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Enquêtes

1995, D. Desjeux, S. Taponier, Les cycles de vie de l’énergie humaine

Vie quotidienne

1995, Dominique Desjeux, Sophie Taponier, Les représentations de l’énergie humaine à partir d’une étude sur les vitamines

 

I. Les représentations de la gestion de l’énergie

et de la forme

 

 

Globalement les représentations des 25-40 ans et des 45-60 ans sur la façon de se représenter la gestion de l’énergie associée à la fatigue, la forme ou à la compensation sont très proches.

 

A. Liens entre énergie et fatigue

  • o       La fatigue est physique et mentale
  • §         Fatigue mentale

    Elle est de trois ordres : nerveuse, morale et intellectuelle. En plus du stress et de la déprime elle est associée à psychologique, jalousie, soucis, problèmes (couple, enfants), accumulation, fatigue nerveuse, choc moral.

    Elle est liée à des moments comme la fin de journée, à une mauvaise nuit, au changement de temps, au changement de saison ou à des différences de situation entre la vie familiale et professionnelle : la fatigue de la mère de famille à la fin de la journée, et son stress, est différente de la fatigue après une journée de bureau. Dans la vie professionnelle elle est liée à la peur du chômage, aux tensions liées à la compétition ou à la hiérarchie.

  • §         Fatigue physique

    Les fatigues physiques sont liées à la maladie, à l’obésité, aux naissances et au sport.

    La fatigue liée au sport est considérée comme plus saine. La fatigue physique ne pèse pas quand il y a forme morale, au contraire de la fatigue liée à la maladie.

    La maison n’évoque pas la forme, sauf pour se reposer. La forme donne plutôt envie de sortir de la maison. Les activités domestiques de ménage paraissent plus fatiguantes que les activités sportives, même si ce sentiment n’est pas général.

    Elle peut être occasionnelle, suite à un bon repas ou plus structurelle, liée à l’avancée dans la vie, à l’installation dans la vie de couple, avec l’arrivée du premier enfant, avec l’âge.

    Elle est liée aux saisons : en hiver on est plus fatigué qu’en été.

  • §         La fatigue, pour les deux groupes d’âge, c’est une énergie à entretenir, à gérer.

    Elle est associée globalement à un signal d’alarme  qui indique qu’il faut faire quelque chose. Ce qui diffère, c’est la conception implicite de la gestion de l’énergie.

  • o       Pour les 45-60 ans, c’est une énergie à économiser

    La fatigue est une perte durable d’énergie. Elle est plus associée à :

     . la tristesse , la lassitude , le découragement et surtout au sentiment de perte.

     . la fatigue peut être un peu honteuse.

     . la fatigue est liée au ralentissement de l’activité physique  et cérébrale.

 

  • o       Pour les jeunes, la fatigue est une énergie à reconstituer

    Elle est associée à :

     . des moments plus ponctuels 

     . une capacité à récupérer

     . la peur du manque, celle de ne plus être performant, d’entrer dans une spirale de la fatigue.

 

B. Comment gérer la forme

  • o       La forme c’est pour tous, à la fois :

     . la vitalité (le tonus, l’énergie, la pêche ou la résistance sur la durée).

     . l’équilibre (le calme, la gestion, être au même niveau avec les autres ou l’environnement, l’ouverture, la forme, et aussi la quête et la spiritualité).

     . la stabilité est menacée par le manque ou l’excès.

     . le danger c’est de compenser les manques ou les excès de façon artificielle, par opposition aux moyens naturels.

     . Pour les 45-60 ans la forme c’est la jeunesse.

     . Pour les jeunes c’est la joie de vivre.

  • o       Gérer, pour tous les groupes, c’est :

     . par rapport aux manques :

récupérer par le sommeil pour revenir à l’équilibre

compenser avec des vitamines ou des médicaments pour stimuler la vitalité

par rapport aux excès 

dépenser par le sport ou l’exercice physique pour diminuer ce qui est en trop (trop gros physiquement, trop dépendant de la forme physique, trop culpabilisé, trop différent des autres) et revenir à l’équilibre

éviter (maîtriser, contrôler, limiter, être raisonnable mais avec comme effets pervers la contrainte, l’hypocondrie, se refermer, la peur d’un régime inapproprié) une alimentation non équilibrée ou des efforts inconsidérés, pour ne pas menacer la vitalité.

 

C.         L’imaginaire de la gestion de l’énergie et du maintien de la forme 

  • o       •  Trois grands axes : la vie, la spiritualité, et l’harmonie

    Ils sont symbolisés par trois principaux éléments, le feu, pour l’énergie, la performance et la force physique, l’air pour l’énergie spirituelle, l’eau, pour le calme et la paix.

  • §         La vie

    — avec la symbolique du feu, pour le mouvement, associée à la guerre, au soleil, à la lumière, à la force physique, au chaud

    La vie est aussi associée à  :

    — l’humour, le rire, la joie, le frais, la jeunesse, la circulation, la beauté, la bonne odeur

    — les paradis artificiels, l’euphorie, l’énergie débordante, l’opium, la puissance sexuelle, physique ou intellectuelle, mais aussi l’effort, la performance, aller au-delà de soi-même, se surpasser (sans être un surhomme).

  • §         La spiritualité

    — avec la symbolique de l’air, pour l’énergie spirituelle, une quête vers un mieux être, la voie du milieu

    La spiritualité est aussi associée aux puissances surnaturelles avec la magie, faire revivre les morts, – mais c’est aussi se prendre en main soi-même, sans s’adresser à un gourou -, le sang , les vampires,

    Ce sont des thèmes qui expriment qu’on est « hors de soi » et proche d’une dimension sacrée. La vie, associée à l’énergie, comprend une dimension « dramatique », une dimension qui dépasse et qu’on craint à la fois, mais aussi à laquelle on aspire.

    Nous retrouvons la dimension « dramatique » dans le produit « vitamine » associé à l’univers du médicament, de la pharmacie et de la prise coup de fouet, de type Guronsan, Sargenor ou Pharmaton, mais moins dans la vitamine vendue en grande surface où elle perd sa dimension sacrée, comme Juvamine.

  • §         L’harmonie, avec soi-même et avec les autres

    L’harmonie avec son environnement est aussi une des dimensions de la gestion de l’énergie :

    — l’amour, l’amitié, la convivialité, ce qui veut dire gérer des liens sociaux, gérer de l’équilibre à plusieurs. Le film « la vie est un long fleuve tranquille » symbolise les relations sociales au quotidien faites d’alternances de repos et de stress.

 

D. Conclusion

 

    Les axes de la communication doivent répondre à deux injonctions paradoxales (c’est-à-dire une demande contradictoire des consommateurs, mais qu’ils désirent malgré tout en même temps) et une préoccupation :

     . Comment alléger le « drame » pour diminuer la peur du danger, sans perdre les signes de l’efficacité.

     . Comment signifier la maîtrise sans donner l’impression que l’utilisateur est hypocondriaque ou obsédé  par la gestion de l’énergie.

     . Comment donner une dimension de lien social à la gestion de l’énergie (ceci paraît un territoire peu exploré en publicité sur les vitamines, sauf par Sargenor).

 

 

 

II. LES PRATIQUES DE GESTION DE L’ÉNERGIE

 

 

 

 

A. La gestion de l’énergie : occasions et personnes concernées

     Les énergies disponibles et à mobiliser évoluent le long du cycle de vie

.        L’enfant et l’adolescent ont peu de responsabilité, ils sont insouciants, et ont à faire face à des dépenses d’ordre plutôt physique. La gestion de l’énergie doit faire l’objet d’un apprentissage : Les enfants, il faut leur apprendre à gérer leur énergie, ils ont besoin de sommeil pour pouvoir faire des choses, être mieux, ne pas être grognons.

.      Les adultes ont des responsabilités, l’énergie qu’ils ont à mobiliser est plutôt d’ordre psychique.

.      L’adulte mûr n’a plus les mêmes potentialités physiques qu’à l’âge adolescent ou jeune adulte, parce qu’il n’a plus non plus les mêmes envies : On réduit l’activité physique en vieillissant ; plus on vieillit plus on a envie de prendre le temps ; on peut faire plus de nuits blanches en étant jeune.

•  Certaines personnes sont plus directement concernées par la gestion de l’énergie

.      Les personnes dont le tempérament est dynamique (les lymphatiques sont moins concernés que les gens dynamiques) ou trop impulsif

.      Les personnes dont l’état physique est temporairement fragilisé : les gens qui ont des problèmes de santé ; lorsqu’on doit suivre un régime ; les femmes enceintes.

.      Les personnes dont l’activité est éprouvante

       — soit physiquement : les sportifs, les conducteurs de poids lourds, les ouvriers manuels

       — soit nerveusement : les mères de famille (les enfants obligent à gérer son énergie, sinon on est débordée et on ne peut plus rien faire, ça craque, il y a rupture) ; les représentants, il ne peuvent pas être amorphes

       — soit intellectuellement : les étudiants

•  La gestion de l’énergie intervient lors d’occasions spécifiques

La gestion de l’énergie, même si elle peut avoir lieu tout le temps, intervient néanmoins à des occasions repérables, lorsque l’individu est confronté à une situation qui va lui demander un effort ou une vigilance spécifique. Là encore, la stimulation peut être :

.      Plutôt physique : lors d’une agression ; quand on doit se lever tôt ; quand on doit préparer une grande fête ; lors d’un voyage en voiture un peu long

.      Plutôt intellectuelle ou nerveuse : lors de nouvelles expériences, de nouvelles responsabilités professionnelles ; quand on a un but à atteindre, lorsqu’on est face à un challenge ponctuel spécifique ; lors d’une préparation d’examen ou de concours ; en cas de surplus de travail, lorsqu’il faut donner un coup de collier, lors d’un coup de bourre.

•  Il y a des moments privilégiés pour gérer l’énergie

.      Dans le cycle annuel, c’est la période des vacances : pendant les vacances, on est plus disposé à mieux gérer, on peut avoir un rythme

.      Dans le cycle journalier, c’est

       — le matin au réveil et / ou au petit déjeuner

       — aux heures des repas

       — le soir avant de se coucher

Certains pensent qu’il n’y a pas d’obligation à maintenir sa forme. D’autres au contraire estiment que nous sommes soumis au regard des autres, et à une certaine contrainte de paraître en forme.

 

B. Les différentes pratiques pour gérer son énergie

Tous les participants aux animations de groupe ont des pratiques de gestion de leur énergie. Tous ont pour objectif d’atteindre un certain équilibre, aussi bien psychique que physique, qui est la condition à leurs yeux du bien-être personnel, qui permet de s’ouvrir aux autres. L’idée est que l’énergie n’est pas un stock inépuisable (comme peut-être on le ressent à l’âge adolescent), mais qu’elle nécessite d’être régulée, canalisée, répartie.

 

C’est comme si on dispose d’un potentiel énergétique, on a un souci d’économie et de bonne utilisation ; c’est savoir distribuer à l’intérieur du corps et de l’esprit son énergie selon les moments de la journée et de la vie ; c’est canaliser ses limites, connaître ses minimum et ses maximum.

 

Ainsi l’état d’équilibre ne s’atteint pas « naturellement », mais demande un certain nombre d’actions. Dans l’ensemble des groupes, quel que soit l’âge des personnes, les citations s’agrègent tout d’abord autour de trois recours fondamentaux : l’alimentation, le sport, le sommeil.

 

1. L‘alimentation

Gérer son énergie consiste, pour les participants, à avoir une bonne alimentation, à se nourrir de façon équilibrée.

.        Une nourriture équilibrée est une nourriture diversifiée, saine, vitaminée, légère, digeste, mais qui reste appétissante et raffinée.

.        L’objectif de la nourriture équilibrée est, tout en se faisant plaisir, de se maintenir

       — en bonne santé : éviter la maladie, contrôler sa santé ; être en bonne santé

       — et en forme : bien se sentir dans sa peau, notamment en évitant de grossir, de se laisser encombrer par les kilos.

.        L’équilibre réside à la fois dans la régularité des repas, dans la qualité des aliments, et dans le contrôle de la consommation des produits néfastes à la santé comme l’alcool.

.    Les aliments cités typiques d’une nourriture équilibrée sont les fruits frais, les légumes verts, et d’une manière générale les produits naturels plutôt qu’industriels (je fais attention à la nourriture, je fais le marché le dimanche pour les légumes verts).

.        Le petit déjeuner fait l’objet d’une attention particulière, probablement parce que matin apparaît comme le moment où l’on « charge » les énergies pour la journée. Ainsi tous les participants des groupes quasiment consomment des aliments riches en vitamine le matin : une orange ou un jus d’orange frais, un kiwi pour éviter les coups de barre. Certains, par souci d’éviter les graisses et le cholestérol, consomment également des céréales ou des corn flakes.

2. Le sport

    Le sport est pratiqué par la grande majorité des participants aux animations de groupe, quel que soit leur âge.

.        Le sport permet d’être à l’écoute de son corps, de s’oxygéner, de recharger son potentiel (on a l’impression d’éliminer les toxines). Il aide également à alléger ses soucis, en substituant une fatigue physique à une éventuelle fatigue morale, et agit ainsi sur l’humeur :

       Je faisais du vélo et de la course à pied étant jeune. Ma femme me tanne pour que j’en refasse, elle m’a racheté un vélo… J’ai moins bon caractère depuis que j’ai arrêté le sport.

.        Les sports pratiqués sont divers : yoga, sport en salle, tennis (je fais du tennis le week-end, ça permet d’éliminer pas mal, de se ressourcer).

.        Dans les groupes de personnes entre 45 et 60 ans, les sports pratiqués sont en majorité pédestre :

       — depuis la course à pied : je me défoule beaucoup dans le sport, je fais à peu près 20 km par jour en courant. J’ai le record du nombre de marathons courus

       — jusqu’à la ballade : le moyen de me défatiguer c’est de prendre la voiture et filer tout de suite dans un bois et se ré oxygéner. Je le fais l’après midi car maintenant je travaille moins et quand il fait beau comme maintenant, de quatre à sept heures je marche, je découvre la nature, j’aime bien farfouiller les arbres, les plantes

       — en passant par la randonnée : on fait de la randonnée le dimanche, entre 20 et 25 km, c’est excellent, c’est une certaine fatigue.

.  Enfin certains ont une activité physique pour se défouler et maintenir leur forme, sans que celle-ci soit un sport à proprement parler : pour me défatiguer, je me tue dans mon jardin. Si j’ai quelque chose qui ne va pas très bien, si j’ai des petits soucis, pour ne plus y penser, je fais des choses encore plus fatiguantes, qui d’habitude sont plutôt faites par mon mari, je coupe du bois par exemple.

 

3. Le sommeil, le repos

Le sommeil est le troisième recours fondamental de la gestion de l’énergie.

.        Pour que le sommeil soit agréable, il est nécessaire de s’assurer d’un cadre confortable, d’un bon lit, d’un bon oreiller

.        Si quelques personnes détestent la sieste, qu’elles qualifient d’horrible, catastrophique, insupportable, d’être du temps perdu, d’autres l’apprécient, l’estiment agréable, bénéfique, voire extraordinaire. Certains y ont recours régulièrement, spécifiquement parmi les 45 – 60 ans.

.        Pour les adeptes de la sieste, celle-ci prend deux formes :

       — celle d’un vrai moment de sommeil, d’une à deux heures, véritable coupure et récupération en cas de forte fatigue : si je suis fatiguée physiquement, je me couche comme pour la nuit, je me mets en chemise de nuit, je me mets dans les draps, et je récupère très vite. Je peux dormir deux heures et je repars.

       — celle d’un moment de détente, plus court (entre dix et vingt minutes), pendant lequel les personnes, sans dormir vraiment, se reposent, notamment en s’appliquant à respirer profondément : je m’allonge, je ferme les yeux et je contrôle ma respiration, pour me détendre, me libérer.

Outre ces trois recours fondamentaux que sont l’alimentation équilibrée, l’activité sportive et le sommeil, d’autres pratiques corollaires contribuent à réguler son énergie et à atteindre un équilibre.

 

4. Les pratiques corollaires : discipline de vie, environnement, gestion du temps et plaisir pour soi

•  La discipline de vie

    Tous les groupes s’accordent pour penser que pour avoir une vie saine, (et cela semble être leur objectif), il est nécessaire de s’imposer une certaine discipline. En revanche, cette discipline ne semble pas porter sur les mêmes objets selon l’âge des participants.

.        Chez les plus jeunes (25-40 ans), la discipline semble consister à accepter que le stock d’énergie disponible est limité, et qu’il est moins fort qu’à une époque encore récente. La discipline consiste donc à se raisonner pour ne pas aller au-delà de ses moyens : (l’équilibre de vie c’est) ne pas vouloir l’impossible, toujours plus ; éviter les excès ; pas trop de fêtes ; pendant les vacances, ne pas tout faire en même temps, ne pas les transformer en marathon ; éviter les occasion de stress.

.        Chez les plus âgés (45-60 ans), tout se passe comme s’ils avaient dépassé l’étape où il faut refréner son envie de « toujours plus », pour entrer dans l’étape de la « préservation ». Ainsi la discipline consiste principalement à limiter ce qui peut être nuisible à la santé : (l’équilibre de vie c’est) l’hygiène de vie ; pas trop de tabac, essayer de s’arrêter de fumer ; pas trop d’alcool.

.        Cette étape du cycle de vie est aussi l’âge semble-t-il de la prévention. Ainsi le check up est cité comme un élément de la gestion de l’énergie, spécifiquement par les groupes de la classe d’âge 45-60 ans :

       Au printemps et au début hiver, on fait un check-up complet. On vérifie de ce qui sanguin ; à nos ages, à 50 ans, c’est normal ; c’est la révision des 20 000 km. Nous sommes une mécanique, il faut l’entretenir.

       La prévention, par le check up notamment, est particulièrement pratiquée lorsqu’il y a une hérédité, qui incite à faire un bilan régulier. Dans ce cas, même si la pratique est contraignante et angoissante dans l’attente du résultat, elle a l’intérêt de rassurer lorsque celui-ci est positif, car on sait que tout est en ordre

•  Vivre dans un environnement physique et social de qualité

.        Les qualités de l’environnement physique nécessaires pour éviter le stress et réguler son énergie sont le confort, l’absence de pollution, l’absence de nuisances sonores, le calme, et aussi la mer et le soleil.

.        L’environnement social de qualité, c’est avoir des amis, entretenir de bonnes relations avec son entourage, avoir un compagnon ou une compagne. Les relations sexuelles sont un élément de la gestion de l’énergie, puisqu’elles correspondent à un besoin et sont équilibrantes. Outre d’aimer, de se distraire ou de procréer, elles permettent de bien faire répartir le sang.

 

•  La gestion du temps, et savoir s’accorder des plaisirs et des moments de détente

.        Dans tous les groupes, les personnes s’accordent à penser que réguler l’énergie demande de planifier, d’organiser ses activités, et demande, comme nous venons de la voir, une certaine discipline.

       Mais gérer son énergie, maintenir sa forme, c’est aussi savoir s’accorder des temps de plaisir et de détente au sein de cette vie disciplinée.

.        Ce temps de plaisir peut être un temps partagé avec des amis. Ainsi pour une personne qui s’impose des restrictions alimentaires la semaine, le week-end est le moment de levée des contraintes, et de fête. C’est l’alternance de périodes de trêves et de périodes de discipline qui rend celle-ci supportable :

       La fatigue arrive le vendredi/samedi car la semaine on fait des restrictions alimentaires, des régimes, on se sent à plat. Le seul moyen de se remonter c’est de se faire son marché en plein air, de concevoir d’abord un bon plat cuisiné, et à deux ou trois avec des amis on déguste ça et on recommence le lundi en pleine forme. Bien manger bien boire pendant le week-end. Et on recommence le lundi à faire du régime.

.        Ce peut être aussi un temps que l’on s’accorde pour soi, à une activité qui nous détend :

       lorsque je suis fatiguée, je prends un bain, et je fume une cigarette

       je lis, c’est une sorte de relaxation, c’est bien, pendant un quart d’heure vous vous échappez

       quand ça ne va pas, je vais chez le coiffeur, me faire faire un massage du cuir chevelu

       si je suis fatiguée, je fais ce que j’ai envie de faire… J’aime tout ce qui fait rire. J’écoute « y a rien à cirer ». Rire je suis obligée, ça fait partie de ma vie.

.        Plusieurs personnes dans les groupes 45-60 ans citent aussi la pratique des mots croisés, du scrabble, ou de certains jeux télévisés, qui est l’occasion d’une gymnastique cérébrale, conçue à la fois comme une détente et un entretien de ses capacités : il y a deux sortes de formes, intellectuelles et physique. Quand vous passez 50 ans, votre forme intellectuelle diminue. On n’a plus les mêmes facultés ; il faut faire de la gymnastique cérébrale, des mots croisés ; quand je suis fatigué du sport, je fais des mots croisés.

.        Le plaisir peut être enfin de s’acheter quelque chose de personnel : s’acheter un petit plaisir rien que pour soi, comme un gadget pour la voiture…

 

5.   Les produits alimentaires ou chimiques vitaminés et énergétiques

 

Enfin, la dernière catégorie de pratiques pour gérer son  énergie et maintenir sa forme, comprend toutes les pratiques qui visent à compléter / enrichir / compenser l’alimentation de base avec des produits spécifiques, qui vont des aliments « énergétiques » aux produits vitaminés, en passant par la gelée royale et les diverses tisanes.

•  Les aliments et produits alimentaires énergétiques

.        On peut repérer les aliments « naturellement » énergétiques, comme le chocolat, réputé pour son apport en magnésium, la banane, le miel ou certaines plantes, et des produits alimentaires enrichis tels que l’huile, les boissons, les barres de céréales.

.        Ces produits sont consommés dans trois sortes d’occasions :

       — de façon régulière, dans ou en complément de la nourriture de base. Ils ont alors dans l’alimentation un statut proche de celui du jus d’orange ou du kiwi consommés le matin :

       Tous les matins, je prends deux carrés de chocolat noir, c’est juste le magnésium qu’il vous faut pour la journée. Vous prenez ça à 8 heures, avant 9 heures, parce qu’après 9 heures « ça saute aux hanches »

       Je prends des jus de fruits vitaminés, aux légumes.

       Je sucre mon thé et mon infusion du soir au miel.

       J’achète les huiles de cuisine qui sont variées, comme « Equilibre » ou « Isio 4 », ce sont cinq huiles différentes, toutes dans une seule bouteille.

       Je connais un herboriste qui m’envoie des plantes avec des sels minéraux, des oligo-éléments, des vitamines, c’est plus naturel, je les prends en décoction.

       — ponctuellement, dans les moments de creux ou lors d’un « coup de barre » :

       Je prends des barres énergétiques, quand j’ai une petite faim, en fin d’après midi.

       Si j’ai besoin d’un coup de fouet, je mange un Grani, c’est le nom. C’est une barre aux céréales.

       Je bois un verre de coca, ou un café. Mais le café, c’est un peu illusoire, on a l’impression que ça donne un coup de fouet, mais en fait c’est faux, parce que ça ne fait de l’effet que deux ou trois heures après.

       — de façon régulière après l’effort sportif, pour compenser la dépense d’énergie

       Je prends des ovomaltines, des barres de chocolat, ou des barres de céréales. Je les emmène avec moi, quand je fais du tennis, du ski nautique… J’en ai toujours dans mon sac.

       Quand je fais du sport, je prends des aliments énergétiques pour tenir longtemps… Des fruits, du chocolat, de l’Athlon. Athlon, c’est une boisson qui a un goût sucré, c’est très énergétique si on a à faire un effort intense. Si on joue au tennis, on boit ça au lieu de sucre, c’est mieux, et ça évite l’hypoglycémie.

       Cette dernière pratique est citée spécifiquement dans les groupes de personnes les plus jeunes (25-40 ans). Nous manquons d’informations pour en déduire qu’elle n’existe pas dans la classe d’âge supérieure. Mais peut-être le sport pratiqué par les 45-60 ans est-il moins violent, et ne requiert donc pas ce type d’aliments « compensateurs ». La peur de prendre du poids semble également plus présente chez les 45-60 ans que dans les groupes plus jeunes, et les aliments énergétiques type ovomaltine ou barre de céréales sont peut-être aussi des aliments « interdits » parce qu’associés à ce risque.

 

•  Les produits vitaminés ou riches en magnésium et en oligo-éléments sous forme pharmaceutique

    Les participants des groupes distinguent effectivement les vitamines qui se trouvent dans les aliments, que l’on prend en mangeant des oranges, des fruits ou des légumes, de celles qu’on prend en sachet  ou sous forme de cocktails de vitamines, avec plusieurs vitamines mélangées, qu’on trouve en pharmacie ou en grande surface.

    Ces dernières, – les produits spontanément cités sont Vitamine C, Juvamine, Pharmaton, Laroscorbine, Guronsan, Ginseng, Sargenor, Mag 2, Magné B6 -, sont consommées de trois façons principales : en « prise coup de fouet », ponctuelle ; en « cure de stimulation », pour répondre à une fatigue liée à une occasion particulière, et en « cure d’entretien », saisonnière.

    Les produits vitaminés entrent donc comme un recours possible dans la gestion de l’énergie, recours qui n’est pas exclusif mais qui au contraire s’ajoute aux autres pratiques que nous venons d’exposer, comme le sport, l’alimentation équilibrée ou la discipline de vie.

    La consommation de ces produits vitaminés étant centrale pour comprendre le positionnement du Pharmaton, nous allons entrer plus en détail dans « l’itinéraire » de leur pratique.

 

C.        L’itinéraire de pratique des produits vitaminés

 

1. L‘initiation

•  L’âge et le déclencheur de la pratique

    Au départ de l’itinéraire, on recherche à quel moment remonte la pratique de consommation des vitamines sous forme de produit pharmaceutique, et quel a été le déclencheur de cette pratique.

.        Dans les groupes des personnes les plus jeunes (25-40 ans), l’âge du début de la consommation régulière de produits vitaminés se situe entre 18 et 30 ans.

.        Plusieurs événements, en lien avec l’âge, sont repérables comme déclencheurs de cette pratique :

       — le stress des études, associés aux « excès » de la vie étudiante :

       J’ai commencé vers 18-20 ans, au moment des excès et des études.

       Au moment des stress des études et des sorties, vers 18 ans, et après ça continue.

       — le moment de l’entrée ou de l’accélération de la vie professionnelle :

       J’ai commencé quand j’ai accéléré ma vie professionnelle.

       Vers 25 ans, dans le monde du travail, les soucis, le stress.

       C’est quand on commence à travailler.

       — le fait d’être enceinte, qui fragilise l’état de santé :

       Je prends des vitamines depuis mon premier bébé, à 23-24 ans, ça m’a rendue beaucoup plus sensible, on n’a plus de vraies nuits, et maintenant je suis constamment malade, en hiver, c’est angine sur angine… avant je n’étais jamais malade.

       — le moment où la densité de l’activité professionnelle n’est plus compatible avec l’âge qui avance :

       Jusqu’à 30 ans, je n’étais jamais fatigué, je pouvais travailler nuit et jour. Après j’ai commencé à fatiguer et en discutant avec des collègues, ils m’ont dit « on prend ça quand on est trop fatigué la nuit ».

       J’ai commencé vers 30 ans, car c’était une période où je travaillais et sortais beaucoup.

.        Dans les groupes des participants plus âgés (45-60 ans), l’âge du début de la consommation régulière de produits de synthèse vitaminés est pour quelques personnes vers 25 ans, et pour la majorité des autres se situe essentiellement autour de 40 – 45 ans.

.        Il semble donc qu’il y ait plusieurs « moments forts » de « l’entrée dans les vitamines » : la fin de l’adolescence et la période des études, l’entrée dans la vie professionnelle, et vers 40 – 45 ans.

       « L’entrée dans les vitamines » ne semble donc pas s’opérer au hasard ou n’importe quand dans le cycle de vie, et l’hypothèse est que l’âge autour de 40 ans correspond à l’entrée dans un nouveau cycle spécifique, marqué par une baisse -ou un sentiment de baisse-, de sa résistance physique.

       Une autre hypothèse explicative du fait que les personnes plus âgées ont commencé à prendre des vitamines à un âge plus avancé, non exclusive de la première, est que cette pratique s’est développée à un moment précis, portée par un mouvement de société et médiatique qui valorise l’attention portée au corps, à sa santé et à son équilibre.

 

• Les réseaux de prescription

La découverte des différents produits de synthèse vitaminés consommés se fait par plusieurs voies.

.        La plus fréquemment citée est la prescription par des amis, des collègues, ou des camarades de sport :

       Je suis dans un milieu où on a des rythmes de vie très irréguliers, on fait beaucoup la fête, on sort tard, alors ça arrive qu’on se demande « – t’as la forme, tu te reposes beaucoup ? – tu rigoles, j’ai dormi trois heures, mais je prends ça ».

       J’ai eu comme collègue une jeune femme axée sur ces choses là, les oligo-éléments, les polyvitamines. Elle était très attirée par tout ce qui était un peu naturel, et elle en parlait.

       C’est vrai qu’entre hommes, dans les vestiaires, on se demande ce qu’on fait (pour maintenir sa forme).

.        La pratique peut être aussi familiale, et la transmission de l’habitude de prendre des produits vitaminés s’opère au sein du foyer.

.        Le pharmacien est fréquemment prescripteur : Si on n’y connaît vraiment rien, le conseil du pharmacien permet de ne pas acheter n’importe quoi. C’est important car tel produit est adapté à tel besoin.

.        Le médecin est parfois prescripteur. Les personnes y ont recours

       — soit pour être sûres de prendre un produit qui convienne réellement à leurs carences : si je suis vraiment, vraiment à plat, alors je vais voir le médecin, pour faire une analyse de sang, et qu’il me dise exactement ce qui me manque, du fer….

       — soit pour être remboursées par la sécurité sociale des produits qu’elles vont acheter : parfois je vais voir le médecin exprès pour que mon Mag B6 soit remboursé, alors je paie 180 F pour la visite, mais avec ma mutuelle tout est remboursé, et le Mag B6 aussi.

       — Le médecin peut être aussi prescripteur pour le premier achat, puis ensuite le produit est acheté sans ordonnance médicale : quand on me l’a prescrit une fois après je le reprends tout seul.

.        Enfin les produits peuvent être connus par l’intermédiaire de la publicité : Je les connais par les publicités à la télévision. Les produits vitaminés, avec la pub, deviennent des produits de grande consommation.

 

2. Les occasions de consommation

    Comme nous l’avons évoqué, les produits vitaminés ou riches en magnésium et en oligo-éléments sont consommés sur trois principaux modes, soit en « prise coup de fouet », soit en « cure de stimulation », soit en « cure d’entretien ».

 

•  La « prise coup de fouet » ponctuelle

.        Les produits consommés en « coup de fouet » sont essentiellement la vitamine C – les produits cités sont Vitamine C en pastille, Laroscorbine, Vitascorbol – et Guronsan.

.        La consommation est ponctuelle, et intervient :

       — lorsque la personne ressent une fatigue particulière ou un manque d’entrain le matin ou dans la journée : les moments de la journée c’est le matin, quand c’est gris, qu’on a besoin d’un coup de fouet. Ou le soir, enfin vers 15 ou 16 h.

       — lorsqu’elle doit maintenir son énergie et son éveil durant une soirée ou une nuit :

       Quand je travaille, la nuit ou des journées de 12 heures, il faut tenir le coup, être éveillé et performant, alors je prends de la vitamine C en pastille.

       Si on a une soirée qui s’éternise avec des amis ou au travail, que ça va durer jusqu’à trois heures du matin, je prends de la vitamine C.

       Le Guronsan, c’est bien si on fait un parcours de nuit au volant.

 

•          La « cure de stimulation », dans des occasions particulières

.        Les produits sont consommés sous forme de cure, qui dure entre quinze jours et un mois, mais la cure intervient de façon occasionnelle, pour répondre à un événement particulier.

.        Les produits cités sont Magné B6, Vitamines, Pharmaton, Sargenor

.      La cure peut être destinée à compenser un état de fatigue ponctuel, ou une fragilisation de l’état de santé :

       Du Magné B6 j’en ai pris pour la première fois quand j’étais enceinte, c’était super. Et quand je suis fatiguée, que rien ne va, que je n’ai pas le moral, ça donne la pêche, je ne sais pas si c’est un placebo.

       J’ai des crises d’herpès, alors je prends des vitamines.

.        Elle peut être aussi destinée à stimuler l’individu dans une période où il doit être spécifiquement performant :

       Pharmaton, c’est pour les efforts intellectuels, c’est un coup de fouet, pour préparer des examens.

 

• La « cure d’entretien », saisonnière

.      La « cure d’entretien » est le mode de consommation des produits vitaminés qui apparaît le plus fréquent. Comme les autres cures, elle dure entre quinze jours et un mois, mais la différence est qu’elle est cyclique et saisonnière. Elle intervient moins pour faire face à un événement particulier que comme un entretien régulier de la forme.

.        Les produits cités peuvent être également, comme pour la cure de stimulation, Magné B6, Vitamines, Pharmaton, Sargenor, mais aussi Vitamine C, Supradyne, Avityl, Azinc (oligo-éléments), Hydroxydase, Magnogène ou Mag 2.

         Parfois, les produits vitaminés ou le magnésium sont associés à d’autres éléments comme du charbon, ou de la gelée royale.

       — Certaines personnes consomment également d’autres produits comme des Arkogélules, pour les cheveux et pour les ongles.

.        Ces cures interviennent donc dans des moments spécifiques. Il semble notamment exister une liaison forte entre le sentiment de fatigue et la saison, le temps météorologique, ou la lumière[1].

       — Les cures ont lieu le plus souvent à deux reprises dans l’année, au printemps et en automne, au moment des changements d’heures. Elles peuvent avoir à ces moments là un caractère préventif :

       J’en ressens le besoin (d’aller acheter des vitamines), à l’automne en octobre/novembre, et en février/mars. Ça doit correspondre à ma fatigue. Les jours baissent. Je suis très sensible à la lumière.

       Je fais des cures des vitamines, en mars ou en novembre quand il y a le changement d’heure. C’est systématique, en préventif, en cure, pour éviter d’être à plat, de tomber malade facilement, pour palier au mauvais temps, à la grisaille.

       Je fais une cure deux fois par an de charbon, vitamines et gelée royale, car je suis sensible aux coups de froid. En mars et novembre. Chaque hiver, je fais ces cures, c’est préventif, pour ne pas tomber malade. Ça m’évite d’aller chez le médecin dès le 15 septembre.

       — La cure peut aussi avoir lieu régulièrement l’hiver, pour faire face à une fatigue ou une déprime, toujours liée au temps et au manque de lumière :

       Je prends de la vitamine C pour compenser, le matin, quand je suis à plat, en hiver, qu’il ne fait pas beau, qu’on est déprimé, qu’on a moins de résistance.

       — Une autre pratique, rencontrée chez un participant, consiste à alterner cure et non-cure sur un rythme régulier de quinze jours :

       Je prends 15 jours par mois, et j’arrête 15 jours. A très faible dose, très équilibré. C’est toujours des associations vitamines et oligo-éléments. Ça vous compense les manques que vous avez dans votre corps suite à un régime ou à des restrictions alimentaires, ou à un surmenage.

 

3. L’achat

 

•  Les lieux d’achat des produits vitaminés

.        Certaines personnes n’achètent leurs produits vitaminés qu’en pharmacie.

       Cette pratique est justifiée pour ces personnes par le fait :

       — que la pharmacie est un gage de sérieux :

       Pour moi, des produits en grande surface, ce n’est pas crédible. Je n’irais pas acheter des trucs qu’on avale en grande surface. Ça dévalorise le produit.

       — qu’elles peuvent avoir recours au conseil du pharmacien :

       J’essaie de voir s’il y a des nouveautés. Mon pharmacien me connaît très bien et me fait essayer des choses.

       Pour moi, le pharmacien est quelqu’un de sérieux, de compétent. On regarde parfois le Vidal ensemble.

       — que le pharmacien est en face d’elles une personne à leur écoute, ce qui les rassure :

       Moi c’est en pharmacie, car comme ça je peux raconter ma petite histoire au pharmacien. Je prends n’importe lequel (produit vitaminé), j’ai besoin d’être sécurisée par le pharmacien, le mode d’emploi je n’y comprends rien.

.        D’autres les achètent en grande surface ou en pharmacie, suivant l’occasion. L’achat en pharmacie est alors dû à des raisons de praticité :

       J’achète en grande surface, ou alors en pharmacie, quand je veux faire un chèque et qu’il faut que la somme fasse 100 F au minimum, alors je prends un tube de dentifrice ou des vitamines pour compléter.

       Parfois je vais chez le pharmacien, parce que ça prends moins de temps, dans le supermarché je perds une demi-heure.

.        D’autres personnes encore achètent également en pharmacie, mais sans avoir recours au conseil du pharmacien. Elles choisissent leur produit (ici des Arkogélules) sur le présentoir, sous une forme qui est donc proche du libre service de la grande surface :

       Je vais toujours dans ce rayon, sur ce présentoir. J’ai horreur de déranger les gens, j’aime bien me servir moi même, faire ma petite cuisine. Si je demande au pharmacien, il va derrière chercher ses trucs, ça m’agace. Il ne vous donne pas toujours ce que vous cherchez. Je préfère consulter les petites boîtes, et faire mon choix. Il y a une centaine de boites. (Pour se repérer) il y a le nom qui se détache bien : potassium, magnésium. Je prends la boîte, je la triture. Je regarde ce qui est écrit dessus. Je regarde le prix aussi, parce que ce n’est pas négligeable. Et puis voilà, je suis décidée ou pas décidée.

.        Enfin, d’autres personnes n’achètent les produits vitaminés qu’en grande surface.

       Les deux principaux arguments qui justifient leur pratique sont :

       — la possibilité de choisir :

       J’achète en grande surface, car il y a des couleurs, je suis curieux, je peux choisir, je varie, je change.

       J’achète en grande surface, parce que je peux choisir, regarder, j’y reste au moins un quart d’heure, à choisir et à comparer. Je ne pourrais pas faire ça chez le pharmacien.

       — le prix moins élevé qu’en pharmacie, pour un produit identique :

       Juvamine, c’est 30 F seulement en grande surface. Ce n’est pas les mêmes prix, parce qu’ils en vendent énormément. Si vous allez au début de l’hiver à Auchan, vous voyez les gens, c’est une quantité astronomique de vitamines qui est vendue. Vous trouvez toutes les vitamines que vous voulez, et c’est le même produit qu’en pharmacie. Ils ne peuvent pas se permettre de vendre un Juvamine qui n’est pas le même.

       L’achat en grande surface s’accompagne souvent d’un discours « anti-pharmacie », qui reproche au pharmacien de n’avoir qu’un objectif commercial :

       Je ne demande pas conseil au pharmacien, parce qu’il me conseillera un produit plus cher. C’est quand même un commerçant avant tout. Si c’est lui qui choisit, il va donner le médicament sur lequel il fait la marge la plus importante. Il ne peut pas être désintéressé, il n’est pas là pour ça.

       Si c’est pour acheter des vitamines, alors c’est la grande surface ou les centrales d’achat en pharmacie, parce que c’est deux fois moins cher et c’est pareil. Je ne veux pas engraisser les pharmaciens. Le pharmacien, il arnaque, on paie deux ou trois fois plus cher, c’est du gaspillage d’argent.

.        Les magasins spécialisés ou « naturels » peuvent être également des lieux d’achat, pour le charbon et la gelée royale notamment.

 

•  Les destinataires de l’achat

 

.        Certaines personnes n’achètent des produits vitaminés que pour elles-mêmes. Elles estiment en effet que ce type de produit être trop personnel pour être conseillé ou acheté pour d’autres :

       Je crois que c’est très personnel, je ne serais pas capable d’acheter pour quelqu’un d’autre même si ça a marché pour moi.

.        D’autres au contraire achètent les vitamines pour l’ensemble des membres du foyer (sauf les jeunes enfants), voire pour leurs amis :

       Quand j’achète, c’est pour tout le monde, et tout le monde prend sa petite vitamine le matin.

       J’achète pour mon mari, oui, mais pas pour les enfants, sauf de la vitamine D pour le petit.

       J’achète pour moi, et pour ma femme. Et pour mes amis, s’ils ont les mêmes problèmes que moi.

 

•  Le prix

 

.        Les produits en eux-mêmes sont considérés comme relativement chers. Les prix cités oscillent entre 50 et 100 F selon les produits (par exemple Guronsan est estimé autour de 70 F, Pharmaton autour de 80 F, Supradyne autour de 70 F). Seul Juvamine coûterait environ 30 F.

 

.        Les personnes estiment néanmoins « raisonnable » le prix d’une cure de produits vitaminés, dans la mesure où la cure est ponctuelle et limitée dans le temps :

       C’est au maximum 100 F la cure complète, pour trois semaines. Ça paraît cher sur le coup, mais si on divise par 21 jours, ça va.

       Ce n’est pas cher, car c’est ponctuel, ce n’est pas une grosse dépense par rapport à l’aide que ça apporte.

 

.        Certains produits plus spécifiques comme les Arkogélules ou la gelée royale restent toutefois considérés comme relativement onéreux, et les personnes sont alors soucieuses d’en modérer leur consommation :

       La gelée royale, c’est cher, mais on en prend le bout d’une cuillère à moka.

       Je me freine pour acheter des Arkogélules. Ça peut aller jusqu’à 100 ou 150 F.

 

4. Les modes de consommation

 

•  Le stockage

 

.        Dans la plupart des cas, les produits vitaminés sont stockés dans la cuisine, à portée de main, ce qui confirme qu’ils ont bien aux yeux des participants aux groupes un statut de complément alimentaire :

       Je les mets sur la table de la cuisine, à portée de la main, avec le pain.

       La boîte est rangée dans un panier, à côté des cuillères, comme ça quand je prends mon bol, je ne peux pas oublier.

 

.        Toutefois, d’autres lieux de stockage peuvent se rencontrer :

       — dans la salle de bains, avec les médicaments, l’aspirine, le sparadrap, tout ce qui est pour les premiers soins, l’alcool, les pastilles pour la gorge, ou encore à côté de la brosse à dents, pour ne pas oublier.

       — dans la chambre, sur la table de chevet, pour les voir le matin au réveil , je me dis que ça va aller si je les vois.

       — dans le sac à main, de façon à les avoir toujours sur soi.

 

.        Par ailleurs, les produits peuvent être stockés dans leur emballage d’origine, ou transvasés dans un contenant spécifique qui reçoit d’autres médicaments :

       Je transvase dans une petite boîte, là où il y a mes hormones, que je dois prendre tous les jours.

       Je transfère, pour mettre dans une boîte hermétique et à l’abri de la lumière car je fais mes mélanges, et je prends une gélule de chaque chaque matin.

 

•  Le moment de la prise

 

.        Les produits vitaminés sont absorbés dans la plupart des cas le matin, au moment du petit déjeuner, avec un verre de jus d’orange ou d’eau (le matin dans de l’eau minérale, c’est bien parce que ça m’oblige à boire en me levant, c’est bon pour la santé).

 

.        La vitamine peut aussi être prise à une heure moins régulière, au moment où on y pense : Elles sont dans mon sac à main, et je les prends n’importe comment, par exemple dans le métro, si je suis partie en courant, et en prenant ma carte orange je vois les vitamines, alors j’en prends une.

 

.        Enfin, lorsque la vitamine est prise pour un « coup de fouet », elle est consommée juste avant l’effort, ou le soir, si on a un rendez-vous avec un client et qu’on doit tenir jusqu’à trois heures du matin.

 

.        Suivant l’heure à laquelle est consommé le produit vitaminé, les personnes sont au moment de l’absorption déjà habillées, en tenue de nuit (en tee-shirt, à poil, en robe de chambre), ou encore « entre-deux », en train par exemple de quitter les vêtements de ville pour revêtir la tenue de sport.

 

•  La forme galénique

 

.        Les produits vitaminés consommés en cure le matin sont choisis de préférence sous forme effervescente.

 

       — Le caractère effervescent semble donner l’image de l’efficacité :

       Je les prends gazeux, j’adore voir les petites bulles le matin dans le verre, et la couleur orange, tous les matins à la même heure, juste le voir je me sens bien.

       Ceux qui sont pétillants me semblent marcher mieux. J’avais essayé un autre pas effervescent et il n’a pas marché.

 

       — Pour les vitamines, les comprimés sont préférés aux gellules, car ils renvoient moins à l’idée de médicament, ils sont plus ludiques :

       J’aime mieux si ça ne ressemble pas à un médicament, comme si on était malade. J’aime mieux que ce soit coloré, comme une confiserie, ça ne doit pas me rappeler un médicament.

 

.        Les produits vitaminés consommés au cours de la journée, pour donner un coup de fouet, sont choisis de préférence sous forme de pastilles à croquer, pour des raisons de praticité.

 

 

5. L‘évaluation de la qualité et le réachat

 

.        La qualité du produit est appréciée par le fait que les personnes se sentent mieux au bout de quelques temps, leur sensation de fatigue disparaît ou s’atténue.

       J’étais crevée, j’ai fait une cure de Sargenor, 15 jours après j’allais mieux. (C’est-à-dire ?) je n’étais plus crevé le matin.

 

.        Les participants aux groupes ont du mal à préciser davantage ce que seraient les signes de l’efficacité.

 

       Nous n’avons pas suffisamment d’informations pour mesurer la fidélité à la marque dans l’achat de ce type de produit.

       — Nous avons vu que certaines personnes parlent de « vitamines C » en terme générique, et changent de produits, au gré de la prescription du pharmacien, ou de leur choix en grande surface.

       — D’autres, citant davantage des marques, y sont peut-être plus attachées.

       — D’autres encore, sans être attachées à une marque proprement dite, ont le souci de racheter le même produit que celui qu’elles ont consommé, parce qu’il leur a convenu. Ainsi un participant arrache avant de le jeter la partie du carton d’emballage qui indique le nom du produit, pour s’en souvenir et racheter le même.

 

       Enfin soulignons que pour d’autres produits évoqués, comme les shampooings antipelliculaires à base de plantes, ce peut être les utilisateurs du produit (ici le mari et les enfants) qui font pression sur l’acheteur (la femme) en faveur de la fidélité à une marque : J’ai commencé à prendre cette maison (Phyto) parce que mon mari et mes enfants avaient des problèmes de pellicules. Après j’ai pris d’autres produits, parce que c’est quand même cher, et les enfants ne vont pas à l’économie, au lieu d’une noisette, c’est 5. le tube ça allait vite ! à 90 F…. J’ai pris d’autres produits moins chers. Mais mon mari et les enfants m’ont dit prends pas ça, ils ont demandé de revenir aux produits Phyto.

 

 

 

III. LES FAMILLE DE PRODUITS en fonctions des marques

 

 

 

 

Avant d’aborder spécifiquement le positionnement de la marque, nous avons cherché durant les animations de groupe à comprendre comment les personnes catégorisaient les différents produits ou aliments, dans l’univers des concepts de forme et de fatigue.

Pour cela, nous leur avons proposé, en les plaçant physiquement sur une table dans un ordre aléatoire, un certain nombre de produits, et leur avons demandé de les classer en familles, à partir des critères de leur choix.

Les produits proposés étaient au nombre de seize : Pharmaton, Ginsana, Triphosmag, Sargenor, Guronsan, Tuosha, Juvamine, Vivamine, Supradyne, Forvital, Ginseng, une bouteille de Vittel, un Mars, un kiwi (ou une banane ou une bouteille de jus d’orange suivant les groupes), une publicité pour le Gymnase Club, une publicité pour une cure de thalassothérapie.

 

Quelques différences apparaissent selon l’âge des participants, mais sans qu’elles soient facilement interprétables. Nous gardons néanmoins pour l’exposé la distinction par âge.

 

A. Les familles créés par les groupes de participants 25-40 ans

 

.        Dans la grande majorité des classements en familles opérés par les participants des groupes jeunes, deux grandes familles sont distinguées :

      

       — d’une part les quatre produits de multivitamines –Juvamine, Vivamine, Supradyne, Forvital-, Pharmaton, Sargenor, Guronsan, Triphosmag, Ginsana et Ginseng,

      

       — d’autre part Gymnase Club, Thalassothérapie, Mars, fruit (kiwi ou banane), Vittel.

      

       — Le seul produit à être « à cheval » selon les classements est Tuosha, rejoignant parfois la première famille en étant associé à Ginsana et Ginseng, et tantôt la seconde en étant associé à l’ensemble Vittel, Mars, fruit.

 

.        Au sein du premier grand groupe de produits, les associations sont assez diversifiées.

 

       — Une personne ne les distingue pas (Juvamine, Vivamine, Supradyne, Forvital, Pharmaton, Sargenor, Guronsan, Triphosmag, Ginsana et Ginseng), l’ensemble étant qualifié de médicaments. Pour ce participant, le Tuosha rejoint Mars, Kiwi et Vittel dans la catégorie de ce qu’il mange tous les jours.

 

       — D’autres personnes distinguent d’une part les 4 produits multivitamines, d’autre part l’ensemble Triphosmag, Guronsan et Sargenor.

 

       ◊ Les premiers sont regroupés sur le principe que ce sont des cocktails de vitamines classiques quand on fait une cure, ou quand on est fatigué et qu’on a besoin d’un coup de pêche.

 

       ◊ Les seconds s’y opposent sur le fait qu’ils sont destinés à donner un coup de fouet ponctuel mais fort : Ça (Triphosmag, Guronsan, Sargenor) ce n’est pas en cure, mais si on fait une nuit blanche, un comprimé suffit, c’est sur ordonnance. C’est un coup de fouet au jour le jour, au moment des examens, avant le bac. Avant quand je sortais beaucoup ou quand je passais des examens j’en ai pris. C’est quand on a 20 ans, qu’on veut se dépasser. Guronsan, j’en ai pris, c’est bien pour compenser les excès, c’est radical, avant de prendre une cuite, on peut picoler tant qu’on veut.

       Ils sont considérés comme plus dangereux que les multivitamines, davantage proches d’un dopant ou d’une drogue : Si on se shoote aux vitamines, on a des maux d’estomac, et ça ne sert à rien, on pisse toutes les vitamines qu’on a prises, ça s’élimine vite. Tandis que si on se shoote à ça (Triphosmag, Guronsan, Sargenor), on est satellisé, on risque d’être malade, on perd la clairvoyance, la conscience. On pète le feu pendant 3 ou 4 jours, mais il faut 3 ou 4 jours pour récupérer.

 

       ◊ Dans ce classement, Pharmaton rejoint dans une troisième famille Tuosha, Ginseng et Ginsana, sur le critère que tous contiennent du ginseng.

 

       — Un autre classement maintient la distinction entre les produits « forts » que sont Triphosmag, Guronsan, Sargenor et les produits multivitamines, mais ces derniers (Juvamine, Vivamine, Supradyne, Forvital) sont associés à Pharmaton, Ginsana et Ginseng au sein d’une même famille de produits qualifiés de fortifiants, qui ont pour but de combler les carences en minéraux et en vitamines et d’aller un peu mieux.

       Au sein de cette famille, Ginsana et Ginseng apparaissent comme les produits les plus naturels.

 

       — A l’opposé, un autre classement consiste au contraire à associer Pharmaton aux produits considérés comme forts -Triphosmag, Guronsan, Sargenor-, en les distinguant des produits multivitamines et des produits au ginseng.

       ◊ Pharmaton, Triphosmag, Guronsan et Sargenor sont associés sur le fait que rien dans leur nom ou dans leur présentation n’évoquent les vitamines, et que tous font chimiques.

       ◊ A l’opposé Juvamine, Vivamine, Supradyne, Forvital, Ginsana et Ginseng forment une seule famille parce qu’ils évoquent la bonne mine.

 

       — Quelques autres classements dans ce premier grand groupe de produits sont opérés de façon plus isolée :

 

       ◊ Une personne par exemple associe Triphosmag à Tuosha, Ginsana et Ginseng, car la boîte, de l’extérieur, fait plantes.

 

       ◊ Une autre distingue les produits selon les occasions de consommation, et associe d’une part Guronsan et Pharmaton comme étant pour le coup de fouet ponctuel du matin, pour des occasions précises comme des fatigues physiques, et d’autre part Juvamine, Vivamine, Supradyne, Forvital, Sargenor, Ginsana, Ginseng et Triphosmag comme étant pour des cures.

 

       ◊ Enfin un participant classe les produits selon ce qu’il consomme ou est susceptible de consommer, et ce qu’il prend plus rarement. Cela donne :

       – Juvamine, Vivamine, Ginseng, Guronsan, Pharmaton, Sargenor, Forvital : c’est le groupe contre la fatigue et le stress, je peux en prendre

       – Triphosmag, Supradyne, Kiwi : c’est le groupe pour changer un peu ; je les prends moins.

       – Tuosha, Ginseng,  Ginsana : ça c’est plus rare.

 

 

.        Au sein du deuxième grand groupe de produits – Gymnase Club, Thalassothérapie, Mars, fruit (kiwi ou banane), Vittel, et éventuellement Tuosha, on peut repérer les associations suivantes :

 

       — Dans la plupart des cas, Vittel, fruit et Mars forme une famille, qui se distingue de la cure de thalassothérapie et du Gymnase club. Ces produits sont regroupés parce qu’ils évoquent la nourriture vitale, terrestre ; les produits alimentaires que l’on consomme tous les jours ; l’hygiène de vie.

 

       — A cette famille Vittel, fruit et Mars peut être associé Tuosha, sur le fait que tous se consomment régulièrement, quotidiennement.

 

       — De l’autre côté, la cure de thalassothérapie et le Gymnase club sont :

       ◊  soit associés, sur le fait que tous deux sont relatifs au corps, qu’ils contribuent au même but qui est la détente musculaire, l’entretien, et la remise en forme.

       ◊ soit dissociés. Ce qui les distingue, c’est que le Gymnase club évoque le sport, et que certains participants y vont, alors que la cure évoque plutôt les soins et quelque chose hors de portée de par son coût élevé.

 

       — Enfin, un autre classement plus isolé consiste à regrouper :

       ◊ d’une part Gymnase Club et Mars, parce qu’ils correspondent à la même occasion de « consommation » : Mars, c’est quand on a un coup de barre, et le gymnasium ça va avec, c’est les occasions qui vont ensemble. C’est la bonne fatigue, qui engendre la forme.

       ◊ et d’autre part Vittel, la thalassothérapie, et la banane, parce qu’ils évoquent le naturel, l’eau, la thalasso, la verdure, le calme.

 

 

B. Les familles créés par les groupes de participants 45-60 ans

 

    Dans les groupes de participants plus âgés (45-60 ans), on retrouve certaines des grandes distinctions, mais les classements sont en partie différents.

 

.        Tout d’abord la distinction entre les deux grandes familles de produits (Juvamine, Vivamine, Supradyne, Forvital, Pharmaton, Sargenor, Guronsan, Triphosmag, Ginsana et Ginseng d’une part, Gymnase Club, Thalassothérapie, Mars, fruit -ou jus d’orange-, et Vittel d’autre part), que nous avions pu repérer de façon systématique dans les groupes de participants plus jeunes, n’est plus ici systématique.

 

       — Comme dans les groupes des participants plus jeunes, on retrouve à plusieurs reprises l’association Gymnase Club et cure de thalassothérapie, qui peuvent être associés à l’eau sur le critère que les trois sont naturels, ou encore au jus de fruit, au Mars ou à la tisane (Tuosha).

 

       — Mais dans un cas, une personne associe également Ginseng à ces produits, car elle l’estime aussi naturel.

 

       — Dans un autre cas, c’est Guronsan qui rejoint la famille de Vittel, Mars et Joker (jus d’orange), à partir du critère du remontant, du revitalisant.

 

       — Enfin, Mars est classé plus fréquemment de façon isolée des autres produits, parce qu’il est trop riche en calories pour être associé aux autres produits alimentaires. Il est isolé en quelque sorte parce qu’il est interdit : Mars je ne mange pas, parce que c’est trop ; trop sucré, trop de calories ; Le Mars est dur à classer car c’est un plaisir interdit.

 

.        Du côté des produits non alimentaires ou sportifs :

 

       — On retrouve le regroupement Ginseng et Ginsana, auxquels peut s’ajouter Tuosha. Ces produits revêtent une couleur exotique, ils évoquent l’Asie du Sud-Est.

 

       ◊ Cette évocation est pour certaines personnes attirante : Pour moi ça évoque quelque chose que je ne connais pas, mais qui certainement a son bien fondé, qui s’appuie sur une culture que je ne connais pas. L’Asie du Sud-Est, c’est une culture du corps, une culture médicale, de la maîtrise de soi. Je n’utilise pas, mais j’ai été tentée. Ce côté exotique, je me dis que ça peut être bien.

      

       ◊ Pour d’autres au contraire, elle provoque une certaine méfiance : Tuosha, Ginsana, je suis septique, j’ai un préjugé négatif. Ce sont des médicaments d’origine asiatique, on n’a jamais prouvé l’efficacité. Ils s’appliquent aux populations d’Extrême-Orient qui n’ont rien à voir dans leur mode de vie avec les populations occidentales.

 

       — On retrouve également le « flottement » dans le positionnement de Pharmaton :

 

       ◊ Tantôt associé à Triphosmag, Guronsan et Sargenor sous le vocable de médicament : C’est tout ce qui est médicament. C’est les noms qui me font penser aux médicaments. Et il y a le côté terne des boîtes, c’est opposé à la gaité. Les vitamines, c’est plus vif, là c’est plus triste.

 

       ◊ Tantôt associé aux produits multivitamines -Supradyne, Forvital, Vivamine, Juvamine- : Moi je mettrais le Pharmaton dans les vitamines. Sa couleur, et le nom font très médicament. Mais vous n’avez que des vitamines dedans. C’est toutes les vitamines + les oligo-éléments. Mis à part que son boîtage fait pharmacie, il est dans les vitamines.

 

       — Mais d’autres nouvelles associations apparaissent aussi :

 

       ◊ Une personne regroupe Guronsan, Ginseng, Ginsana, comme étant des extraits d’une seule plante

 

       ◊ Une autre au contraire assimile Ginsana à un médicament, et le classe avec Triphosmag, Guronsan, Sargenor et Pharmaton

 

       ◊ Une troisième associe Mars, Sargenor et Ginsana sur le fait qu’ils sont consommés à la même occasion, pour le coup de fouet de dix heures.

 

 

.        Enfin, un participant plutôt âgé (55-60 ans), interrogé sur un classement possible des produits en fonction de l’âge de la personne qui les consommerait – moins ou plus de trente ans, attribue pour les moins de 30 ans : les 4 produits multivitamines, Mars, Vittel, le fruit et Gymnase club : C’est le côté sportif et forme. Les jeunes se dépensent beaucoup, il vont au Gymnase club, doivent boire beaucoup d’eau, et compensent avec Mars. Et ils compensent leur éventuelle mauvaise alimentation par des vitamines. Tandis que ça (Pharmaton, Sargenor, Guronsan, Triphosmag, Ginsana, Ginseng, Tuosha), c’est très médicamenteux. Et la thalassothérapie c’est très cher. C’est trop cher pour des jeunes.

 

C. Conclusion : parmi les produits énergétiques, Pharmaton, un e marque ambivalente

 

Au-delà des différences de classement difficilement interprétables car très individualisées, il ressort de ces tentatives de création de famille que dans tous les groupes, quelque soit l’âge des participants, le positionnement de la marque Pharmaton est ambivalent.

Pharmaton est clairement exclu des produits alimentaires (Vittel, Mars, fruit) ou sportifs (Gymnase Club, thalassothérapie). Mais au sein de la famille non alimentaire et sportive, Pharmaton est un des produits qui se « promène » le plus entre les différentes familles, à l’inverse de deux groupes très stables que sont Guronsan, Triphosmag et Sargenor d’une part, qui renvoient au concept de médicament, et Supradyne, Forvital, Vivamine, Juvamine d’autre part, qui sont quasiment toujours classés ensemble et renvoient clairement à la notion de vitamines.

Pharmaton oscille du pôle médicament (son nom comme l’emballage favorisent cette évocation) au pôle vitamines (de par sa composition). Il n’est par ailleurs que très rarement rapproché des autres produits contenant du ginseng.

 

Contrat réalisé pour la société R I S C par D. desjeux et S. Taponier en 1995

 

 

INTERNATIONAL RESEARCH INSTITUTE ON SOCIAL CHANGE

 


[1] A propos de la déprime liée au manque de lumière, une personne cite comme moyen de gérer son énergie la possibilité de faire de séances de « luminosité » avec une lampe. Elle souligne, pour témoigner de son caractère sérieux, que ce traitement se pratique dans certains hopitaux à Paris et est remboursé par la sécurité sociale.