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SOCIETE, VIE QUOTIDIENNE, MOBILITE, SANTE, CYCLE DE VIE, GENERATION

1990, D. Desjeux, Sophie Taponier (DIR. : Les Entrées des Villes, un enjeu pour la grande distribution

Innovations / changements / décision

Etude des pratiques et des représentations
des entrées de ville

Contrat OPTUM

COLLOQUE « ARCHITECTURE COMMERCIALE ET URBANISME »

 

Direction scientifique :

D. DESJEUX, professeur d’Anthropologie à Paris V – Sorbonne

S. TAPONIER, chercheur au laboratoire d’Ethnologie de Paris V – Sorbonne

 

Etude réalisée par

Dominique DESJEUX

Sophie TAPONIER

Anne-Christine LE VAN DUC

Mathilde BOURRIER

 

Avec la collaboration de

Carole BLANCHER

Caroline BURESI

                                                                             

  

OCTOBRE 1990


        I.        INTRODUCTION

         II.       LES REPRESENTATIONS SPONTANEES DE L’ENTREE DE VILLE

         III.      TYPOLOGIE DES ENTREES DE VILLE

         IV.      L’ESTHETIQUE DE L’ENTREE DE VILLE CONTEMPORAINE 

         V.       METHODE ET TECHNIQUES D’ENQUETE

         VI.      CONCLUSION

 


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               I.  INTRODUCTION

 

                   L’objectif de l’étude consiste à appréhender, à travers les reprèsentations et le vécu, le concept d’entrée de ville : quelle réalité a-t-il pour les usagers ? Comment vivent-ils leur entrée de ville ?

 

                   Si l’entrée de ville apparaît à priori comme un espace mal circonscrit, produit d’un découpage hiérarchisé en différentes zones – espaces réservés au travail, zones industrielles ou d’activités, espaces réservés à l’habitat (grands ensembles, lotissements), grandes surfaces commerciales – elle n’en est pas moins, du fait de son hyperspécialisation fonctionnelle, matériellement marquée.

        Les signes de cette matérialité existent et sont identifiables ; ils seront perçus d’une façon plus ou moins différente selon qu’il s’agit d’une entrée de ville « contemporaine » ou « classique » (c’est à dire nouvellement aménagée ou située sur un axe ancien).

 

                   On reconnaît donc une matérialité aux entrées de ville. Mais peut-on définir l’entrée de ville comme un espace ayant une identité ?

                   On se rend compte que les gens se réfèrent spontanément à des univers de reconnaissance, tels que la ville ou la campagne, qui expriment à la fois une spatialité, définie par un territoire et un paysage, et une temporalité, fondée sur la mémoire collective.                  L’entrée de ville, espace intermédiaire, ne renvoie pas à un système de référence commun. Mais doit-on pour autant figer l’opposition entre le particulier / vécu / personnalisé et le général / abstrait / anonyme. Même si le discours reflète parfois une telle dichotomie, on s’aperçoit au travers des pratiques que l’entrée de ville est un lieu où s’investissent les choix des acteurs : il y a ceux qui n’y vont jamais, ceux qui y passent le plus rapidement possible pour s’approvisionner, ceux qui y flânent ou s’y distraient. Les choix, positifs ou négatifs, renvoient bien à une forme de reconnaissance de leur entrée de ville. Néanmoins, le caractère essentiellement fonctionnel de ces occasions entraîne pour l’usager une difficulté à s’identifier à l’espace dans lequel il évolue : un espace qui n’aurait pas d’image sociale, ne correspondant plus à la globalité (celle de la ville) à laquelle il a l’habitude de se référer.

 

                   Au-delà de sa fonction utilitariste, il faudra s’interroger sur les nouvelles fonctions de l’entrée de ville qui la démarquent du centre ville, que ce soit en terme d’esthétique, d’architecture, ou d’une nouvelle conception du commerce, des loisirs et de la culture.  

 

       II.     LES REPRESENTATIONS SPONTANEES DE

               L’ENTREE DE VILLE

 

 

                   Quand on parle de l’entrée de ville, il faut distinguer le fait que les habitants parlent :

                   – de l’usage qu’ils en font pour eux-même,

                   – de l’usage qui en est fait par des étrangers à la ville.

 

                   Ici, on parlera principalement des représentations que les habitants se font des entrées de leur propre ville.

 

                   L’étude fait ressortir qu’il existe 7 sortes d’entrée de ville :

 

                   1 – les entrées « traditionnelles »,

                   2 – les entrées « touristiques »,

                   3 – les entrées « résidentielles »,

                   4 – les entrées « ville dans la ville »

 

                   Ces quatre premières entrées ne sont pas les références spontanées que les habitants ont à l’esprit quand ils évoquent l’entrée de ville.

 

                   Comme nous le verrons ci-dessous, ce sont bien des entrées de ville avec des signes qui leurs sont propres. Mais ceci apparaît surtout grâce à l’observation directe des pratiques et des signes.

 

                   5 – les entrées contemporaines à dominante « utilitaire »,

                   6 – les entrées « tertiaires »,

                   7 – les entrées « lieu de vie ».

 

                   Les trois dernières sont le référant spontané que les habitants évoquent quand ils parlent d’entrée de ville.

 

 

                   A – Les images positives et négatives de l’entrée de ville contemporaine

 

                   Globalement, l’entrée de ville apparaît comme un lieu qui s’organise autour :

 

                   – de la circulation automobile particulière (beaucoup plus que des transports en commun et des piétons), avec un repérage particulièrement complexe dans le réseau routier (bretelle, échangeur, etc),

 

                   – de l’information : publicité informative sur les commerces et panneaux routiers principalement (et dans une moindre mesure, informations touristiques ou plan de la zone aménagée). Ces signes qui organisent l’information (panneaux routiers) ou qui agressent certains usagers (panneaux publicitaires) sont particulièrement nombreux en entrée de ville contemporaine.

 

                   – d’une identité négative, associée au bruit, à l’anarchie des couleurs et des volumes du bâti architectural, à la violence et à l’insécurité, au moins au niveau du déclaratif spontané. Elle évoque aussi une zone peu esthétique habitée par des « zonards », des populations âgées, des personnes laissées pour compte. « les personnes de l’entrée de ville ne sont ni des natifs, ni des nantis de la ville ». L’entrée de ville paraît en partie comme le dépotoir de la ville, le lieu du rebut.

                      Dans la réalité, les entrées de ville ont une image ambivalente et beaucoup plus nuancée que ne pourrait le laisser supposer l’image spontanée négative.

 

                   – d’une nouvelle frontière dont on est fier, associée au futur de la ville (technopole), à son image (stade « monumental »), à

une nouvelle organisation de l’agencement des flux routiers.

 

L’entrée de ville peut symboliser le désordre à travers les chantiers en cours ou les difficultés de se retrouver dans le « labyrinthe » des zones nouvelles, autant que la puissance et la vie de la ville qui développe son futur. Elle peut aussi signifier l’arrivée dans un centre ville prestigieux.

 

 

                   B – Les occasions de l’entrée de ville : une contrainte quotidienne et un arbitrage entre l’utilitaire et le plaisir.

 

 

                   L’entrée de ville, c’est aussi un lieu pratique, très lié à la vie quotidienne, mais qui est aussi un lieu inavouable.

                   Quand on demande aux habitants qui sont les gens de l’entrée de ville, ils s’expriment comme si ce lieu n’était pas pour eux ou qu’ils n’y allaient jamais.

                   Or, l’observation montre que :

                   – les entrées de ville « contemporaines » (type 5, 6, 7) sont très fréquentées,

                   – la plupart des usagers y font leurs courses 1 à 3 fois par semaine,

                   – les occasions de fréquenter les entrées de ville qui sont révélatrices des flux et des pratiques, sont très nombreuses : on y travaille, on y passe pour aller au travail, on y déjeune (Mac Donald, Grill), on y fait des achats pour la maison, on y répare sa voiture (des séjours à l’hôtel sont possibles quand on est étranger à la ville).

 

                   L’entrée de ville est un lieu inavouable parce que c’est un lieu de passage obligatoire, au moins pour une partie des entrées de ville. Elle est vécue comme une contrainte. C’est pourquoi dans beaucoup d’entrée de ville, on s’affaire mais en essayant de ne pas gaspiller son temps.

 

                   Dans un arbitrage décisionnel pour choisir d’aller à telle ou telle entrée de ville, celui-ci se fera entre :

                   – le prix (choix d’un hyper discount ou plus haut de gamme),

                   – l’espace (choix entre un centre de ville riche en imaginaire, mais pauvre en place de parking),

                   – le temps (aller plus vite grâce aux regroupements des commerces et aux parkings),

                   – le plaisir (choix entre des courses utilitaires à bas prix dans une esthétique pauvre et un « lieu de vie » où flâner dans une esthétique moderne).

 

                   C – Les fonctions globales des entrées de ville :  le passage, la contrainte et l’attraction.

 

                   L’utilisation des entrées de ville renvoie à trois occasions principales :

 

                   – un lieu de passage obligatoire : on traverse l’entrée de ville pour aller en centre ville, à son travail, ou partir en vacances. L’entrée de ville doit d’abord assurer une fonction d’information: s’orienter dans les itinéraires possibles, pouvoir éviter la ville.

 

                   – un lieu de contrainte : il faut faire ses achats le plus vite possible.

                   L’entrée de ville doit alors assurer trois sous-fonctions :

                        * assurer des prix bas pour les zones commerciales,

                        * assurer la facilité : d’accès, de stationnement, de circulation (l’objectif est de sortir le plus vite possible),

                        * regrouper les commerces pour gagner du temps.

 

                   Parmi les utilisateurs de grandes surfaces, on peut distinguer les consommateurs pour qui l’hypermarché, c’est  la fonctionnalité pure, et ceux pour qui c’est un plaisir.

 

                   Quand l’entrée de ville est une contrainte, il faut que  l’architecture commerciale n’oublie pas ces trois fonctions utilitaristes. Elle risque de tomber dans le « hangar ».

 

                   – un lieu d’attraction : on peut flâner, faire du lèche vitrine, aller dans un parc de loisirs. La pression des fonctions utilitaires est moins forte, la place pour une architecture commerciale plus esthétique est plus large. Le côté « intime » du centre ville peut réapparaître dans ces zones, avec le temps (cf Quétigny à Dijon).

 

 

 

                   D – Les signes de l’entrée de ville moderne

 

                   Le contemporain est constitué par deux éléments importants : les grands espaces et l’accumulation de signes.

 

                   L’entrée de ville s’oppose au centre par une régulation de la contrainte de temps (faire ses achats le plus vite possible), grâce à une liberté donnée par une disponibilité spatiale importante. L’obligation de faire ses achats est compensée par une plus grande facilité pour les faire.

 

                   L’entrée de ville contemporaine se caractérise aussi par un foisonnement de signes :

                  

                   –  les signes de l’infrastructure routière

                        . rocade, rond-point, route à deux voies, échangeur, bretelle, sortie d’autoroute;

                        . parking, éclairage, l’entretien soigné des abords des routes et des rond-points (les rond-points apparaissent bien souvent comme les nouvelles portes de la modernité urbaine);

                  

                   – la signalétique routière

                        . les premiers feux rouges, panneaux d’entrée de ville, panneaux d’orientation, « gendarme couché », limitation de vitesse;

                        . panneaux d’informations.

 

                   – les signes publicitaires

                        . ce sont des panneaux informatifs (hyper à 300 m à droite), par opposition aux panneaux « séduction » que l’on trouve plus en entrée de ville traditionnelle (voir NIMES) ou en centre ville. La publicité est « agressive » pour se faire repérer dans le fouillis des signes; elle est fonctionnelle et purement informative.

 

                   – les signes du bâti

                        . les tours et les grands immeubles HLM;

                        . les grandes surfaces, mais pas n’importe lesquelles. Le long de la « voie express », on trouve les magasins :

                                                * de la voiture : station service, garage,                       caravane, concessionnaire automobile, pot

                                                d’échappement;

                                                * de la maison : meuble, cuisine, cheminée;

                                                * et aujourd’hui apparaissent les magasins

                                                « high tech » (micro-ordinateur) qui annoncent               le développement du tertiaire;

                                                * les hôtels : depuis Formule I jusqu’à

                                                SOFITEL et les restaurants « fast food » (voir

                                                Nimes)

 

                   L’entrée de ville apparaît comme une zone de transition fluide et ouverte. La densité des signes indique que l’on y entre. La surinformation est le signe que l’on pénètre dans le moderne.

 

                   E – Les signes de l’entrée de ville traditionnelle

 

                   L’entrée de ville traditionnelle, quand on demande aux usagers  de la décrire et de la montrer, se caractérise par :

                   – des rues étroites, avec une voie par sens de  circulation;

                   – des courbes

                   – peu de signes « artificiels », mais des panneaux plus conviviaux et lié à la vie quotidienne : bienvenue, jumelage, curiosités en ville, horaires des messes;

                   – un marquage plus net du « dedans » (ville) et du « dehors » (sortie de ville). On trouve parfois les anciennes portes de la ville.

 

       III. TYPOLOGIE DES ENTREES DE VILLE

 

                   LES ENTREES DE VILLE « CLASSIQUES » : LES RACINES DU PRESENT

 

                   Les entrées de ville « classiques » expriment le plus souvent:

 

                   – des rapports sociaux maîtrisés avec des quartiers qui reflètent la division en groupes sociaux, du populaire au résidentiel;

                   – un côté moins fonctionnel, en terme de circulation routière notamment, mais plus intime, avec les commerces de proximité.

                   Spontanément, on en parle pas comme d’une entrée de ville.

 

 

                   A – L’entrée de ville « traditionnelle »

 

                   a – Fonction de passage à dominante urbaine :

 

                   – les voies se rétrécissent, les bouchons apparaissent;

                   – la circulation est moins fluide du fait des stationnements en double file (ce qu’on ne trouve jamais en « contemporain ») (cf. NANTES : route de Rennes; route de Poitiers);

                   – les stations à essence en front de rue sur les trottoirs (cf. TOULOUSE : l’union St Jean, Balma, Castres);

                   – ambiance de tristesse : bâtiments sans caractére, mais bas (3 à 5 étages) et habitat pavillonnaire.

 

 

                   b – Fonction de passage à dominante campagnarde et ancienne :

 

                   Ces entrées de ville, comme les entrées « touristiques », sont souvent perçues comme des transitions entre la ville et la campagne,

comme l’envers de la modernité, comme le coeur des racines, entre la nature (campagne) et la culture (la vieille ville):

 

                   – entrée pittoresque par de vieux quartiers qui conduisent directement au centre de la ville (BREST : entrée par Guivapas);

                  

                   – peu de signaux de la modernité. Même les panneaux publicitaires sont moins de l’ordre de l’information que de la séduction (cf. publicité Benneton à l’entrée de NIMES), comme si la séduction, fondée sur la recherche des archétypes, ne pouvait fonctionner que dans un cadre culturel lié aux racines urbaines et à son imaginaire;

 

                   – petits lotissements résidentiels et petites surfaces commerciales;

                   – rivières et ponts.

 

                   Le petit et l’intime caractérisent ces entrées.

 

 

                   B – Les entrées « touristiques »

 

                   Elles sont surtout pour « les autres ». Elles sont dominées par les signes de paysage :

                   * le « Lac Kir », les falaises de Talant, à DIJON.

                   Elles indiquent l’identité historique de la ville dans sa tradition agricole, naturelle ou maritime.

                   * le « point de vue » sur BREST : la tradition maritime.

                   * la « route vineuse » à DIJON : la tradition des vins.

 

                   Elles représentent pour les usagers la nostalgie de la nature, du calme, de « l’avant ville », un paradis perdu, un lieu de refuge: « quand on arrive sur les vignes, on a l’impression de sortir d’un cauchemar » (DIJON : la route de Beaune);

                   – c’est la place de la campagne dans l’imaginaire urbain; presque la pureté originelle « massacrée » par les zones commerciales.

                   – c’est aussi comme la petite porte de derrière, dans une maison, par laquelle on fait entrer les intimes (NIMES : route d’Ales).

 

                   Elles sont des entrées pour des sorties en famille : espaces verts, parc de loisirs.

 

                   Elles sont plus occasionnelles, moins contraignantes que les entrées « utilitaires ». Au contraire des entrées contemporaines, inavouables et très pratiquées, elles sont valorisées et peu utilisées.

 

                   Les entrées touristiques représentent souvent une partie de l’image que l’on veut donner de sa ville, à l’autre. Ceci ne veut pas dire pour autant que l’on souhaite qu’il entre dans sa ville. On souhaite qu’il en ait une bonne image et que les panneaux routiers lui donne la possibilité de la contourner.

 

 

                   C – L’entrée « résidentielle »

 

                   Ce sont des lieux de passage pour entrer ou sortir. Ce sont des lieux de vie permanent à haut standing :

                   – habitat résidentiel (TOULOUSE : route de Foix à la Croix Falgarde);

                   – verdure, espaces verts;

                   – routes sinueuses;

                   – l’eau (la Garonne à TOULOUSE);

                   – les signes de l’entrée de ville sont peu nombreux : une rocade, les signaux classiques de circulation, autour du calme et de la limitation de vitesse;

                   – loisirs : golf, centre équestre. L’espace est en grande disponibilité, comme en entrée contemporaine, mais avec une allocation tournée vers le loisir haut de gamme, loin de la foule.

 

 

 

                   LES ENTREES « CONTEMPORAINES » : LE SYMBOLE D’UN FUTUR EN MARCHE

 

 

                   Les nouvelles entrées de ville qu’elles plaisent ou qu’elles soient critiquées, sont considérées pour les opinions les plus négatives comme un mal nécessaire.

 

                   Le constat important est qu’aujourd’hui, contrairement aux années soixante, la ville est admise. Les entrées « contemporaines » symbolisent la modernité acceptée et en partie maîtrisée.

 

                   Les nouvelles entrées sont associées de façon ambivalente à :

                   * violence, drogue, insécurité, mais aussi à un univers de vie et de puissance.

                   * désordre, mal maîtrisée, sauvage, mais aussi à organisation et facilité.

 

                   C’est un lieu de métissage social (cf. les pubs Benneton et Kronenbourg), même si chaque classe sociale conserve sa propre façon de vivre et d’utiliser ces nouvelles entrées.

 

 

                   A – Les entrées de » ville dans la ville »

 

                   Elles sont entre les entrées « classiques » de part leur fonction de passage et les entrées « contemporaines » du fait de leur infrastructure routière.

                   Ce sont des zones « labyrinthes », avec une architecture souvent dégradée, comme de l’urbain qui n’aurait pas marché (voir TOULOUSE, Le Mirail):

                   * université des années soixante

                   * immeubles, tours

                   * pavillons

                   * centres commerciaux

                   * ambiance : impression d’échec et de parenthèse.

 

                   B – Les entrées de ville à dominante « utilitaire »

 

                   Elles représentent le modèle idéal typique de l’entrée contemporaine, avec ses fonctions :

                   – d’orientation par rapport au centre et à la périphérie.

                   – de réception des activités commerciales, industrielles et artisanales qui demandent de la surface libre.

                   – de « dépotoir » de tout ce qui est indésirable en centre ville.

                   – d’indicateur de l’identité de la ville avec le stade (la Beaujoire à NANTES), le parc des expositions.

                   – d’accueil des étrangers : les hôtels.

                   – de loisirs, dans une moindre mesure que les entrées « lieux de vie » (BREST: route du Conquet le « Vallon » et la « colline », prêt du parking du centre commercial Iroise)

 

                   On retrouve tous les signes de l’entrée moderne :

                   – infrastructure routière et circulation : rocade, rond-points, etc (TOULOUSE – Muret / route d’Espagne).

                   – signalétique routière importante (NANTES, route de PARIS).

                   – signalétique publicitaire (NANTES, route de Pornic)

                   – signalétique information touristique (NANTES, route de Pornic, Point guide).

                   – monuments symboles (stade de NIMES).

 

                   L’entrée utilitaire correspond à :

                   * la première génération d’hypermarché,

                   * aux déplacements des « universités – HLM » des années soixante,

                   * à l’organisation des rocades et des noeuds routiers.

 

                   Toutes les périphéries comprennent une ceinture plus ou moins importante de surfaces commerciales et d’industries plus ou moins polluantes (TOULOUSE à Muret).

 

 

                   Elle est aujourd’hui un lieu possible de recomposition d’une nouvelle socialité et d’une nouvelle esthétique, mais toujours à dominante utilitaire : aménager la facilité et la rapidité.

 

 

 

                   C – Les entrées « tertiaires »

 

                   Elles sont  le signe de l’image du futur qu’une ville veut se donner :

                   – enseignement supérieur, recherche, technopole;

                   – « high tech » (aérospatiale et Télécom à TOULOUSE)

                   – industries sans pollution,

                   – aéroport,

                   – loisirs (Aqualand, Océanopolis à BREST)

                   – centres commerciaux.

 

                   Elles sont le lieu d’une nouvelle culture potentielle.

 

                   Exemple : le Sud Est de TOULOUSE, St Orens et Ramonville.

                                                * infrastructure routière de type moderne

                                                (rond-point, rocade, route à plusieurs voies    

                                                avec terre pleins au milieu)

                                                * signalétique routière abondante;

                                                * activités non polluantes concentrées au

                                                même endroit : université

                                                                                 cité universitaire

                                                                                 CHU

                                                                                 grandes écoles

                                                                                 centre commerciale

                                                                                 secteur tertiaire.

 

                   Elles sont un intermédiaire entre une utilité obligatoire et une attraction plus libre.

 

                   D – Les entrées « lieux de vie » : aménager le plaisir à partir de l’utilitaire

 

                   Comme les entrées « tertiaires », les entrées « lieux de vies »  veulent recréer les signes d’une nouvelle centralité à la périphérie. Fonction utilitaire et prix bas ne sont plus prioritaires.

 

                   Pour les habitants, qui aiment y aller, elles concurrencent les centres ville dans leur fonction flânerie, lèche vitrine, restauration.

 

                   Ce sont des zones d’attraction fortes, qui peuvent provoquer un déplacement important, même si un centre commerciale utilitaire est plus proche.

 

                   Exemple : DIJON, la « Toison d’or » et NIMES, « Ville active » :

                                                * accès routier facile,

                                                * lié à la vie quotidienne,

                                                * architecture novatrice (même si les goûts                  sont partagés)

                   « C’est beau, c’est moderne, agréable. Il y a un côté flânerie, promenade, avec beaucoup de boutiques, des grands parkings ».

 

                   Les « lieux de vie » qui intègrent une partie des fonctions d’un quartier du centre ville, ne reproduisent pas cependant le centre ville. Ils créent une nouvelle esthétique, de nouveaux « monuments ».

 

                   A DIJON, pour Quetigny, qui est plus ancien que la « Toison d’or », c’est considéré comme un espace fonctionnel, ordonné, mais agréable. On sent déjà une forme d’apprivoisement de l’entrée de ville , en partie réinterprétée, non plus comme un lieu de passage, un lieu utilitaire, mais comme un pôle d’attraction où il fait bon se promener.

 

               IV. L’ESTHETIQUE DE L’ENTREE DE VILLE CONTEMPORAINE

 

 

                   Le terme d’entrée de ville évoque surtout les entrées contemporaines. En conséquence et de façon cohérente, parler de l’esthétique de l’entrée de ville c’est avant tout parler des entrées de type « utilitaire », « tertiaire » ou « lieu de vie ».

 

                   Il ressort du tableau comparant les éléments esthétiques positifs, négatifs et souhaitables de l’entrée de ville (voir page suivante) que ceux-ci sont résolument associés au moderne, et à la high tech. L’architecture ne cherche pas à recréer l’ancien, à copier, mais au contraire à affirmer une modernité : modernité dans la forme (le crabe renversé d’Océanopolis à Brest) et une modernité dans les matériaux (verre, métal, aluminium). La modernité, l’innovation, le futur sont également exprimés par des éléments de décoration « design » et « stylisés ».

 

                   L’esthétique de l’entrée de ville est aussi associé à harmonie : harmonie des formes, harmonie des couleurs, volonté d’homogénéité, jusque dans les panneaux publicitaires !

 

ESTHETIQUE

ELEMENTS POSITIFS                          ELEMENTS NEGATIFS                     ELEMENTS SOUHAITABLES

______________________________________________________________________

Architecture                                         Architecture                                       Architecture

 

Bâtiments bas                                          Hangars                                                  Architecture « stylisée »

Bâtiments qui ne font pas                        Cubes                                                     Restaurer, repeindre

cubes (centre commercial

de Quétigny à Dijon)

Architecture novatrice et

futuriste : Toison d’Or à

Dijon, Océanopolis (crabe

renversé) à Brest

————————————————————————————

Matériaux                                              Matériaux                                            Matériaux

 

Verre, métallisé, aluminium                      Gris, tôle, béton, préfa                          Verre, métal, bois

————————————————————————————

Aménagement                                       Aménagement                                     Aménagement

 

Espace                                                      Hétéroclite                                             Homogénéité

Harmonie entre espaces                           Concentration  des                                 Harmonie des formes et des

verts et bâtiments                                    habitations                                             couleurs

(Quétigny à Dijon)

                                                                 Terrains vagues, zones à

Rond points propres et                           aménager

fleuris                                                       Disposition anachique des

Entretien soigné des allées                       bâtiments

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Décoration                                             Décoration                                           Décoration

 

Faux treillis, plantes                                 Panneaux publicitaires :                         Réglementer les couleurs,

Espaces type « Jardiland »                         – en trop grande quantité                       homogénéiser

(donnent du vert)                                     – couleurs agressives                             

                                                                 (rouge, bleu, jaune)                                Réglementer les panneaux

Elements utilitaires

stylisés (ex. poubelles)                            Graffitis                                                 Eléments utilitaires déco- Lampadaires « design »                               ratifs (abri-bus, lampes)

(mettent en valeur l’envi-                                                                                        Fontaines, eau, arbres

ronnement)                                                                                                             fleurs

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Nature                                                    Nature                                                  Nature

 

Lac Kir à Dijon (pureté,                                                                                         De vrais arbres qui ne

calme, sérénité)                                                                                                       soient pas seulement

Collines, lac, falaises                                                                                               décoratifs

Bords de la Garonne                                                                                               Plan d’eau, relief

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                   L’esthétique de l’entrée de ville est donc une expression du futur, mais d’un futur maîtrisé. Il s’agit de lutter contre l’anarchie et le provisoire, et de contrôler le développement.

                   Cette maîtrise se manifeste par le durable et l’organisé :

                   – le futur est durable, car les matériaux sont nobles (verre, métal, aluminium et non tôle ou préfabriqué)

                   – le futur est organisé : les bâtiments sont disposés de façon réfléchie et cohérente dans l’espace, il n’y a plus de terrains vagues, et un certain ordre préside à la disposition des panneaux publicitaires.

 

                   Cette volonté de maîtriser le développement exprime finalement un désir, bien connu en anthropologie, de maîtriser le temps. L’esthétique de l’espace doit satisfaire la recherche d’une sécurité. La maîtrise du temps est signifiée dans le futur par des matériaux durables et une organisation planifiée, et dans le passé par les arbres. En effet, le modernisme et les innovations de l’entrée de ville ne sont pas désincarnés, coupés du passé. En entrée de ville, ce ne sont pas les bâtiments qui signifient l’histoire, mais c’est la nature et essentiellement les arbres qui créent le continuum du temps. Il est probable en effet que les arbres, « de vrais arbres qui ne soient pas seulement décoratifs », aient pour fonction, outre d’agrémenter le paysage, de rassurer, par la sensation de vie, de passé et de pérennité qu’ils expriment.

 

                   En conclusion, on peut rappeler que :

 

                   – pour les consommateurs utilitaristes, l’esthétique commerciale est largement secondaire par rapport aux prix bas et aux facilités fonctionnelles. Ils resteront peu sensibles à des aménagements plus conviviaux, du moins dans l’immédiat.

 

                   – pour les autres usagers de l’entrée de ville, l’esthétique de l’architecture commerciale est un enjeu plus important : cela va de l’aménagement interne des grandes surfaces avec des espaces de repos, une autre organisation des linéaires, une séparation des lieux d’achat utilitaire des lieux d’achat de plaisir, aux aménagements esthétiques extérieurs des services, de la circulation, de la restauration et des loisirs. Pour eux, l’architecture commerciale est en retard par rapport aux efforts qui ont été fournis dans le domaine de l’architecture industrielle et des logements populaires. Aménager les entrées de ville n’est plus un luxe. L’enjeu de l’aménagement, c’est l’image que les habitants se font de leur ville, mais c’est aussi l’amélioration des conditions de vie quotidienne grâce à des lieux spatieux, esthétiques et chaleureux.

 

               V. METHODE ET TECHNIQUES D’ENQUETE

 

 

                   L’enquête a porté sur cinq villes : Nimes, Toulouse, Nantes, Dijon et Brest. Dans chaque ville se sont déroulées une table ronde et deux observations filmées dans les entrées de ville avec interviews semi-directives.

 

                   La table ronde (réunissant 10 personnes actives, toutes CSP, habitant le centre-ville et la périphérie)

 

                   Construite autour de questions rationnelles et de thèmes projectifs, chaque table ronde a pour but de recueillir le déclaratif sur :

                   – l’image et les représentations de l’entrée de ville

                   – les occasions et pratiques de l’entrée de ville dans la vie quotidienne.

 

 

                   Les observations filmées

 

                   En complément des informations fournies par les tables rondes, chaque ville a fait l’objet de deux observations. Il s’agissait, à partir d’un itinéraire « scénarisé » élaboré au cours de la table ronde, d’effectuer « in situ » un circuit intégrant les lieux d’entrées de ville et les pôles de fréquentation habituels de nos informateurs. La prise d’images impliquait la participation de l’informateur, en tant que « metteur en scène », dans la sélection des lieux et des éléments à filmer. Il a été intéressant de constater, au regard de la tendance négativiste quelque peu systématique constatée en table ronde au niveau du déclaratif, que l’observation en direct a permis de « corriger » l’écart entre opinions et attitudes, et par là même d’évaluer plus justement la réalité de l’entrée de ville. En effet, la caméra, prétexte à une lecture méthodique et sélective de l’espace, l’a dévoilé comme un espace quotidien vécu, connu et accepté, ce qui n’apparaissait pas de façon évidente à travers les tables rondes. En même temps, du fait du climat psychologique favorable, la subjectivité de l’informateur a pu s’exprimer plus librement, en particulier dans le choix et le commentaire spontané des lieux et des signes les plus représentatifs, à ses yeux, de l’entrée de ville (sans néanmoins l’empêcher d’être très critique à l’égard de certains élements du cadre bâti ou de l’environnement, et de les « cibler » impitoyablement).

 

                   Par son caractère descriptif et subjectif, mettant en relation l’acteur et ses espaces d’entrée de ville, l’observation filmée fournit donc un prolongment visuel utile et original aux informations recueillies en table ronde.

 

Tableau synthétique des techniques de recueil des données

 

 

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                  Technique                                        Nature des informations              recueillies

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                        RATIONNEL / PROJECTIF                           DECLARATIF        

                       

                        – questions ouvertes                                        -> l’image des entrées de ville

                          (évocations spontanées)                               -> les représentations

                        – questions assistées                                       -> les occasions et les pratiques

 

TABLE           – jeux projectifs                                               -> l’imaginaire de l’entrée de ville

 

RONDE          – « tours de table »                                             -> les pratiques individuelles

 

                        – exécution de cartes                                        -> localisation des axes et pôles

                                                                                                     d’attraction

                        – exécution de dessins                                     -> l’entrée de ville idéale

 

 

ANALYSE DU DECLARATIF

 

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                                                                                                DESCRIPTION VISUELLE

 

OBSER-          – interviews semi-directives                            -> comment les gens pratiquent leur   

VATIONS                                                                                   itinéraire

 

 FILMEES      – commentaire spontané de                             -> comment ils repèrent et interprétent

                           l’informateur                                                     les signes de l’entrée de ville

 

                        – prise d’images / son                                       -> comment ils sélectionnent et décrivent

                           (caméscope, diapositives                                  les éléments

                           magnétophone)                                           

                                                                                                -> comment ils distinguent et localisent les

                                                                                                    limites de l’entrée de ville

 

 

MONTAGE THEMATIQUE + COMMENTAIRE

 

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                  VI. CONCLUSION

 

 

              Comment exploiter la diversité des entrées de ville contemporaines pour créer une nouvelle culture ?

 

              L’analyse du tableau « nouvelles cultures de l’entrée de ville » (voir pages suivantes) montre que :

 

              Sur le plan de la culture :

 

              . Il existe très peu d’activités culturelles en entrée de ville aujourd’hui, sinon une salle de spectable et les maintenant classiques boites de nuit.

              . Ce qui est souhaitable, c’est ce qui correspond à l’ambiance générale « entrée de ville », soit dans son aspect moderne (jeune, « violence » ou « hard », futuriste, high tech), soit dans sa dimension de transition entre la ville et la campagne, avec par exemple les éco-musées.

              . A l’opposé, tout ce qui incarne l’histoire, le classique, l’intimité, ne paraît pas compatible avec l’entrée de ville (opéra, théâtre, musée de peinture).

 

              Sur le plan des loisirs :

 

              . On passe du jardin (jardin des plantes, jardin japonais, square) en centre ville, au parc (parc de loisirs, aqualand) en entrée de ville.

              . Ce qui est souhaité apparaît déjà dans d’autres périphéries urbaines. Ceci confirme l’émergence d’une identité des entrées de ville.

              . C’est une identité qui se construit autour de l’espace, de la concentration d’équipements, à partir d’activités de loisirs dont aucun équivalent n’existe en centre ville.

              . A l’opposé, les activités de loisirs du centre ville qui nécessitent de l’intimité (bars, pubs) ne sont pas compatibles avec les entrées de ville.

 

NOUVELLES CULTURES DE L’ENTREE DE VILLE

 

 

 

CE QUI EXISTE EN CENTRE VILLE                                   CE QUI EXISTE EN ENTREE DE VILLE

 

 

CULTURE                                LOISIRS                                   CULTURE                                LOISIRS

 

 

Musées                                      parc                                           salle de spectacles                      stade de la Beaujoire

                                                                                                    Onyx à Nantes                           à Nantes

Bibliothèque                              jardin des plantes                                                                        

 

Maisons de la culture                jardin japonais                                                                             zoo, champ de courses

 

Cinémas, théâtre                        palais des sports                                                                          parc des expositions

                                                  stade (Toulouse)

Opéra                                                                                                                                             golf, tennis, piscine

                                                  rues piétonnes                                                                             centre équestre

Galeries peinture                       kiosque, square                                                                            aqualand

 

Pianos bars, pubs                                                                                                                           Forêt, lac, planche à

                                                                                                                                                       voile, ballade, jogging

 

Antiquaires                                                                                                                                    Port de plaisance

                                                                                                                                                       (anse St Anne à Brest)

 

                                                                                                                                                       réserve botanique du

                                                                                                                                                       vallon, parcours de la

                                                                                                                                                       colline (Brest)

 

                                                                                                                                                       musée de la mer,

                                                                                                                                                       Océanopolis (Brest)

 

                                                                                                                                                       promenade, flanerie,

                                                                                                                                                       boutiques de luxe

                                                                                                                                                       Toison d’or (Dijon)

 

CE QUI EST SOUHAITABLE                                               CE QUI EST IMPOSSIBLE

EN ENTREE DE VILLE         EN ENTREE DE VILLE

 

 

CULTURE                                LOISIRS                                   CULTURE                                LOISIRS

 

 

Cinémas                                     centres sportifs                         bibliothèque                               pianos bars

Driving (ciné plein                     (piscine, équitation                  

air)                                             tennis, stade,                             opéra                                          restaurants

                                                  vélocross)                                  concert classique                        gastronomiques

Opéra rock

Concerts pop                            parc aquatique                           théâtre, cinémas

Chanteurs populaires                (« ludoparc »)

 

Centre culturel                           vie nocturne                              musées d’art et de

Médiathèque                             bowlings                                    peinture

Bibliothèque                              boites de nuit

 

Musées de quartier                    ludothèque                                monuments

Musée de la viticul-                   espaces éducatifs

ture (Nantes)                             pour les enfants

Eco-musée                                 manèges

Musée technologique

                                                  espaces verts

Galerie d’art                               eau

                                                  monuments

 

                                                  animation

                                                  antiquaires

                                                  « petits restos »

                                                  grandes brasseries

                                                  avec terrasses

                                                  magasins luxueux

                                                  (lèche-vitrine)

 

 

              Quelles sont les contraintes qui pèsent sur les stratégies possibles d’aménagement en entrée de ville ?

 

              L’hypothèse stratégique est que pour développer une nouvelle culture, il faudra se démarquer d’une partie des composantes de l’image actuelle des entrées de ville : utilité, banalité quotidienne, programmation de masse, insécurité nocturne.

 

 

              1. Utilité / Plaisir

 

              L’univers de l’entrée de ville est un univers de contraintes liées aux obligations de la vie quotidienne. Les habitants souhaitent donc un lieu spécifique pour la culture et les loisirs : « je ne vois pas un musée près de l’hypermarché, là où on fait ses courses, … ce n’est pas un lieu de tous les jours ».

 

              Pour développer une nouvelle culture, il faut rompre avec les signes de l’utilité. Culture et loisirs demandent du dépaysement (esthétique nouvelle, activité originale, espace autonome de celui des activités quotidiennes).

 

              2. Programmation de masse / réappropriation individuelle

 

              L’idée ici est que les gens n’ont pas envie de refaire la queue comme dans la grande surface, de se retrouver avec « Monsieur tout le monde ». Il faut éviter l’impression que tout est programmé, et donner la possibilité de se réapproprier de façon libre le choix des espaces et des activités.

 

 

              3. Insécurité nocturne / intimité de la nuit

 

              Dans la journée l’espace de l’entrée de ville est facilement approprié sans angoisse spécifique, les grands espaces sont un atout. Dans la nuit, le sens de l’espace s’inverse, et il devient insécurisant. Le gigantisme, le manque d’intimité deviennent des causes de peur et d’insécurité. Ce renversement de sens peut devenir soit un obstable, pour le développement d’une culture « classique », soit un atout pour développer une culture « hard » type concerts rock. Certaines entrées de ville sont perçues comme de nouvelles frontières, comme des espaces d’aventure, comme des lieux de recherche et de développement des technologies avancées. Elles possèdent donc un potentiel autour d’une culture jeune, métissée, et tournée vers le futur.

 

              Créer une identité d’entrée de ville, ce n’est pas reproduire en périphérie les signes de la culture du centre ville, mais créer les signes d’une nouvelle culture spécifique organisée autour de l’idée d’espace de transition. L’entrée de ville, c’est le croisement des cultures, entre utilité et plaisir, gigantisme et intimité, moderne et classique, nature et culture.