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Enquêtes

1993, D. Desjeux, note de lecture sur Le grand désordre du monde, par J. Y. Carfantan

CARFANTAN Jean-Yves, 1993, Le grand désordre du monde, les chemins de l’intégration, Paris, Seuil, 346p. 130f.

Note de lecture par D. Desjeux

 

 

Le livre de Jean Yves Carfantan présente avec clarté et simplicité les trois grands problèmes qui sont, pour l’auteur, à la source du désordre mondial aujourd’hui : celui de la reproduction de l’environnement naturel, celui de l’accroissement des échanges de main d’oeuvre et celui de la sécurité militaire.

Pour Jean-Yves Carfantan, l’évidence centrale est qu’au niveau international, plus aucun pays n’a le choix entre le repli ou l’ouverture. Tous sont condamnés à la coopération. Cette thèse a déjà été abordée par Lionnel Stoleru dans l’ambition internationale, au Seuil, mais de façon plus générale.

Le constat, c’est que les pays qui ne peuvent intégrer le circuit des échanges internationaux sont de plus en plus marginalisés et paupérisés.

La conclusion est qu’il faut trouver de nouvelles formes de financement de ces espaces marginalisés.

Cette aproche heurte de front un fantasme populaire, compréhensible en période d’incertitude, celui du repli sur soi, de « la Corrèze avant le Zambèze », c’est à dire d’un « néo-cartiérisme » (du nom de Raymond Cartier, journaliste à Match, dont les articles à la fin des années cinquante contre l’aide française en Afrique avait fait beaucoup de bruit), heurté par la place que prend « l’étranger » dans la vie quotidienne.

Le grand désordre du monde, s’oppose aussi aux propositions des « économistes écologiques », comme S.Latouche ou A.Lipietz qui, en préconisant une autre croissance, reprennent en les modernisant les thèses de S.Amin et de P. Prebish, dans les années soixante dix.

L’auteur, lui-même bon connaisseur du Tiers-monde et de l’économie internationale, c’est son cinquième livre sur la question, défend l’idée qu’il n’est plus possible de raisonner en terme de développement séparé ou autocentré, du fait de l’interdépendance des problèmes écologiques, du poids de la migration internationale et de la multiplication des pays fabricants d’armes.

Il le démontre en s’appuyant sur deux situations pour lesquelles il fournit une information de première main, celle de l’Afrique qu’il connait depuis depuis de nombreuses années et celle du Brésil dont il maîtrise la langue pour y intervenir régulièrement. Sa conclusion est que le patrimonialisme et le clientélisme sur lesquels s’appuit le fonctionnement de ces Etats, ne relèvent pas d’abord de comportements immoraux mais d’un ensemble de contraintes qu’il faut analyser, d’un coté, mais de l’autre ce fonctionnement est incompatible avec une stratégie d’insertion dans l’économie mondiale.

C’est en partant de ce double constat, nécessité d’une intégration à l’économie mondiale, mais sans postulat libéral ; incapacité des gouvernements à mettre en place une politique d’intégration efficace, que l’auteur préconise une réforme des mode de régulation de la coopération internationale fondée sur un principe de « conditionalité politique« , ce principe d’ingérence devant resté de l’ordre du contrat.

Ce contrat doit permettre de résoudre en priorité le problème de la dette qui asphyxie les économies dépendantes, tout en favorisant, sous contraintes, des décisions de réinvestissement dans des secteurs productifs, à l’exclusion du secteur militaire. Ceci demande aussi une profonde réforme des organismes internationaux dont la philosophie libérale parait peu opératoire.

Livre convaincant parce que solidement étayé, le grand désordre du monde est aussi un livre dérangeant parce qu’il n’est pas classable dans le débat qui coure depuis les années soixante entre les tenant du libéralisme et ceux de l’auto- développement.

Dominique Desjeux

Paris, 1993

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