graphiques. Le point important est de souligner que ces différences de pratiques organisent les visions du monde des sociologues, c’est à dire leur façon de poser les problèmes. Ceci est une autre contrainte invisible qui pèse sur la connaissance en sciences humaines et sociales. Comment estimer la différence entre un sociologue qui n’a jamais fait un entretien et celui qui n’a jamais manié de statistiques. Parlent-ils de la même chose ?

[41] Cette position semble en partie liée à l’âge, à la formation philosophique antérieure, à la situation professionnelle et à l’origine sociale. Un âge plus avancé, une formation philosophique, une position professionnelle bonne et une origine sociale moyenne ou « élevée », semble favoriser une méfiance face à l’empirisme !